‹ Mos prisons: ou, Mèmoires de Silvio PellicoChapitre 80 sur 94 · CHAPITRE LXXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXII

La prison contiguê à la nôtre, occupée précédemment par Oroboni, était habitée maintenant par don Marco Fortini et Antonio Villa. Ce dernier, autrefois robuste, un Hercule, souffrit beaucoup de la faim la première année, et quand plus tard il eut une nourriture plus abondante, il se

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trouva sans force pour la digérer. 11 languit longtemps; enfin ^ presque réduit à Textrémité^ il demanda et obtint une chambre mieux aérée.

L'atmosphère méphitique d'un tombeau étroit et humide lui était certainement très-nuisible, ainsi qu'à tous les autres; mais le remède qu'il demanda ne fut pas suffisant. Dans une chambre vaste et saine il vécut quelques mois encore : puis, après quelques vomissements de sang, il rendit le dernier soupir.

Il fut assisté par son compagnon d'infortune don Portini, et par l'abbé Paulowitch, venu promptement de Vienne à la nouvelle de son extrême maladie.

Quoique je ne fusse pas lié avec lui par des chaînes aussi étroites que celles qui m'unissaient à Oroboni , sa mort néanmoins m'afligea beaucoup. Je savais qu'il était tendrement aimé par ses parents et par son épouse. Pour lui, son sort était plus à désirer qu'à regretter ; mais pour ces infortunés!...

Il avait été mon voisin sous les Piombi; TremercUo m'avait apporté quelques-uns de ses vers, et je lui en avais envoyé des miens. Sa poésie respirait quelquefois une profonde sensibilité.

Quand il eut cessé de vivre, il me sembla que je lui étais plus affectionné que pendant qu'il respirait encore, en apprenant des gardes qu'elles soufl*rances inouïes il avait éprouvées. Le malheu-

re\u> quoique rempli des pl^is vif» santimeaU de religioo, m pouvait 3e résignar à la mort Q ^iitit au plus baut degré toute ThorFeur de ce terrible p^9sa^; il oe cessait cepeodwt de bénir la Seigneur, et 3'éQriait en yer^ant dee larmes amfares : d Je pe mu pas conformer ma yolouté à la vôtre: mou Uieu , opér^» ce prodige en mon &me ! »

D. n'avait pas le courage d'Oroboni; mm il l'imita eu protestaut qu'il pardonnait à tous ses

ennemis.

Vers la fin de cette année (c'était en 1820), sur le soir, nous entendîmes dans le corridor un bruit mal comprimé par plusieurs pert9K)nnes qui marchaient. Nos oreilles étaient devenues très* habiles h distinguer mille espèces de bruits* Une porte s'ouvre, nous reconnaissons que e'est celle de Tavocat Solera; une seconde s'ouvre encore, c'e^t celle de Fortini, Au milieu de plusieurs voix étouffées, nous remarquions celle du directeur de polijçe. Que sera-ce? uue perquisition à cette beure, et pourquoi?

On sort de nouveau dans le corridor; j'entends la voi]s: amie du vertueux Fortini : « Malheureux que je suisl excusez, mais continuez; j'ai oublié un tome de mon bréviaire. 9

Il courut rapidement chercher ce volume , puis il rejoignit le groupe, La porte de l'escalier s'ouvrit ^ et nous distinguâmes le bruit de leurs pas jusqu'à l'extrémité*

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Nous comprimes qne ces deux t)ienhélifeut ayàietit reçu leur gîâce, et, quoique flous ne pussioâs partager leur bonheur, nouis participâmes à Mr joie.

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