MARCHE DE L'ATTÉNUATION DU PRINCIPE LYTIQUE
Sous l’action de laldéhyde formique à 37° le principe lyüque disparait rapidement des solutions [27].
Le tableau suivant des Sa faites avec du filtrat Iÿtique antistaphylococcique formolé à 0,5 superposable à d’autres que nous avons obtenus en titrant les chutes d'activité d’autres filtrats, anticôlon notamment :
5 me* et à D cm° pour 1.000 est
Activité lytique par cm principe formolé à o cm5 principe formolé à 5 cm°
1/10.000.000.000 de cm?
1/100.000 de cm?
1/10.000 de cm?
1/5.000 de cm?
1/3.500 de cm?
Temps de contact
Avant formol
Après 4 heures .
Après 6 heures .
Après 8 heures .
Après 24 heures.
1/10.000 000.000 de cm?
1/1.000.000 de cm?
1/100.000 de cmÿ 1/10.000 de cm 1/1.000 de cm
Aprés 2 Jours "0.
Après 3 Jours Après 4 jours Après 5 Jours Après 6 jours Après 7 Jours Après 8 jours Après 9 Jours Après 10 jours Après 11 Jours
1/750 de cm?
1/500 de cm* 1/400 de cm?
1/250 de cin* 1/100 de cm° 1/50 de cmÿ 1/30 de cm* 1/10 de cm° entre 1 ct 0 intitrable
1/1.000 de cm?
1/500 de cmÿ 1//400 de cm° 1/250 de cm 1/100 de cm° intitrable intitrable iptitrable intitrable intitrable
Le titrage d'activité était fait pour obtenir la lyse totale d’un tube de bouillon après 18 à 20 heures à 37°, en tenant compte néanmoins de tubes qui donnaient une culture retardée après
Lo MORVE ET IMMUNITÉ ANTI-MORVEUSE
deux ou trois jours de transport à la température du laboratoire (16°-r8°).
On voit par ce tableau que l’activité lytique présente une décroissance superposable à celle de la toxine diphtérique après adjonction de formol: une toxine diphtérique tuant le cobaye au 1/1.000 de em° est formolée ; après 24 heures de contact avec le formol à 37°, il faut injecter o,1 cm° pour tuer le cobaye, après 3 jours, 1 cm’, après 5 jours, 2 cm”, après 10 Jours, 6 cm; mais après 20 jours, 10 cm* de la toxine formolée ne tuent plus.
Ici la destruction du principe lytique dans le filtrat formolé west quapparente : même après un assez long séjour à 37°, il nous a été possible en effet, en prélevant 5o cm° ou 100 em’ de filtrat ana-bactériolytique, de remettre en évidence le principe lytique transmissible à la suite de deux ou trois passages rapides en présence d'une très petite quantité de bactéries vivantes et Jeunes. Ce principe ana-bactériolytique se comporte ainsi comme une toxine détoxiquée, mais qui ne l’est qu'au regard d’un animal d’épreuve, le cobaye par exemple, et avec des doses relativement faibles ; si cette toxine atténuée pour le cobaye était injectée à un animal plus sensible et à fortes doses, elle serait encore capable de produire sa lésion spécifique (x).
VALEUR ANTIGÈNE DE L'ANABACTÉRIOLYTIQUE
Après avoir obtenu le principe ana-bactériolytique, et nous être assurés de sa perte d’activité, nous avons inoculé deux séries de lapins; une première avec des solutions non formolées, une deuxième avec la solution ana-bactériolytique vieille de plus d’un mois, préparée par 0,6 cm° p. 1.000 de formol.
Nous avons fait cinq injections espacées à six jours d’intervalle ; chaque série comporte des animaux préparés par injection intraveineuse et des animaux préparés par injection intrapéritonéale. À la fin de limmunisation le sérum des animaux s’est montré très antilytique, que le liquide ait été ou non formolé ;
(1) Cette constatation nous permet de comprendre comment de fortes doses d’anamorve favorisent l'extension des lésions des cobayes morveux, tandis que de faibles doses amènent la guérison des animaux. Voir p. 46.
ACTION DU FORMOL SUR LE PRINCIPE BACTÉRIOLYTIQUE li
après 30 minutes de contact ën vitro 1 cn de sérum des lapins préparés dans le péritoine neutralise 5 millions d'unités lytiques (nous avons considéré comme unité, à ce moment, la quantité minima pour engendrer la lyse d’un tube de bouillon en 16- 1S heures à 37°) ; le sérum des lapins préparés par injection intraveineuse neutralise 5o millions d'unités lytiques [25].
