CHAPITRE XI
Auprès de ma prison il y en avait une autre habitée par quelques hommes; je les entendais parler. Un d'entre eux les surpassait en autorité, non peut-être par la distance d'une naissance plus illustre, mais par une plus grande audace et un babil plus abondant. Il faisait, comme on dit, le docteur; il disputait et réduisait tous les autres
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au silence par le ton impérieux de sa voix et par la violence de ses paroles; il leur imposait tout ce qu'ils devaient dire et penser, et après quelque résistance ils finissaient par lui donner raison en tout.
Les malheureux ! personne d'entre eux qui pût adoucir les rigueurs de la prison en exprimant quelque sentiment suave, un peu de religion et d'amour.
Le chef de mes voisins me salua; je répondis à sa politesse. Il me demanda comment je passais cette maudite vie. Je lui dis que^ quelque triste qu'elle f At, ce n'était pas pour moi une vie maudite , et que jusqu'à la mort je devais chercher à me procurer le plaisir de penser et d'aimer.
a Expliquez-vous , Monsieur, expliquez-vous. »
Je m'expliquai, et je ne fus pas compris; et quand, après quelques prolégomènes ingénieux, j'eus le courage de lui citer pour exemple la tendresse que m'avait inspirée le pauvre petit sourdmuet, le chef des voleurs partit d'un grand éclat de rire.
« Qu'y a-t-il? qu'y art-il? » s'écrièrent tous ses compagnons.
Le méchant répéta mes paroles d'une façon ridicule, et les risées partirent en chorus. Je fis là pleinement figure de sot.
Il en est d'une prison comme du monde. Ceux qui font consister leur sagesse à s'emporter, à
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s'enorgueillir, à murmurer, s'imaginent que c'est folie de compatir, d'aimer et de consoler par de belles espérances qui honorent l'humanité et son auteur.