‹ Mosaïque littéraireChapitre 37 sur 56 · LES PRÉCÉDENTS, M. RAYMOND, LOUISE · texte numérisé non relu

LES PRÉCÉDENTS, M. RAYMOND, LOUISE

M. RAYMOND

Rassure-toi , mon enfant , les Français rentrent en vainqueurs dans notre petite ville , et ce n'est pas pour s'en laisser déposséder de nouveau. Le calme va renaître ici , je l'espère. C'est en ce moment surtout, ma Louise , que je voudrais rester auprès de toi , pour t'inspirer plus

de sécurité ; il faut que je te quitte , mais je reviendrai sans doute bientôt.

LOUISE

Quoi ! mon père, vous me laissez , vous sortez de votre maison, quand au dehors régnent la confusion et le désordre ?

M. RAYMOND

Ma fille", il est des occasions où nos affections les plus chères doivent céder au devoir. Le devoir de la profession de médecin est d'être là où il y a des maux à réparer. Dernièrement, tu le sais, je portai mes secours à des blessés allemands. Aujourd'hui d'autres blessés gémissent , et ces victimes de la guerre sont nos défenseurs. Ce que j'ai fait pour des ennemis de la France , combien plus volontiers le ferai-je pour des Français !

Du glaive sanglant des combats Il est doux d'effacer la trace ; Nos guerriers bravent le trépas Dont je détourne la menace :

Quand je puis adoucir leurs maux , J'obtiens aussi ma part de gloire , Et si je sauve des héros , Je crois gagner une victoire.

MISCELLANEES. 287

ANNA

Bon docteur !

LOUISE

Je vous reconnais bien à ce langage , mon père , et je n'insiste plus.

M. RAYMOND

Les Allemands battent en retraite , et il n'y a tout au plus à craindre que quelques pillards égarés. Au reste , mon vieux Klopmann , je place ma fille et Anna sous ta garde. Je connais ton zèle , et je sais que tu retrouverais, au besoin , ton ancienne vigueur pour défendre la maison de ton maître.

KLOPMANN.

Mille bombes ! M. le docteur , je vais chercher mon fidèle fusil qui autrefois a brûlé plus d'une moustache allemande. J'ai encore là haut quelques cartouches qui dorment depuis Wagram; puisque vous me remettez en activité de service , corbleu I je me sens rajeuni.

M. RAYMOND, riant.

Ce bon Klopmann, comme il s'enflamme î Bravo, mon vieil ami ! Cependant j'espère bien que tes dispositions nurtiales seront en pure perte.

KLOPMANN.

Tenez , je voudrais qu'il vînt ici seulement une demidouzaine de maraudeurs, ne fût-ce que pour vous prouver que je ne suis pas trop engourdi par mes soixante ans.

'ANNA

Grand merci de votre souhait, M. Klopmann. M. RAYMOND , à Louise.

Adieu , ma chère fille , je pars vite , afin de revenir plus tôt.

KLOPMANN.

Fiez-vous à moi , M. le docteur ; pour la défense de mam'zelle , je vaudrais moi seul une escouade de grenadiers.

Klopmann reconduit M. Raymond jusqu'à la seconde porte du fond , il la ferme sur lui à double tour , et se retire par l'un des côtés du théâtre.

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