‹ Mos prisons: ou, Mèmoires de Silvio PellicoChapitre 77 sur 94 · CHAPITRE LXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXIX

Les eonsolations humaines nous abandonnaient les unes après les autres^ les douleurs s'accumulaient» Je me résignais à la volonté de Dieu, mais je le faisais en gémissant; et mon àme^ au lieu de se fortifier contre la douleur, semblait la sentir plus cruellement encore.

Un Jour on me fit passer clandestinement une feuille de la Gazette d'Augsbourg, dans laquelle on tenait des propos singuliers sur mon compte au sujet de l'entrée eu religion d'une de mes sœurs.

On disait : a La signera Maria-Angiolina Pellico, fille, etc., a pris aujourd'hui, etc., le voile dans le monastère de la Visitation , à Turin. C'est la sœur de l'auteur de Françoise de Rimini, Silvio Pellico y qui vient de quitter la forteresse de Spielberg^ gracié par S. M. Tempereur, trait de clé* mence très-digne d'un si magnanime souverain, et qui réjouit toute l'Italie, puisque, etc.p Puis on faisait mon éloge.

Pourquoi avait- on inventé cette fable de ma

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délivrance ? Je me perdais en vaines conjectures.

U ne me semblait pas vraisemblable que ce fût un simple divertissement de journaliste ; c'était peutêtre quelque ruse de la politique autrichienne. Qui le sait? mais les noms de Maria- Angiolina étaient précisément ceux que portait la plus jeune de mes sœurs. Ils avaient sans doute dû passer de la gazette de Turin aux autres gazettes. Cette vertueuse enfant s'était donc yraiment faite religieuse ? Ah l peut-être a-t-elle embrassé cet état parce qu'elle a perdu nos bien-aimés parents? Pauvre enfant! elle n'a pas voulu que j'eusse seul à souffrir les rigueurs d'une prison I Elle a aussi voulu se renfermer 1 Que le Seigneur lui accorde la vertu de patience et d'abnégation ! Que de fois cet ange pensera à moi dans la solitude de sa cellule ! Combien de fois elle se livrerai des actes de pure pénitence pour obtenir que son frère goûte quelque soulagement dans ses maux!

Ces pensées m'attendrissaient et me déchiraient rame. Mes infortunes n'avaient que trop contribué à abréger les jours de mon père ou de ma mère! Plus j'y pensais; plus il me semblait impossible que ma chère Marietta eût abandonné le toit paternel sans cette perte cruelle. Cette idée m'accablait comme une funeste certitude^ et je tombai dans la plus désolante affliction.

Maroncelli partageait ma désolation; quelques jours après, il composa une élégie sur la sœur

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du prisonnier. Son poème respirait la plus suave mélancolie et la plus touchante compassion. Quand il Teut terminé , il me le récita. Oh ! combien je lui fus reconnaissant de cette aimable politesse ! Parmi tant de milliers de vers que jusqu'alors on avait composés sur les religieuses, ce sont probablement les seuls qui furent faits dans une prison, pour le frère d'une religieuse^ par un compagnon d'infortune. Quelle réunion d'idées touchantes et pieuses I

Ainsi Famitié adoucissait mes douleurs. Ah !

depuis ce moment il ne se passa aucun jour sans que je portasse ma pensée vers le couvent de ces vierges angéliques; mes yeux se dirigeaient sur une d'entre elles avec une tendre compassion , et je priais le Ciel avec ardeur d'embellir sa solitude^ et de ne point faire naître dans son imagination de peintures trop horribles de ma prison.

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