‹ Mos prisons: ou, Mèmoires de Silvio PellicoChapitre 44 sur 94 · CHAPITRE XLIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIV

Les nausées qui depuis longtemps tourmentaient mon estomac^ et mes douleurs de tète cessèrent tout à coup; je me sentis un appétit extraordir naire : ma digestion était très- facile, et je reprenais, de nouvelles forces. Providence admirable! elle m'avait ôté des forces pour m'humilier; elle me les rendait, parce que l'époque des sentences

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approchait, et qu'elle ne voulait pas que je succombasse en les entendant.

Le 24 novembre, un de nos compagnons, le docteur Foresti, fut enlevé de la prison des Pi&mbi et conduit nous ne savions en quel lieu. Le geôlier, sa femme et les seconds paraissaient atterrés; aucun d'eux ne voulait éclaircir pour moi ce terrible mystère.

c Et quelle chose voulez -vous connsdtre, Monsieur, disait Tremerello, s*il n'y a rien de bon à savoir? J'en ai déjà trop dit, j'en ai déjà trop dit.

— AUons donc, pourquoi le taire? ne vous ai-je pas compris? lui criai-je en frissonnant; il est donc condamné à mort?

— Qui?... lui?... le docteur Foresti?..,»

Tremerello hésitait; mais l'envie de babiller

n'était pas la plus faible de ses qualités.

c Que Monsieur ne dise pas que je suis babillard, je ne voudrais pas ouvrir la bouche pour ces choses. Que Monsieur se souvienne qu'il m'y a forcé.

— Oui, oui, je vous ai forcé; mais voyons, dites -moi tout : qu'est devenu le pauvre Foresti?

— Ah ! Monsieur, on lui a fait passer le pont des Soupirs (i). Il est dans les maisons criminelles!

(1) Le pont des Soupirs, jeté aur le grand canal, faisait communiquer les prisons de TÉtat avec le palais ducal. Les malheureux qui le passaient allaient ordinairement entendre leur sentence de mort. Telle fut Torigine de son nom : // ponte dei Sospiri,

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