‹ Mos prisons: ou, Mèmoires de Silvio PellicoChapitre 93 sur 94 · CHAPITRE XCV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCV

Slundberger m*acconipagna jusqu'à la voiture, où je montai avec le brigadier de gendarmerie auquel j'avais été confié. 11 pleuvait, et Tair était très-froid.

a Enveloppez-vous bien dans votre manteau y me disait Stundberger; couvrez -vous mieux la tête, tâchez de ne pas arriver malade; il faut si peu de chose pour vous refroidir! Que je regrette de ne pouvoir vous offrir mes services jusqu'à Turin! »

Il me disait tout cela avec une cordialité parfaite et avec un accent plein d'émotion.

a Maintenand, Monsieur n'aura peut-être jamais un Allemand auprès de lui , ajouta-t-il; il n'entendra plus jamais parler cette langue que les Italiens trouvent si dure, et peu lui importera probablement. Au milieu des Allemands vous avez tant eu à souffrir, que vous n'aurez pas grand plaisir à penser à nous. Et cependant moi, dont vous ou-

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— Et moi pour toi, m loi lépondis-^je en lui tottchant une dernière fois la main.

Le pauvre homme se mit encore i crier : Guten morgen ! gute reise, leben Sie wohl l (Bonjour ! bon voyage ! portez-vous bien I) Ce furent les dernières paroles allemandes que j'entendis prononcer^ et et elles me parurent aussi douces et aussi harmonieuses que celles de ma propre langue.

J'aime passionnément ma patrie; mais je ne déteste aucune autre nation. La civilisation, la richesse^ la puissance, la gloire, sont diversement partagées entre les différentes nations; mais dans toutes il y a des âmes qui suivent la grande vocation de l'homme : aimer, compatir, être utile.

Le brigadier qui m'accompagnait me raconta qu'il avait été un de ceux qui arrêtèrent mon infortuné ami Gonfalonieri. Il me dit comment il avait essayé de s'enfuir, comment le coup l'avait frappé , comment il avait été arraché des bras de son épouse , comment Gonfalonieri et son épouse s'étaient attendris et avaient soutenu leur malheur avec dignité.

J'étais brûlé par la fièvre en entendant cette déplorable histoire; une main de fer semblait me serrer le cœur.

Le narrateur, brave homme du reste , causeur d'humeur confiante, ne s'apercevait pas que , bien

DE SILYIO PSLLIGO. 383

que je n'eusse rieu contre lui, cependant je ne pouvais considérer sans horreur ces mains qui s'étaient portées sur mon ami.

n déjeuna à Buffalora; j^étais en proie à trop de chagrins, je ne pus rien prendre.

Autrefois, bien des années se sont écoulées depuis, quand j'allais à la campagne à Arleno avec les fils de Porro, je venais quelquefois me promener à Bufialora le long du Tessin»

Je vis avec plaisir qu'on avait terminé le beau pont dont j'avais vu les matériaux épars sur la ligne lombarde, avec la pensée, répandue alors, que ces travaux n'iraient pas à bonne fin. Je tressaillis de traverser ce fleuve et de toucher le sol piémontais. Ah I quoique j'aime toutes les nations, Dieu sait comme j'afi'ectionne l'Italie, et, quoique je sois épris de l'Italie , Dieu sait combien m'est plus doux que tout autre nom de l'Italie celui du Piémont, le pays de mes pères !

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