LE B. C. G. EST-IL DANGEREUX
Ce chapitre sera bref. Nous ne voulons pas, en effet, nous appesantir sur la question de l’innocuité du vaccin de Calmette et Guérin, et ceci pour plusieurs raisons :
— nos observations, recueillies dans deux dispensaires de l’O.P.HS., ne nous permettent pas de juger, par nous-même, des accidents immédiats puisqu’elles concernent des enfants vaccinés depuis au moins deux mois. D’ailleurs, aucun fait de ce genre ne nous a été signalé ;
— la plupart des auteurs admettent aujourd’hui que le B.C.G. n’est pas dangereux. A ce sujet, beaucoup plus qu’à celui de l’efficacité du vaccin, de nombreuses preuves aussi bien expérimentales que cliniques, et des preuves de valeur, nous ont été apportées.
Nous allons les étudier successivement.
ETUDES EXPERIMENTALES
LE B.C.G. PEUT-IL ÊTRE NoOCIF PAR INOCULATION DIRECTE ?
Chez des cobayes normaux l’inoculation de doses croissantes de 5 à 50 mgr. de B.C.G. par voie souscutanée ne détermine jamais de troubles pathologi-
ques et permet des survies nombreuses el marquées (jusqu’à 3 ans et 10 mois). Notons, dès maintenant, que la dose injectée est considérable puisque chez l'enfant, actuellement, on ne dépasse pas 1/25° de mgr.
Des injections intra-testiculaires de 0,1 à 200 mgr. à des lapins guéris d’une syphilis testiculaire, n’ont aucun effet et sont suivies d’une survie supérieure à 3 ans : ou déclenchent la formation soit d’un abcès local sans pouvoir pathogène, soit de lésions abdominales très étendues et diffuses mais non mortelles et dépourvues de transmissibilité à d’autres lapins ou cobayes.
Enfin l'injection sous-cutanée de 50 mgr. de B.C.G. (soit 2 milliards 250 millions de bacilles) amène chez le bœuf l'apparition d’un nodule sous la peau, de la grosseur d’un œuf de pigeon, ayant tendance à la suppuration et à l’intérieur duquel on trouve un magma caséo-calcaire. Dix vaccinations annuelles, à la même dose, ne produisent jamais chez l’animal de lésions évolutives.
Nous avons cité trois expériences simples et schématiques. Le B.C.G. est injecté à des doses considérables à des animaux sensibles au bacille tuberculeux. Suivant la dose, on n’observe aucun trouble ou des lésions se produisent, mais des lésions non mortelles et non transmissibles. À côté de ces expériences primordiales pour établir l’innocuité du vaccin, il en existe de nombreuses dont les résultats sont aussi favorables : des injections sous-cutanées et aussi intrapéritonéales, intra-veineuses, des administrations per os, pratiquées sur les cobayes, les lapins, les bovidés et aussi sur les singes, et même les singes anthropoïdes, n’ont jamais occasionné de troubles ni de lésions tout au moins évolutives et réinoculables,
HENGT DES
Signalons, en passant, l’expérience de M. TROISIER : il a injecté à un adulte sain, par voie intra-veineuse, 3 doses massives de B.C.G. ; ce dernier a présenté pendant 15 jours les symptômes d’une typho-bacillose qui s’est amendée par la suite.
LE B. C. G. EST-IL CAPABLE DE RÉCUPÉRER SA VIRULENCE APRÈS INOCULATION ?
Là encore de nombreuses expériences ont été pratiquées. Toutes, sauf une, ont donné des résultats analogues.
Il s'agissait, en somme, d’essayer de cultiver les produits riches en bacilles alcoolo et acido-résistants prélevés chez des cobayes et des lapins préalablement inoculés au B.C.G. et de chercher à accroître leur virulence. Tous les essais ont été infructueux.
L’injection sous-cutanée d’extrait acétonique de B. K. et d'huile d’olive hâte l’évolution des lésions chez un animal tuberculeux. On ne peut, par ces produits, rendre le B.C.G. virulent.
