‹ Mosaïque littéraireChapitre 15 sur 56 · ANVERS · texte numérisé non relu

ANVERS

J'arrivai à Anvers lorsque le siège de la citadelle était imminent. La ville avait déjà reçu de sa redoutable voisine , occupée par le général Chassé , un hostile avantgoût du tapage infernal qui devait bientôt éclater sous ses murs. Belges et Hollandais se tenaient en présence , ceux-ci debout fièrement sur leurs remparts encore jugés inexpugnables; ceux-là, inquiets dans leur cité à chaque instant menacée ; tous vigilants , sur le qui-vive , et la mèche allumée nuit et jour près du canon. Les riches avaient quitté la ville ; ce qui avait pu fuir s'était enfui ; les grandes maisons, closes du haut en bas, attestaient la désertion ; les rues paraissaient n'avoir plus de peuple; le port, ce fameux port napoléonien, était inanimé. Dans la cathédrale aux cinq nefs gothiques , au clocher aérien , le chef-d'œuvre de Rubens , la Descente de Croix , cet incomparable tableau, était blindé : il en était de même des œuvres de Vandick , de Rembrandt , et de tous les trésors de l'art flamand, mis dans le Musée à l'abri du boulet vandale.

Il était impossible de venir à Anvers dans un plus fâcheux moment. A Bruxelles le choléra! à Anvers la guerre ï c'était? avoir mal choisi son temps. Mon passeport était visé pour la Hollande. J'allai voir le consul de France, qui me signifia l'impossibilité de passer l'Escaut. Ce quo

jo voyais m'en avait déjà ôté le désir. Il fallut donc renoncer à voir Y Egypte de l'Europe , comme Diderot appelle la Hollande. Je revins à Bruxelles avec un Anglais , le seul voyageur que j'eusse trouvé à l'hôtel de Meer. Quand nous partîmes , je crois qu'il ne restait plus dans Anvers un étranger qui fût là en amateur.

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