SCÈNE I LoNGÈNE, Merrin, Clagan, Nicolas Ferry
Ils travaillent à achever la meule.
MERRIN
Ça y est : la dernière meule est prête.
CLAGAN
II ne reste plus qu'à déboucher la cheminée. Je vais grimper sur les épaules de Ferry pour retirer la perche. Toi, Merrin, boute le feu.
11 fait comme il a dit. Merrin s'accroupit sur le sol et essaye d'enflammer le foyer de la meule en battant le briquet.
MERRIN
Prends donc, feu de malheur! Vas-tu prendre ?
LONGÈNE
Le brouillard a mouillé les feuilles. Je t'ai pourtant choisi le bois le plus sec.
MERRIN
J'ai les doigts roides comme ce caillou.
Aide-moi, bûcheron.
LONGÈNE
Voilà.
Il allume le feu. Merrin, les coudes dans la neige, souffle pour l'attiser.
CLAGAN
Maintenant, on peut se reposer, jusqu'à ce que la soupe arrive. Il se fait tard; les femmes doivent déjà être en route.
MERRIN
Bon sang! que la mienne ne s'arrête pas à jacasser! J'ai besoin de me fourrer quelque chose dans le ventre, pour me réchauffer un peu.
LONGÈNE
L'hiver sera dur : les bruyères ont fleuri longues.
* CLAGAN
J'ai déjà rencontré trois loups. Si je n'avais pas eu ma pique ferrée...
MERRIN
Il y en a encore plus d'un de nous, dans la montagne, dont le froid, les bêtes ou les ennemis de l'autre colline feront la fin.
CLAGAN
Et ce sera peut-être ton tour cette année, Merrin ?
MERRIN (violemment).
Tais-toi! Tais-toi, je te dis!
LONGÈNE
Nous mourrons tous, aujourd'hui ou demain. 11 n'y a que le vieux Siméon Bromerre qui ne veut pas mourir.