SCÈNE VIII
Grhchh, Ombredane ■
CRÈCHE
Ombredane, viens ici!
OMBREDANE
Voilà, patron.
CRÈCHE (lui montrant les bijoux que Laurent a jetés).
Ramasse-moi cela. Sais-tu ce que c'est?
OMBREDANE (ramassant un collier et le tournant
entre ses doigts).
Ça ! . . C'est une espèce de chaîne, en métal...
GRÉCHE
Et toi, tu es une espèce d'âne, en habit! — Ramasse-moi bien tout. — Faut-il que ces gens soient bêtes!.. De l'or, de l'or fin et des pierres précieuses! Il y a une vraie fortune là. Moi seul, je connais le prix de ce métal ; et c'est mon bien, puisqu'il n'y a que moi pour le ramasser. — Malgré Martin et le Conseil, je trouverai bien le moyen de revendre ces bijoux aux gens de la ville, et j'en tirerai plus que de vingt belles fourrures. Eh eh ! Ombredane, quoiqu'on m'ait mis à l'amende, je n'aurai pas perdu ma journée !
OMBREDANE
je ne peux pas dire comme vous; moi, j'ai perdu quelque chose
CRÈCHE
Quoi, Ombredane? Ce n'est pas ton esprit, pourtant.
OMBREDANE
Non, c'est mon couteau. Figurez-vous que ce matin, pendant que je regardais ce géant...
CRECHE
Ce géant! Encore cette histoire!., et tu oses me la raconter à moi !
OMBREDANE
Patron, c'est la vérité, Je l'ai vu dans le bois, tout près. Un gros, avec une barbe jaune comme le feu, et des yeux !.. 11 me faisait des signes ; il voulait m'attraper. Si je ne m'étais pas défendu, si je n'avais pas ramassé une pierre et marché courageusement contre lui...
(Hagon se montre derrière les arbres, à gauche. Ombredane l'aperçoit et le désigne du doigt à Crèche, avec les signes
de la plus vive frayeur). Ah Seigneur-! C'est lui ! Le voilà! Au se..
CRÈCHE
Tais-toi. Pas de bruit. Je sais ce que c'est... Mais ne me fais pas peur !
OMBREDANE (tremblant).
Je peux m'en aller... travailler?
CRÈCHE
Oui, sauve-toi. Mais ne parle de ceci à personne, ou gare à toi !
Ombredane sort en courant, à droite. Hagon s'avance prudemment sur la scène , il est enveloppé d'un grand manteau.