SCÈNE V
KLOPMANN seul.
0 mon cher fusil ! mon vieux compagnon ! tu parais encore léger à mon bras, et tu résonnes comme dans mes beaux jours. — Portez arme ! — L'arme au bras ! — Portez arme ! — Présentez arme ! — Apprêtez arme ! (se tournant vers le fond du théâtre) Qui vive?.... Patrouille.... Avancez a l'ordre — Qui vive?. . . . Bourgeois. . . . Passez au
large. Oh ! c'est que je n'ai pas oublié mon ancien métier. 11 me semble encore être en faction dans une redoute. Comme j'avais l'œil et l'oreille au guet ! pourtant,
Il faut bien que je le confesse , Plus d'une fois en garnison , Troublé par une double ivresse , J'oubliai consigne et raison Entre le vin et ma maîtresse .
Par eux , oui , j'avoiirai cela , Je me laissai parfois séduire , A temps je ne sus pas leur dire :
Qui va là ?
Halte -là !
Aujourd'hui je garde une belle ; On prétend qu'il est plus aisé De garder une citadelle :
Contre l'amour , fripon rusé , Vainement on fait sentinelle , Toujours , en dépit du holà , Dans la place il sait s'introduire , Et puis après , on a beau dire :
Qui va là ?
Halte-là ! .
Par bonheur, je n'ai rien à démêler ici avec l'amour; non, l'amour n'est pas dans ma consigne, et c'est, ma foi,
tant mieux , car je n'entends rien aux finesses d'une guerre de tactique. Avec des faces germaniques, à la bonne heure; ce serait de la franche guerre, la bayonnette en avant.... Mais j'entends du bruit.... Je no me trompe pas, quelqu'un vient de ce côté ; comment diable a-t-il pu entrer?.... Qui vive?....