CHAPITRE LXXXIII
La délivrance de ces compagnons d'une triste eâptivité était «^ elle pour âotis sans conséquence? Cémmètit ont-ih pu être Ubérés , mt qui, comme nduê, avàiettt été condamnés Fun â vingt, l'autre à quiûze années? Cette grâce fie rejailHraît-éile pas sur îiôus et sur plusiieurs autreèf
n subsiste donc des prétentions beaucoup plus hostiles éontre céux qui portent encore le poids des fers? Ne serait-ce pas plutôt une intention tacite de nous gracier tous, mais à quelque distance et deux à deux? Touâ les mois? Peut-être seulement tous les deux à trois?
Nous flottâmes dans ces doutes pendant quelque temps; puis plus de trois mois s'écoulèrent sans amener aucune autre délivrance. Vers la fin de 1827, nous eûmes la pensée que le mois de décembre pourrait bien être choisi pour Tannivérsaire des grâces. Le mois dé décembre passa, et nos rêves s'évanouirent.
Nous prolongeâmes nos espérances jusqu'à Tété
de 1828 ; c'était le terme de mes sept années et demie de détention, qui équivalaient à quinte, suivant l'expression de l'empereur ^ si cependant on voulait compter depuis Fépoque de mon arrestation. Si l'on ne voulait pas comprendre le temps de mon procès (cette hypothèse était la plus vraisemblable)^ et si ma détention ne commençait qu'après la publication de la sentence, mes sept années et demie ne seraient terminées qu'en 1829.
Toutes les époques possibles passèrent, et la liberté ne vint pas. Déjà même, avant le départ de Sciera et de Fortini, mon cher Maroncelli avait eu une tumeur au genou gauche. Au commencement la douleur était supportable, et le forçait seulement à boiter. Plus tard il eut peine i traîner ses fers, et il ne pouvait que jouir rarement de la douceur de la promenade. Un matin d'automne , il voulut sortir avec moi pour respirer quelques instants en plein air. Déjà la neige blanchissait la terre ; dans un moment fatal où je ne le soutenais pas, Maroncelli trébucha et fit une chute. La percussion rendit la douleur du genou beaucoup plus vive. Nous le portâmes sur son lit; il n'était plus en état de se tenir debout.
Quand le médecin le vit, il se décida définitivement à le délivrer du poids de ses fers. La tumeur s'accrut de jour en jour, et devint énorme et trèsdouloureuse. Tel était le cruel supplice qui mar-
DE SILTIO P£UJGO. 247
tyrisait le pauvre malade^ qa*il ne pouvait goûter de repos ni dans son lit ni hors de son lit.
Lorsqu'il fallait se mouvoir, se lever ou se coucher^ je saisissais la jambe malade le plus délicatement possible^ et je la posais très - lentement dans la situation convenable. Quelquefois^ pour opérer le moindre changement de position , il se passait des quarts d'heure entiers de souffrances convulsives.
Sangsues, cautères^ pierre infernale, cata* plasmes secs et humides , tout fat tenté par le médecin. Ce fut un surcroit de mal, et rien de plus. Après l'application de la pierre infernale, il s'établït une suppuration. Cette tumeur devint bientôt une plaie. Jamais elle ne diminuait, jamais la suppuration ne calmait la douleur.
Maroncelli était mille fois plus malheureux que moi; néanmoins, oh! comme je souffrais avec lui ! Les soins d^infirmierdevenaientchersàmoncœur, parce que je les exerçais envers un ami si digne de toute mon affection. Mais le voir ainsi périr au milieu de si longs et si horribles tourments , et ne pouvoir le sauver ! Prévoir que ce mal de genou ne pouvait se guérir ! Penser que le pauvre malade comptait moins sur la guérison que sur la mort ! Être forcé d'admirer continuellement son courage et sa sérénité! Ah ! comme tout cela me déchirait le cœur !
itf âkolfii»