‹ Morteville: drame en trois actesChapitre 27 sur 35 · SCÈNE.l -■..■■■, Thérèse, puis LAURtNT et Babon · texte numérisé non relu

SCÈNE.l -■..■■■, Thérèse, puis LAURtNT et Babon

THÉRÈSE(sortaiil de la maison; à mi-voix).

« O justice !.. » Il ne disait que ces mots, étendu les yeux grands ouverts, sur le lit où le muet et moi nous ra,vons .transporté. Et

— io6 —

quand la fièvre le faisait trembler, j'essuyais son front et je lui donnais à boire... « O justice ! ...» Puis le matin s'est levé tout rouge aux vitres de la salle, et les coqs se réveillaient partout l'un l'autre dans le village abandonné. Alorsilafaitunsîgnequ'ilvoulaitvoirlalumière.

(Elle va ouvrir les volets d« la chambre; puis elle tend

l'oreille.) Rien encore... Claudine ne revient pas... Et eux qu'ont-ils fait, là-bas, qu'ont-ils fait?..

Laurent, soutenu par Babon, apparaît sur le seuil. Mon Dieu !... (Elle court au-devant de lui).

OÙ allez-vous donc ? Vous avez voulu sortir ? Et vous pouvez à peine vous tenir debout ?

LAURENT

Le ciel doré... L'aube du dimanche!... j'ai voulu les revoir ! — C'est ainsi que toujours la lumière se réveillera. — Aidez-moi à me reposer ici, sous ces arbres, en attendant... en attendant le jour. (Thérèse fond en larmes). Pourquoi pleurez-vous ? Est-ce à cause de moi ?

A cause de moi, vraiment? Mais j'ai fait ce que j'ai dû faire ; ne me plaignez pas ! — Vous êtes une douce créature...

THÉRÈSE

J'espère que vous guérirez !

— loy —

LAURENT

Si j'avais pu, en mourant, sauver un seul de ces êtres qui se seront égorgés cette nuit, là-bas! Mais maintenant!.. Je Tespère aussi.

Les malheureux ! Vainqueurs ou vaincus, ils auront tant besoin encore qu'une main les aide à sortir de la nuit où ils sont retombés !

THÉRÈSE

Ne parlez point ; peut-être cela vous fait-il du mal.

LAURENT

J'ai assez été tourmenté par mes pensées !

Une lutte, pareille à celle qui, pendant cette interminable nuit, a ébranlé les gorges du Hard, grondait dans ma tête ; et j'étouffais, la gorge serrée. Maintenant, il faut que je parle, quand même je n'aurais pour m'écouter que ce muet, compagnon fidèle comme le chien qui garde la maison...

THERESE

Je VOUS écouterai. (Doucement). Et moi aussi, je suis fidèle.

LAURENT

Je n'ai pas été vaincu ! Ils n'ont point eu raison de moi avec cette blessure, vois-tu,

— io8 —

femme, car je sais, moi, que j'ai raison sur eux. It faudra bien quils le reconnaissent un jour. Le temps de la force n'est pas éternel ! Quand ils auront partout cherché en vain le bonheur, ils verront qu'il n'est que dans h paix ; et ils renonceront enfin à la hainç, ne pouvant renoncer au bonheur... — Peux-tu m'entendre? Ces paroles pour toi, sont-elles trop graves encore? Mais si ce n'est plus moi, tu comprendras celui qui les redira un jour.

THÉRÈSE

Pourquoi pensez-vous que j'écouterais quelqu'un d'autre après vous? S'il faut que

toutes vos paroles entrent ici (clic montre son cœur)

je vous comprends.

Ils reviendront vers celui qui les aime...

Le mal que font les hommes se change en souffrance pour les ramener à l'amour.

THÉRÈSE (à mi-voix).

L'amour...

LAURENT

Cela seul qui crée et qui est éternel ! —

Donnez-moi... Ah! Voilà que mes forces faiblissent encore et les pierres tournent autour de moi.

THERESE

Que VOUS faut-il ? ^- Mon Dieu, Laurent !

ne mourez pas! due pourrais-je vous donner ?

Elle lui essuie le front.

LAURENT (à mi-voix).

Ce n'est rien... Est-ce votre main qui est sur mon front? Bien, bien... Elle est fraîche comme l'eau de la fontaine. — Tout à l'heure j'irai mieux... Mais il vaut mieux... retirer votre main...

THERESE

11 s'endort : son souffle continue à soulever ses lèvres ; mais les bruits et les mouvements du dehors ne parviennent presque plus à l'agiter. S'éveillera-t-il encore, et pour quelle...

Elle est interrompue par un tumulte subit. Les vêtements en lambeaux, échevelée, Marie Robin se précipite à droite sur la scène, poursuivie par une bande d'une dizaine d'hommes et de femmes, parmi lesquels Clagan, la femme de Qagan, la femme de Merrin.

— IIO —

Page 1