‹ Mort de SocrateChapitre 55 sur 94 · LE GOLFE DE BAIA · texte numérisé non relu

LE GOLFE DE BAIA

Vois-tu comme le flot paisible Sur le rivage vient mourir ?

Vois-tu le volage zéphyr Rider, d'une haleine insensible, L'onde qu'il aime à parcourir?

Montons sur la barque légère Que ma main guide sans efforts, Et de ce golfe solitaire Rasons timidement les bords.

Loin de nous déjà fuit la rive :

Tandis que d'une main craintive Tu tiens le docile aviron, Courbé sur la rame bruyante, Au sein de l'onde frémissante Je trace un rapide sillon.

Dieu ! quelle fraîcheur on respire I Plongé dans le sein de Téthys, Le soleil a cédé l'empire A la pale reine des nuits ;

LE GOLFE DE BAU i33

Le sein des fleurs demi-fermées S'ouvre, et de vapeurs embaumées En ce moment remplit les airs ; Et du soir la brise légère Des plus doux parfums de la terre A son tour embaume les mers.

Quels chants sur ces flots retentissent?

Quels chants éclatent sur ces bords ?

De ces doux concerts qui s'unissent L'écho prolonge les accords.

N'osant se fier aux étoiles, Le pêcheur, repliant ses voiles, Salue, en chantant, son séjour; Tandis qu'une folle jeunesse Pousse au ciel des cris d'allégresse, Et fête son heureux retour.

Mais deja l'ombre plus épaisse Tombe, et brunit les vastes mers ; Le bord s'efface, le bruit cesse, Le silence occupe les airs.

C'est l'heure où la Mélancolie S'assied pensive et recueillie Aux bords silencieux des mers, Et, méditant sur les ruines.

Contemple au penchant des collines Ce palais, ces temples déserts.

de la liberté vieille et sainte patrie !

Terre autrefois féconde en sublimes vertus.

i54 MEDITATIONS POÉTIQUES

Sous d'indignes Césars^ maintenant asservie.

Ton empire est tombé, tes héros ne sont plus 1

Mais dans ton sein l'âme agrandie Croit sur leurs monuments respirer leur génie, Comme on respire enoor dans un temple aboli La majesté du dieu dont il était rempli.

Mais n'interrogeons pas vos cendres généreuses, Vieux Romains, fiers Catons, mânes des deux Brutusl Allons redemander à ces murs abattus Des souvenirs plus doux, des ombres plus heureuses.

Horace, dans ce frais séjour ^

Dans une retraite embellie

Par le plaisir et le génie,

Fuyait les pompes de la cour \

Properce y visitait Cynthie,

Et sous les regards de Délie TibuUe y modulait les soupirs de l'amour.

Plus loin, voici l'asile où vint chanter le Tasse, Quand, victime à la fois du génie et du sort, Errant dans l'univers, sans refuge et sans port, La pitié recueillit son illustre disgrâce.

Non loin des mêmes bords, plus tard il vint mourir; La gloire l'appelait, il arrive, il succombe : La palme qui l'attend devant lui semble fuir, Et son laurier tardif n'ombrage que sa tombe*

Colline de Baïa ! poétique séjour l Voluptueux vallon qu'habita tour à tour

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