‹ Mos prisons: ou, Mèmoires de Silvio PellicoChapitre 78 sur 94 · CHAPITRE LXXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXX

Parce que je reçus clandestinement cette gazette , que le lecteur ne s'imagine pas que je reçusse fréquemment des nouvelles du monde. Non : tous les hommes qui m'entouraient étaient sans doute vertueux; mais ils étaient enchadnés par la peur. S'il y eut quelque légère infraction à la sévé-

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rite de la discipline , ce fut qoand il ne parut y avoir absolument aucune trace de danger. Il était difficile de ne pas en apercevoir quelqu'un ^ an milieu de tant de perquisitions ordinaires et ex-^ traordinaires*

Jamais je ne pus avoir la douée consolation àê recevoir des nouvelles de mes parents si éloignés de moi ^ excepté relativement à ma sanir^ eommei comme je viens de le rappcvter«

La crainte que j'éprouvais que mes parents t'eussent cessé de vivre s^augmenla au lieu de s'aflEaiblir^ par la manière dont usa le dlrecteui' de la police pour m'annoneer que toute ma famille se portait bien.

a S« M. l'empereur^ dit^^il^ m'a ordonné dé vous faire part des nouvelles satislaisanles qu'on vknf de recevoir de vos parents de Turiu* n

Je tressaillis de plaisir et de surprise i cette communication, qui ne m'avait jamais encore été faite, et je demandai quelques détails.

« Je laissai^ lui dis-je, mes parents, mes frères et mes sœurs à Turin : sont-ils tous vivants? Ah! si vous avez une lettre de leur part, je vous conjure de me la communiquer*

—Je ne puis rien vous nJonfrer; vous dev«c^ Monsieur, vous contenter de cela. C'est toujours uzfô preuve de bonté de la part de l'empereur de vou£t faire dire ces consolantes paroles* Cela n'a jamais encore été fait pour personne*

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— J'avoue que c'est une preuve de bonté de la part de Tempereur; mais vous comprenez qu'il m'est impossible de goûter quelque consolation de paroles ai vagues. Quels sont donc mes parents qui se portent si bien? N'en ai-je perdu aucun?

— Monsieur^ je suis fâché de ne pouvoir vous en dire plus long que ce qui m'a été oi'donné. »

Puis il se relira.

On avait sûrement l'intention de me soulager en me donnant ces nouvelles; je me persuadai que l'empereur avait cédé aux instances de quelqu'un do mes parents^ mais qu'il avait été défendu de me montrer aucune lettre, afin que je ne pusse savoir qui de mes parents m'avait été ravi.

Quelques mois plus tard on me fit la même' communication; aucune lettre^ aucune explication de plus.

On s'aperçut que je n'en recevais aucune consolation, que je m'affligeais encore plus, et je ne reçus dans la suite aucune nouvelle de ma famille*

Je m'imaginais que mes parents étaient morts, qu'ils avaient peut-être été suivis de mes frères et de Joséphine, mon autre sœur bien- aimée; que ma cbère M arietta s'éteindrait bientôt dans les pi* gueurs du cloître et de la pénitence , et je sentais un profond dégoût pour la vie*

Je ressentais quelquefois de violentes attaques de mes infirmités accoutumées , ou de quelques autres nouvelles^ eosame d'afù^euses coliques,

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avec tous les symptômes du choléra-morbus; alors j'espérais mourir; oui^ l'expression est exacte: f espérais^

Cepeudant^ étonnantes contradictions de Thom* me ! en jetant un coup d*œil sur mon ami languissant^ mon cœur se serrait à la pensée de le laisser seul , et je désirais de Tivre encore.

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