‹ Morteville: drame en trois actesChapitre 28 sur 35 · UN HOMME · texte numérisé non relu

UN HOMME

C'est elle qui nous a tous trahis.

d'autres A mort ! A mort !

Thérèse s'avance vers eux. Marie Robin se jette dans ses bras.

MARIE ROBIN

Au secours ! Sauvez-moi !

THÉRÈSE

Arrêtez ! Pourquoi la poursuivez-vous ?

Qu'y a-t-il donc ?

CLAGAN

Tout est foutu ! On nous a trahis. Les gens de la ville nous attendaient et nous ont mis en pièces. Maintenant va-t-en voir ce qui reste des montagnards ! Tout est foutu !

THERESE

La ville est sauvée ! — Hélas ! Et Martin ?

Et les autres ? Où sont-ils ?

CLAGAN

Est-ce qu'on sait ! Chacun pense à sa peau.

Ceux qui ont pu échapper à la marmelade ont regrimpé comme ils ont pu à travers les rochers. Ça courait, ça roulait, ça hurlait ! Bon Dieu ! Ce qu'il en est resté là-bas, des gaillards de la montagne, avec leurs femmes éventrées et leurs marmots piaillants!... J'en ai vu tomber plus de cent autour de moi, du Herloch, de la Rougegoutte et de toute la colline. Ferry est mort. Merrin est mort...

LA FEMME DE MERRIN

Mon homme, oui ! Ils ont tué mon

homme ! (Se retournant vers Marie Robin). A CaUSe

de toi, sorcière ! Ah ! Tu me le payeras !

Elle la menace de ses ongles

VOIX

Oui, oui, c'est elle la cause! — Elle nous a trompés. —^ A mort !

MARIE ROBIN

Qu'est-ce que je vous ai fait? Ils criaient tous autour de moi que j'étais leur mère, leur providence, qu'il fallait que je les conduise. Et maintenant, ils veulent me tuer !

CLAGAN .

Tu nous as tourné la tête avec tes récits.

Cest-y pas toi qui nous ais parlé de cette ville comme d'un paradis si beau que tiôus ne pouvions plus vivre sans y entrer. Nous y avons couru, et toute la troupe des diables d'enfer en est sortie pour ilous massacrer.

LA FEMMfi DE MERRIN

Gueuse, tu faisais la folle pour nous attirer là. Et c'est toi sans doute qui nous as dénoncés !

MARIE ROBIN

Ce n'est pas moi, je le jure, ce n'est pas

moi ! (A Thérèse). Dites-leur que ce n'est pas moi, not'dame! Je ne les ai pas quittés un moment.

THÉRÈSE (à part).

O Claudine, est-ce là ton ouvrage ? (Haut).

Laissez-la tranquille, mes amis. Je sais qu'elle n'a point fait ce que vous lui reprochez. Et voilà déjà trop de sang et de morts. — Mais si tu n'as pas voulu trahir, malheureuse, c'est assez de mal que tu as causé ! Vois ! tant de nos frères disparus, et celui-ci, cet innocent qui va mourir, voilà l'œuvre de ta langue. O Marie, pourquoi as-tu fait ceci ?..

MARIE ROBIN (interdite).

Je ne sais pas, moi... On m'appelait, on me disait, marche ici ou là, et moi, je croyais servir tout le monde. Je portais les nouvelles de l'un à l'autre, moi ; c'est mon plaisir de rapprocher les gens. El voilà que tout le monde m'en veut et que vous me grondez aussi! — Mais vous verrez, vous verrez, je sais ce qui me reste encore à faire !..

Elle s'en va rapidement à droite. Entre à gauche,

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