Enfin jamais aucun expérimentateur n’a pu, par des passages successifs d’animal sensible à animal sensible, restituer au vaccin l’aptitude à créer des lésions réinoculables.
Deux expérimentateurs, à notre connaissance, MM. GaALLi-VALERIO et BORNAND (Schiweizerische medizinische Wochenschrifl, o. c. par Archives hospitalières I. 37) ont obtenu des résultats différents. En effet, ils ont non seulement observé la mort de certains cobayes après injections de B.C.G. mais après passages en série et injections ils ont vu se constituer des foyers à distance.
Ces expériences méritent notre attention ; mais comment tenir compt# du décès de « certains cobaves » en regard des milliers d'animaux vaccinés par M. GuÉRiIN et par de nombreux expérimentateurs.
Nous pouvons citer notamment les expériences pratiquées par les auteurs américains sur 165 lapins et 194 cobayes et cela à des doses considérables, nous l'avons vu plus haut. Le vaccin employé dans ce cas, n’était-il pas adultéré comme il en a été pour la malheureuse affaire de Lubeck ?
Nous citerons maintenant un autre ordre d’expériences prouvant l’innocuité du B.C.G. Il s’agit en somme, de faits mi-cliniques, mi-expérimentaux.
Ce sont, par exemple, les cultures de bacilles acidorésistants provenant du pus d’abcès froids de 17 enfants ; après un séjour de 1 à 6 mois, il ne se produit aucun accroissement de virulence et les bacilles restent morphologiquement semblables au B.C.G. On ne constate aucun effet toxique sur le lapin et le cobaye : une culture provenant du mésentère d’un enfant vacciné par voie buccale et mort de maladie non tuberculeuse, reste après 6 semaines morphologiquement semblable au B.C.G. et ne présente aucune virulence. D’autres cultures, faites dans les mêmes conditions, donnent des résultats analogues.
Ce sont d’autre part les recherches effectuées par MM. NÈGRE et VALTIS de 1928 à 1935 sur 57 enfants vaccinés à la naissance (Sfrasbourg médical, 15 novembre 1935). Les produits pathologiques ont été prélevés avec les précautions d’usage, examinés au microscope, ensemencés sur gélose et bouillon, et sur milieu de Lôüwenstein ; ils ont été inoculés sous la peau de 4 à 5 cobayes gardés en observation plusieurs mois pour le cas où il se serait agi d’une infection paucibacillaire ou à germe très peu virulent. Dans le cas où le bacille tuberculeux a été trouvé, il a été procédé à l'identification de la souche bovine ou humaine.
Chez 9 enfants atteints de suppurations localisées ou multiples : il y a eu 7 résultats négatifs pour le
bacille tuberculeux, 2 positifs avec bacille de type humain.
Chez 21 enfants présentant des adénites cervicales ou sous-maxillaires à allure froide : 20 résultats négatifs, 1 seul positif avec pus virulent pour le cobaye mais l’enfant était toujours resté en contact avec sa mère tuberculeuse.
Sur 6 enfants décédés de méningite, les recherches ont été négatives pour 3 enfants, positives pour les 3 autres restés également en contact avec des tuber-
culeux.
Chez 2 autres enfants en contact et décédés, on a trouvé des bacilles humains.
Chez 1 autre (rapporté par M. DEVRAIGNE) des bacilles de type aviaire.
Enfin chez 18 enfants vaccinés à la naissance et ayant fait des accidents dans un délai de quelques jours à quelques mois après la vaccination, toutes les recherches effectuées avec les produits du lavage gastrique, les selles, ou, en cas de décès, avec différents organes et les ganglions mésentériques, ont été négatives.
Plusieurs inoculations au cobaye du pus d’abcès froids apparus au point d'injection chez des enfants vaccinés par voie sous-cutanée ont été négatives.
Les auteurs concluent, n’ayant jamais constaté de bacilles bovins dans les cas où ils ont trouvé du bacille tuberculeux, à la contamination malgré le vaccin et non par le vaccin.
Donc les inoculations directes aux animaux, les cultures et les passages en série à partir de produits humains ou animaux permettent de dire que le B.C.G. est un virus fixe et d’affirmer son innocuité.