LA GLOIRE
Ainsi l'aigle superbe au séjour du tonnerre S'élance, et, soutenant son vol audacieux, Semble dire aux mortels : « Je suis né sur la terre, Mais je vis dans les cieux ».
Oui, la gloire t'attend ; mais arrête, et contemple A quel prix on pénètre en ces parvis sacrés ; Vois : l'Infortune, assise à la porte du temple. En garde les degrés.
Ici c'est un vieillard que l'ingrate lonie A vu de mers en mers promener ses malheurs :
Aveugle, il mendiait au prix de son génie Un pain mouillé de pleurs.
Là le Tasse, brûlé d'une flamme fatale.
Expiant dans les fers sa gloire et son amour. Quand il va recueillir la palme triomphale.
Descend au noir séjour.
Partout des malheureux, des proscrits, des victimes, Luttant contre le sort ou contre les bourreaux : On dirait que le ciel aux cœurs plus magnanimes » i Mesure plus de maux. ' s
impose donc silence aux plaintes de ta lyre : Des cœurs nés sans vertu l'infortune est l'écueil; Mais toi, roi détrôné, que ton malheur t'inspire Un généreux orgueil !
«i MÉDITATIUINS POÉTIQUES
Que t'importe, après tout, que cet ordre barbare T'enchaîne loin des bords qui furent ton berceau? Que t'importe en quels lieux le destin te prépare Un glorieux tombeau ?
Ni l'exil, ni les fers de ces tyrans du Tage N'enchaîneront ta gloire aux bords oii tu mourras ; Lisbonne la réclame, et voilà l'héritage Que tu lui laisseras!
Ceux qui l'ont méconnu pleureront le grand homme ; Athène à des proscrits ouvre son Panthéon ; Coriolan expire, et les enfants de Rome Revendiquent son nom.
Aux rivages des morts avant que de descendre, Ovide lève au ciel ses suppliantes mains :
Aux Sarmates grossiers il a légué sa cendre.
Et sa gloire aux Romains.
COMMENTAIRE
Cette ode est un des jiremiers morceaux de poésie que j'aie écrits, clans le temps où j'imitais encore. Elle me fut inspirée à Paris, eu 1817, par les infortunes d'un pauvre poète portugais appelé Manoël. Après avoir été illustre dans son pays, chassé par des réactions politiques, il s'était réfugié à Paris, où il gagnait péniblement le pain