‹ Morteville: drame en trois actesChapitre 25 sur 35 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

Laurent, Thérèse, Claudine, Marie Robin

Thérèse se penche sur le corps de Laurent, toujours inanimé. Elle étanche le sang de sa blessure, lui pose délicatement et comme timidement la main sur le cœur pour le sentir battre, et mouille d'eau son front. — Marie Robin est toujours assise par terre, à droite, dans la même attitude. Claudine se montre à travers les arbres du fond.

CLAUDINE (s'avançant).

O les monstres ! ils l'ont frappé !.. J'étaislà. — Ils l'ont tué, n'est-ce pas? Comme il est blanc et triste! — Ecoute, Thérèse : toi, soignele ! O bonne sœur, avec tes mains adroites, avec tes doigts délicats, tu sauras peut-être le guérir. Si tu pouvais le sauver ! — Mais moi, je vais faire pour lui ce qu'il ne peut plus faire, et je sais comment le venger! Au Plain de la Roche-Noire, là-haut, c'est là que l'homme qui se cachait attend. J'ai compris ce que Crèche et lui se disaient... Crèche voulait le trahir, après avoir trahi les siens. Mais je vais courir là-haut : je dirai tout à l'étranger; peut-être il aura le temps encore d'avertir son

peuple... Nul autre que toi le pourra le savoir; et j'aurai sauvé cette ville, puisque c'est pour la défendre que Laurent a voulu mourir!

Ramenant sur sa tête le manteau que lui a donné Thérèse, elle s'enfonce rapidement à droite — Un silence. — Laurent fait un mouvement et entr'ouvrc les yeux. Aussitôt Thérèse, qui le guettait, étouffe un cri de joie et lui baise la main. Puis comme saisie de confusion, elle laisse cette main retomber doucement et se recule un peu. Les yeux de Laurent et ceux de Thérèse se rencontrent et se sourient affectueusement. — La lumière décline. — On entend au lointain les appels de trompe des Montagnards. Marie Robin se redresse tout-à-coup et étend les bras.

MARIE ROBIN (avec un cri qui se prolonge).

Au loup! au loup !...

Elle s'élance à gauche pour rejoindre les monta-

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