Le principe lytique s’est donc comporté comme la toxine diphtérique en présence de formol ; il a perdu son activité spécifique, a conservé comme l’anatoxine de Gaston Ramon la totalité de son pouvoir antigène, il nous restait à voir s’il était possible de vacciner avec l’anamorve.
VACCINATION PAR L'ANAMORVE
La constatation faite que le principe lytique, privé de sa propriété de lyser à la suite de ladjonction de formol et après un séjour à l’étuve à 37°, conservait son pouvoir antigénique, à conduit à reprendre les essais de vaccination contre la morve au sujet de laquelle les premiers essais avec le principe lytique actif n'avaient pas donné de résultats encourageants. Le bacille de la morve fraichement isolé du cobaye mort de la morve expérimentale, est ensemencé en bouillon ordinaire, sans glycérine, avec une petite quantité de filtrat et porté à 37°. Les bouillons continuent leur développement comme le bouillon témoin jusqu’à la 6° heure et ensuite se fait l’éclaircissement du milieu qui devient total vers la 18 heure. Dans ce milieu éclairci on ajoute 0,5- 1,9 p. 1.000 de formol, sans filiration préalable, pour éviter les risques de contamination, et on le laisse à 37°. Entre 7-10° jour, on ne peut plus mettre le principe lytique en évidence dans 10 cm° de culture. On filtre alors cette culture formolée sur bougie Chamberland L pour répartir dans les ampoules scellées afin de s’en servir dans la vaccination des cobayes contre la morve. L’innocuité du produit a été démontrée par cette expérience : à plusieurs cobayes mâles d’un poids de 350-475 gr. que nous avons injecté, soit dans le péritoine, soit par la voie sous-cutanée, avec des doses variant de 2 cm’ à 10 cm° d’anamorve, doses répétées encore une fois, sans constater un déséquilibre dans la santé des cobayes :
ire inocul. 2e inocul.
Cobaye B 43. . :
Sp ie 2 CM 4 cm?
DIU, ne D : & cm$ 7 cm$ 9 — B49.
BSot © {5m 10 cmè
VACCINATION PAR L'ANAMORVE 43
Nous donnerons ici le poids des deux derniers qui ont reçu la plus forte dose de l'anamorve.
B 5o B 19 360 470 379 465 305 460 370 439 370 445 395 450 330 ho 325 {420 390 {20 3/0 460 325 465 3/40 {79 345 465 999 {70 340 {70 345 {60
Tous ces cobayes sont éprouvés 16 jours plus tard.
Les cobayes de la série précédente en même temps que quatre autres cobayes mâles préparés par l'injection péritonéale de 1 cm° d’anamorve une première fois, 2 cm la deuxième fois 6 jours après, qui ont montré un amaigrissement passager du deuxième au cinquième jour, sont inoculés, six jours après la 2° injection, avec une culture de morve (0,5 cm° de l’'émulsion d’une anse de culture de la morve sur gélose, dans 8 cm° de bouillon stérile). Deux autres cobayes mâles neufs sont inoculés également avec la même quantité de culture de morve, ils servent de témoins.
11, 1 Cm° anamorve 6 jours d’interval. 6 cm? anamorve
B B B 15, — — B BTS aires
B 16 témoins
à la dose de o cm 5
restés de l'épreuve de l'innocuité de l’anamorve
Tous recoivent la morve par la voie péritonéale
B 50 Témoins : B 15 est mort le 192 jour. B 16 le 13e jour.
Telle était notre première expérimentation sur des sémes de cobayes ; nous avons depuis souvent répété l’immunisation sur des cobayes mâles au moyen de l’anamorve avec différentes souches et avons toujours obtenu la survie des animaux préparés [28]. Nous avons pu conserver plus d’un an quelques-uns des animaux qui n'ont pas présenté par la suite de forme chronique de la maladie.
TRAITEMENT PAR L'ANAMORVE
Nous avons eu l’idée d’essayer, par des injections d'anamorve, d'interrompre le cours de l'infection morveuse, toujours fatale chez les cobayes mâles inoculés dans le péritoine [29]. Dans nos expériences de vaccination par l’anamorve nous avions en effet remarqué que de faibles doses immunisaient quelques jours seulement après la dernière injection; et comme Pinfection du cobaye inoculé dans le péritoine est pendant les premiers jours localisée au scrotum, nous avons pensé qu'avant la généralisation du bacille morveux, limmunité générale pourrait se produire.
