‹ Mos prisons: ou, Mèmoires de Silvio PellicoChapitre 7 sur 94 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Se réveiller une première nuit en prison est une chose horrible. Est-il possible! dis-je en pensant au lieu où je me trouvais ; est-il possible! moi ici ! et ce n'est pas «n vain songe qui m'abuse ! C'est donc hier qu'on m'arrêta! qu'on me fit subir ce

long iiiterrogfiitoire qui se continuera demain < oore ! et qui sait quand il se terminerai Hier s< avant de m'eudormir^ je répandis tant de lari âa soutenir de mes parents!

Le repos> un silence profond > le court somn qui avait réparé mes forces mentales^ semblai atoiip multiplié en moi la puissance de la doule Dans eetto absence totale de distra^^tion^ Tafflict qu'éprouterai^t tous ceux qui me sont cbers spécialement mon père et ma mère) en appren mon arrestation , ae peignit i mon imaginât avec une fotee incroyable*

Maintenant encore^ me disais^je^ ils goAtent sommeil paisible^ ou pénètre ils prolongent le veilles en pensant à moi avec tendresse, et ils se doutent point du lieu où je me trouve ! Heun si Dieu les enlève à la terre avant que la fun< nouvelle de mes malheurs arrive à Turin!

leur donnera la force de supporter cette dure cruelle épreuve?

11 me semblait entendre une voix intérieure disait : a Celui que tous les affligés invoque a aiment et sentent en eux*mèmes! Celui c donnait à ma mère la force de suivre son fils c le Calvaire et de rester auprès de la croix I Vi c des infûrtunés> Tami des mortels I »

Ce fut le premier moment où la religion tri( pha de mon cœur, et c'est à l'amour tilial qu dois ce bienfait.

DE SILYIO P£LUGO. 15

Autrefois ^ sans être eontraire à la religion^ je la pratiqua» peu et fort mal. Les olqectioiis taints et ftttiléa qu'on lui oppose vulgairement ne me paraissaient pas d'un grand poids, et cependant mille doutes aopbiatiques obscuroissaient ma foi. Déjii depuis loo^emps > oes doutes ne tombaient plus sur Texistenee de Dieu^ et j'étais foreé d'avouer que, si Dieu ekiste, une eonséquence rigoureuse et nécessaire de sa justice , c'est qu'il y sût une autre vie pour l'homme qui souffre au milieu d'un mQXki» injuste. De là la grande nécessité d'aspiré aux biens de cette seconde vie; de là un culte d'amour de Dieu et du prochain » une perpétuelle tendance de l'homme à s'immolet par de généreux sacrifices^ Déjà depuis longtemps je roulais ces pensées dans mon esprit ; j'ajoutais : « Qu'est«ce donc que le christianisme > sinon une aspiration continuelle à s'ennoblir? Et j'étais étonné quei l'essence du christianisme étant si pure, si philosophique, si inattaquable, il fût venu un temps où la philosophie a? ait osé dire : Je remplirai désormais sa place. — Eh bien! de quelle manière, superbe et dédaigneuse philosophie, pourras-tu donc remplir sa place? En enseignant le vice? — Non» certainement; en enseignant la vertu. —Eh bien ! ce sera sans doute l'amour de Dieu et des hommes ; ce sera précisément ce que le christia^^ jiisme enseigne. »

Quoique depuis plusieurs années je sentisse

parfaitement tout cela^ cependant^ à ma honte ^ j'évitais de me dire : Sois donc conséquent ! sois chrétien , ne te scandalise donc plus des abus ! ne t'occupe point à critiquer malignement quelque point difficile de la doctrine de rËglise, puisque le point le plus essentiel est celui-ci, et certes il est très-clair : aime Dieu et le prochain.

En prison ; je résolus enfin de tirer cette conclusion^ et je la tirai. J'hésitai quelques instants, pensant que> si Ton venait à savoir que j'étais plus religieux qu'auparavant, on se croirait en droit de me réputer hypocrite, et de me considérer comme une âme dégradée par le malheur.

Mais, sentant bien que je n'étais ni hypocrite, ni dégradé , je résolus de ne point me mettre en peine des reproches que je ne méritais pas, et je me décidai à être et à me confesser chrétien à Tavenir.

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