INTRODUCTION
La morve, maladie infectieuse des solipèdes, transmissible à l’homme, est anciennement connue dans toutes les parties du monde. Elle est caractérisée par des formations nodulaires dans certains organes, en particulier dans les poumons, et par les ulcérations de la peau et des muqueuses des voies respiratoires ; au niveau des lésions on rencontre toujours un microorganisme particulier, bacillus mallei. Elle a existé, à l’état endémique, un peu partout pendant des siècles.
La découverte de la malléine, appliquée au diagnostic, a permis de dépister les formes chroniques et d’édicter des mesures de police sanitaire qui ont entraîné la disparition de la maladie, plus ou moins rapidement suivant Île progrès social de chaque pays. Si pendant plusieurs années la malléination n'a pas été employée dans certains pays, la cause en était dans la mauvaise préparation de la malléine ; la malléine du D' Roux [48], dite de l’Institut Pasteur, très active, toujours égale à elle-même a pernis d'enregistrer des résultats définitifs.
Aujourd'hui, la maladie se trouve réduite à des cas isolés, grâce à l’abatage de tous les animaux atteints, contaminés, voire même suspects de la morve. En France, parmi les chevaux de la population civile d'après les statistiques du service vétérinaire du Ministère de l'Agriculture, en 1895 il y avait 1.992 animaux cliniquement morveux ; en 1908, 398 animaux morveux ou réagissant à la malléine; en 1915, 136 et en
Parmi les chevaux de l’armée française, la morve n'existait plus en 1914; mais durant la grande guerre, par suite des fatigues, et surtout de l'introduction des chevaux étrangers, la maladie réapparaît d’une façon foudroyante.
KéMaL-DJÉMIL,
Chevaux ayant réagi Chevaux abattus à la malléine pour morve 5 mois 1914 1.990 1.298 1919 32.283 6.980 1916 15.299 5.334 1917 6.954 5.647 1918 90 1.080
Après la guerre, dès 1920, aucun cas de morve n’était signalé. En Angleterre (F. C. Minerr) le nombre des chevaux morveux jusqu’à 188r est enregistré très approximativement. Entre 1887 et 1907 il y avait 2.000 chevaux morveux, en moyenne, par an.
En 1909, 533 foyers, 1.753 animaux atteints,
En 1915, 50 foyers, 83 animaux atteints,
En 1926, 2 foyers, à animaux atteints et depuis aucun cas n’est signalé.
Aux Etats-Unis d'Amérique, au cours de ces huit dernières années la maladie a été complètement supprimée.
En Allemagne, 2.206 animaux étaient morveux en 1915; le nombre de ces animaux demeure élevé jusqu’à 1920 et baisse ensuite dans de telles proportions, qu'en 1926, 100 cas seulement étaient signalés.
Dans les pays où les mesures ne peuvent encore être strictement appliquées, des foyers comprenant un nombre beaucoup plus élevé d'animaux morveux persistent et constituent ainsi un danger permanent pour le cheptel animal du voisinage.
Chez l’homme qui est aussi sensible à l’infection, elle est plutôt une maladie professionnelle. La majeure partie des cas signalés se trouve parmi les vétérinaires, les microbiologistes, les agriculteurs et toutes les personnes chargées de soigner les animaux.
D’après le vétérinaire anglais GarGer [13], qui fut victime de la contamination, la morve est la plus douloureuse des maladies dont un homme puisse souffrir.
KALNING, après avoir découvert la malléine, en collaboration
avec Heumax [15] en 1890-1891, est mort à la suite d’une contamination de morve.
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Mon Maitre de Microbiologie à l'Ecole vétérinaire de Stamboul Aumer Bey, son assistant Hupaï Bey, furent victimes de la même contamination et sont morts, il y a quelques années, dans les circonstances particulièrement pénibles.
Devant la diminution sensible de la maladie dans les pays les plus civilisés, il ne faut pas croire qu’il en soit de même dans tous les autres pays. Bien que la médecine vétérinaire soit dotée d'un moyen radical, pratique, dans la lutte contre cette maladie, grâce à la malléine, il n’est pas toujours facile de l’appliquer et d’exterminer tous les foyers qui existent actuellement.
Les guerres contribuent à l'accroissement formidable du nombre de chevaux morveux, par suite de la mobilisation générale des animaux dont quelques-uns porteurs de lésions chroniques non-manifestes de la morve, font une maladie aiguë à la suite des marches forcées, de misère physiologique et contaminent les autres animaux des effectifs.
L'étude de sa pathologie en général, et les recherches sur l’immunité dans la morve ont été l’objet de travaux de nombreux expérimentateurs dont plusieurs sont morts contaminés au laboratoire dé cette terrible infection. Leur exemple n’a pas découragé les autres qui ont continué et continuent toujours les recherches sur l’immunité de cette maladie. Si nous apportons aujourd’hui quelques faits nouveaux sur la prophylaxie et le traitement de la morve, nous les devons, en partie, à leurs recher- ches, à leurs travaux aussi précis que précieux. Avant de commencer lexposé du travail demandé, par notre Maitre M. Lecroux, à Mme C. JÉRAMEG et à moi, je passerai brièvement en revue l’état de nos connaissances sur l'agent pathogène, la pathologie de la maladie spontanée et de l'infection expérimentale, puis les données de l'immunité dans la morve.
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