Une série de cobayes mâles est traitée à l’anamorve à petites et grosses doses par l'injection sous-cutanée de lanamorve afin de voir sila morve expérimentale de cobaye est traitable par le produit et à quelle dose.
Ces cobayes ont reçu tous par la voie péritonéale, 0,5 em d’une émulsion de microbes vivants de la morve préparée de la même façon que dans les expériences précédentes.
Cobaye À r, inoculé de 0,5 cm° de l’émulsion microbienne. Les testicules sont soudés dans leurs bourses au 2° jour et continuèrent à augmenter de volume. Après 48 heures de l’inoculation de la culture de la morve 5 cm° de l’anariorve lui a été injecté sous-cutanée et la même dose a été répétée les 2 jours suivants. Les lésions locales restent stationnaires jusqu’au 12° jour et on lui fait encore une série de 3 injections souscutanées de l’anamorve, toujours à la dose de 1 em°. L’inflammation des bourses devient fluctuante ; d'abord celle de gauche, ensuite celle de droite s’ouvrent et vident leur contenu de pus qui renferme en très petite quantité le microbe de la morve. Les plaies restent ouvertes pendant une semaine, puis se cicatrisent
et l'animal reprend son poids normal.
: J Cobaye À 2 est le couple de A r. Il reçoit la culture et l’anamorve dans les mêmes conditions. Guérison.
Cobaye A 3 reçoit la culture de la morve (o em° 5) dans Île péritoine et à partir du 4e jour 1 cm° de l’anamorve sous-cutané, On fait une série de trois injections à 24 heures d'intervalle. L’orchite qui avait débuté le 3° jour augmente de volume jusqu’au 7° jour et après reste telle quelle; 10 jours après la première série de traitement on lui fait encore une série de 3 injecuons de l'anamorve. La bourse droite présentait un seul nodule, celle de gauche deux nodules de grosseur d’une noisette. Elles s'ouvrent et se vident pour être complètement guéries le 4o° jour après l’inoculation de la morve.
Cobaye À 4, reçoit la culture de la morve (o cm°5) dans le péritoine et lanamorve 1 cm° sous-cutané à partir du 4° jour, c’est-à-dire comme celui précédent. Evolution identique. On lui fait une deuxième série de traitement. La guérison est complète après la cicatrisation des plaies.
Cobaye 5, reçoit o em 5 la culture de la morve et 1 cm° de lanamorve à partir du 6° jour, répété tous les deux jours suivants. Les bourses présentaient, à droite, un nodule de grosseur d’une noix, et à gauche, un nodule de la même taille et un autre un peu plus petit. Une deuxième série de lPinoculation de lPanamorve est faite 10 jours après la première. L'animal est guéri lentement après avoir vidé le contenu de ses bourses et la cicatrisation des lésions ouvertes est complète.
Cobaye À 6, est le couple du précédent, iei les orchites présentaient une grosseur moyenne et sont regressées après la deuxième série d’inoculation de lanamorve sans s’abcéder.
Grosses doses.
ra A e =
Cobaye À 7, 48 heures après l’inoculation de o em° 5 de l’émulsion du bacille morveux dans le péritoine, 4 em° de l'anamorve lui a été injecté sous-cutané et répété les deux jours sui-
TRAITEMENT PAR L'ANAMORVE A7
vants. L’engorgement de la bourse continue jusqu’au 6° jour et reste stationnaire jusqu'au 12° jour où on lui fait une autre série de traitement à l’anamorve à la suite de laquelle la bourse devient molle, s'ouvre et après avoir vidé son contenu inflammatoire Panimal guérit lentement.
Cobaye A 8. IT reçoit la culture de la morve dans le péritoine et l'anamorve sous-cutané en même temps que le cobaye A 7; 10 Jours après la première série de traitement on lui fait une deuxième série (toujours 3 injections de 4 em° de l’anamorve sous-cutané à 24 heures d'intervalle). Les orchites s'ouvrent et se vident lentement, mais avant de se fermer l’animal meurt au 33° Jour de l'inoculation de la morve. A l’autopsie on voyait sur la muqueuse de l'estomac quelques chancres entourés d’une zone de congestion intense dont Pun était la cause de la perforation de l'organe d’où une péritonite.
