‹ Mos prisons: ou, Mèmoires de Silvio PellicoChapitre 94 sur 94 · CHAPITRE XCVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCVI

Vis-à-vis de Bufialora se trouve Saint-Martin. En cet endroit , le brigadier lombard parla aux carabiniers piémontais , puis me salua et repassa le pont.

« Allons à Novare, dis-je au voiturier.

— Ayez la bonté d'attendre un instant, » dit un carabinier.

Je compris que je n'étais pas encore libre, et j'en fus alQigé, dans la crainte que mon arrivée à la maison paternelle n'en éprouvât quelque retard.

Après plus d'un quart d'heure parut un monsieur qui me demanda la permission d'aller à Novare avec moi. Il avait manqué une autre occasion ; il n'y avait plus maintenant d'autre voiture que la mienne, il était très-heureux que je voulusse bien lui accorder d'en profiter, etc. etc. etc.

Ce carabinier travesti était d'humeur aimable, et me fit bonne compagnie jusqu'à Novare. Quand nous fûmes arrivés dans celte ville, feignant de conduire la voiture à une auberge , il la fit diriger vers la caserne des carabiniers : là on me dit qu'il y avait pour moi un lit dans la chambre d'un brigadier, et que je devais y attendre des ordres supérieurs.

Je pensais pouvoir partir le lendemain. Je me mis au lit, et, après avoir babillé quelques instants avec mon hôte le brigadier, je dormis d'un profond sommeil. Depuis longtemps je n'avais goûté les douceurs d'un sommeil si parfait.

Je m'éveillai le matin, je me levai promptement, et les premières heures me parurent bien longues. Je déjeunai , je causai, et je me promenai dans la

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chambre et sur la terrasse; je jetai un coup d'œil sur la bibliothèque de mou hôte ; enfin Ton m'annonça une visite.

Un ofQcier vint poliment me donner des nouvelles de mon père, et me dit qu'il y avait à Novare une lettre qui me serait bientôt remise. Je lui fus très-obligé de cette aimable politesse.

Quelques heures s'écoulèrent encore avec une excessive lenteur, et la lettre parut enfin.

Oh ! quelle joie inonda mon âme en voyant ces caractères tracés par une main amie ! Quelle joie d'apprendre que ma mère, mon excellente mère , vivait ! que mes deux frères et ma soeur ainée existaient encore! Hélas! la plus jeune, cette chère Marietta, qui s'était faite religieuse dans un couvent delà Visitation, etdont j'avais reçu clandestinement la nouvelle dans ma prison , avait cessé de vivre depuis neuf mois.

Il m'est doux de croire que je dois ma liberté à tous ceux qui m'aimèrent, qui prièrent Dieu constamment , et spécialement à une sœur qui mourut dans les sentiments de la plus vive piété! Que Dieu la récompense de toutes les angoisses qu'a soufiertes son cœur à cause de mes infortunes!

Les jours passaient, et la permission de quitter Novare n'arrivait point. Enfin, le i6 septembre, au matin, cette permission tant désirée me fut accordée, et toute surveillance des carabiniers

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