GAND
Contraint de reconnaître que le voyage de Hollande était partie remise , je me résignai à rentrer en France , mais en prenant le plus long, c'est-à-dire en passant par Gand , Bruges et Ostende. Gand a quelque importance , mais point de monuments caractéristiques , peu de cette animation qui constitue les cités capitales. J'admirai au Musée^public , dans des cabinets d'amateurs , et particulièrement chez un bon vieillard nommé M. Van Rotterdam , d'excellentes peintures , dont l'énumération serait longue et la description insignifiante. Un catalogue ne montre rien aux yeux , et la pensée ne voit pas un tableau dans le récit qu'on lui en fait. 11 faut juger en Flandre l'école flamande , comme en Italie les écoles italiennes. La peinture dépaysée conserve assurément encore un charme infini , mais elle perd , dépourvue de son cachet local. J'en dirais presque autant de la musique.
Les Flamands, devenus Belges , ont laissé dégénérer
énormément l'art dans lequel se sont illustrés leurs pères, s'il faut les apprécier sur les échantillons de peinture moderne que j'ai trouvés dans une exposition gantaise. Il est difficile de rien voir de plus dérisoire en ce genre. La vérité, le naturel, étaient les qualités des vieux Flamands; les nouveaux , sauf exception , sont plus que naïfs. Pourquoi ces vicissitudes des arts chez la plupart des peuples gui ont été artistes? Question ardue !
Il y a pourtant encore à Gand et à Anvers des Rubens ; mais ici c'est un Rubens perruquier , là c'est un Rubens parfumeur. Ce beau nom se lit sur des boutiques ; on dit à ces braves gens-là : M. Rubens !...
Quelqu'un me dit dans une rue de Gand : a Voici la maison qu'habitait en 1814 votre roi Louis XVIII. » C'était certes un propos sérieux ; mais il y a des jours où l'on est incessamment poursuivi par des idées saugrenues. Tout ce jour-là donc, j'allai fredonnant, en dépit de moi, ce refrain ridicule que pendant les cent jours un chansonnier avait mis dans la bouche des dames de la halle:
Rendez-nous notre père De Gand.