Cobaye À 9, reçoit o em° 5 de l’émulsion du mierobe de la morve dans le péritoine et 4 jours après 4 em* de lanamorve sous-cutanée, injection répétée les deux jours suivants. La bourse gauche s'ouvre et se vide, celle de droite restant fermée on lui fait, 10 jours après la première série, une série de 3 injections de 4 cm° d’anamorve qui n'améliore pas son état général, il meurt 3/4 Jours après de l'inoculation de culture de la morve.
A l’autopsie, on voyait une morve granuleuse au niveau de la rate et du foie, les ganglions inguinaux du côté de linoculation de virus volumineux ; l’ensemencement de ces ganglions donne des colonies déchiquetées de bac. de la morve.
Cobaye A 10. Le couple du précédent. Après deux séries de traitement les orchites ne se sont pas ouvertes et restent de la grosseur d'une noix.
Les ganglions mésentériques sont tuméfiés, lPanimal devient cachectique et meurt le 33° jour après l'inoculation du virus. À l’autopsie : les organes internes ne montraient pas de lésions macroscopiques. L’ensemencement du sang est négatif. Celui des ganglions lymphatiques donne des colonies déchiquetées de bacille de la morve.
Cobaye À 11 reçoit o em 5 de la culture de la morve et # cm° de l’anamorve à partir du 6° jour, dose répétée les 2 jours suivants. Les bourses sont ouvertes le 11° jour ; une deuxième série lui a été faite comme les cobayes À 5 et À 6, mais à la dose de h cm*.
L'aspect des chancres produit par l’ouverture des bourses est mauvais, dans l’abdomen on sent à la main un paquet de ganglions mésentériques. Il meurt le 28° jour de l’inoculation de la morve.
A l’autopsie : les lésions macroscopiques de la morve faisaient défaut, le paquet de ganglions mésentériques est rempli de pus. Le pus dans les bourses a l'aspect granuleux.
Cobaye À 12 est le couple de À rr.
Deux séries de traitement de 3 injections de 4 cm° d’anamorve à 10 jours d'intervalle. Les orchites ne sont pas ouvertes et ne guérissent pas, il meurt au 34° jour à la suite d’une péritonite chronique morveuse.
Les témoins. — Cette expérience a été commencée le 18-7-1932. 6 cobayes mâles, bien portants, étaient choisis et avaient reçu o cm 5 de l’émulsion microbienne de la morve, dans le péritoine, en même temps que les r2 cobayes de ci-dessus.
Témoins À 19, meurt le 26-7-32 (forme toxique)
-— À 20, — 30-7-32 — AUD — 23-7-32 — A2, — 1-8-32 (associé au pneumocoque) — ANS, = 4-8-32 AE — 25-7-32
Nous avons relaté le détail de cette expérience en lui laissant toute la variété que représente le facteur individuel aussi bien chez les animaux traités que chez les témoins ; nombreux avaient été auparavant nos essais, d’autres expériences ont suivi celle datée de juillet 1932 — lors de dernières séries nous avons assisté à une transformation de la morve aiguë des cobayes traités par l’anamorve en maladie chronique véritable farcin qui après trois mois à laissé nos animaux bien portants, prenant régulièrement du poids et dont les cicatrices cutanées sont le seul reliquat de Pinfection dont ils ont guéri.
TRAITEMENT PAR L'ANAMORVE A9
CONCLUSION
D’après les résultats de nos expériences on peut conclure que le traitement à l’anamorve à la dose de 1 em injectée sous-cutanée ou intrapéritonéale répétée 3 Jours consécutifs en deux séries à 10 Jours d'intervalle, est suffisant pour arrêter la marche de la maladie et créer un état de résistance tel que l'organisme se défend contre la propagation du foyer localisé primitivement au niveau des organes génitaux et permet de vider ce foyer d’infection dans un temps plus où moins court suivant l’individualité des cobayes. L’atrophie testiculaire n’est que momentanée car après deux ou trois mois les glandes reprennent un volume voisin de la normale ainsi, semble-t-1l, que leurs fonctions physiologiques.
Si les doses d'anamorve sont supérieures à 2 cm° pour chaque injection, l’extension des lésions morveuses est favorisée, l’animal se cachectise et meurt ; nous avons vu précédemment que le formol ne faisait pas disparaître toute la propriété lytique (v. page 4o) et après les essais sur les animaux morveux on peut dire qu'il persiste encore du pouvoir toxique.
Kémaz-DsÉMIL. 4