‹ Mos prisons: ou, Mèmoires de Silvio PellicoChapitre 6 sur 94 · CHAPITRE lî · texte numérisé non relu

CHAPITRE lî

Trois mois avant le commencement de mes in* fortunes^ j'étais allé à Turin, et j'avais revu, après

iâ MÉMOIRis

plusieurs années de séparation , mes parents , qr je chéris , un de mes frères et mes deux sœur Toute notre famille s'était toujours tant aimée Aucun fils n'avait été plus que moi comblé de bien faits par son père et par sa mère! Oh! comme j< me sentis ému en revoyant ces vieillards respectée et chéris, en les trouvant plus afTaiblis et accablés par le poids des années que je ne me l'étais imaginé ! Comme alors j'aurais voulu ne plus les abandonner, consacrer mes soins à soulager leur vieillesse ! Qu'il me fut pénible y durant les quelques jours que je passai à Turin, d'avoir à remplir certains devoirs qui m'éloigoaient du toit paternel^ et de ne pouvoir consacrer à ma famille qu^une partie de mon temps ! Ma pauvre mère disait avec une amére tristesse : « Ah ! notrq cher Silvio n'est pas venu à Turin pour nous voir ! »

Le matin de mon départ pour Milan fut témoin de la plus cruelle et de la plus déchirante séparation; mon père monta dans la voiture avec moi^ et m'accompagna pendant un mille , puis il s'en alla tout seul. Je me retournais pour le regarder, je versais des larmes; et je baisais un anneau que m'avait donné ma mère; jamais je n'éprouvai un tel serrement de cœur en m'éloignant de mes parents.

Je ne crois pas beaucoup aux pressentiments; je m'étonnais pourtant de ne pouvoir surmonter ma douleur^ et je me disais malgré moi avec une ce^

DE SILYIO FELUGO. 13

taine frayeur : a D'où me vient cette inquiétude extraordinaire? » H me semblait que je prévoyais quelque grand malheur.

Dans ma prison, je me rappelais cet effroi et cette angoisse : ma mémoire me rapportait toutes ces paroles que j'avais entendues, trois mois auparavant^ au sein de ma famille. Cette plainte de ma mère : « Ab ! notre cber Silvio n'est pas venu i Turin pour nous voir ! » me retombait sur le cœur. Je me reprochais de ne lui avoir pas donné mille fois plus de preuves de mon affection. Je les aime tant^ et je le leur avais exprimé si faiblement 1 Je ne devais plus les revoir jamais, et je m'étais si peu rassasié de leur présence ! et j'avais été si avare des témoignages de mon affection 1 Ces pensées me déchiraient Tâme.

Je fermai ma fenêtre, et me promenai pendant une heure, croyant ne pouvoir goûter aucun repos durant toute la nuit. Je me mis au lit, et je m'endormis enfin de fatigue.

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