‹ Mos prisons: ou, Mèmoires de Silvio PellicoChapitre 5 sur 94 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Ce fat le vendredi 13 octobre 1830 que je fus arrêté à Milan et conduit à Sainte -Bfarguerite. Il était trois heures après midi. On me fit subir un long interrogatoire pendant tout le jour et plusieurs autres encore. Mais je ne dirai rien de tout cela; je laisse la politique de cû);é, et je viens à parler d'autre chose.

Sur les neuf heures du soir de ce triste et funeste vendredi , le greffier me remit entre les mains du geôlier, qui me conduisit à la chambre qui m'était destinée. lime fit déposer entre ses mains , après une invitation poUe^ ma montre^ mon argent et tout ce que j'avais sur moi, pour me les rendre en temps convenable ; après quoi il me souhaita respectueusement une boimenuit.

« Arrêtez y mon ami . lui dis-je : je n*ai pasdhié aujourd'hui^ faites-moi apporter quelque chose.

— A Tins tant; le cabaret est près d'ici, et Monsieur verra quel bon vin !

iO MÉMOIRISS

— Du vin ! je n'ea bois pas. »

A cette réponse, AQ|iOliild me regarda tout stupéfait, mais espérant q\ie lûes paroles ii'étâient qu'un badinage : les geôliers qui tiennent cabaret ont en horreur un prisoaaier tempérant.

a Je n'en bois pas, certainement, répliquai-je.

— Je m'en aflBige pour Monsieur ; car il souffrira doublement de la solitude. »

En voyant que je ne chatigeaid pas de résolution, il sortit; en moins d'une demi-heure j'eus mon diner* Je mangeai quelqueft bouchées, je bus un verra d'eau» et l'on me laisiA seul.

La ehambre que j'occupais était eu ret-de«^ otAus&ée et donnait mt la cour. Prisons d'un doté, prisons d'un autre côté, prisons auniessusj pritofiseû face. Je m'approchai de la fenêtre^ et je me mis pendant quelque temps à écouter le pas dâs gardiens de la prison qui allaient et venaient, et le àïAuX frénétique de quelques malheureux détenus.

11 y a un siècle, pensais^je^ cette prison était tin monastère* Les vierges saintes et pénitentes qui l'habitaient auraient elles jamais cru que letifs (Cellules répéteraient aujourd'hui non plue des gémissements de femmes , ni des hymnes pieuses» mai^ d'horribles blasphèmes et des chansons licencieuses; qu'elles seraient habitées par des hommes la plupart rebut de la sodété et destinés aux prisons ou à Téchafaud ? Et dans un

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àèAe, qui respirera dans ces cdlulès? rapidité du temps l 6 mobilité perpétuelle des ^^hoses hu** mainesl Celui qui médite ces vérités peut^il s'af^ fiigdf si la fortune eesse de lui sourire^ s'il vient à Atre esseveli dajsd'Ies ténèbres d'uû cacbot^ s'il se voit menacé du supplice? Hier j'étais le plus heu* reux des hommes , aujourd'hui plus de ces dou^ cours qui embellissaient et fortifiaient mon e&is* teno6> plusdelibertéi plus d'amis/plus d'espérance ; non, ee serait folie de me flatter. Je ne sortirai d'ici; que pour être jeté dans les plus horribles cachots, eu pour être livré au bourreau I Eh bien ! le jour qui suivra ma mort sera le même que si j'eusse respiré sous les lambris dorés d'un palais, et que mon corps eût été confié à la terre au milieu des pompes et des honneurs»

Ces réflexions SUT la rapidité du temps fortifiaient mon ftme^ Mais bientôt mon cœur me rappela un père^ une màre> deux frètes i deux sœurs ^ une autre fanùUe que j'aime comme la mienne, et les raisonnements philosophiques n'eurent plus au*^ çnne force* Je m'attendris, et je pleurai comme un enfant*

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