‹ Mosaïque littéraireChapitre 42 sur 56 · LES PRÉCÉDENTS , LOUISE , ANNA · texte numérisé non relu

LES PRÉCÉDENTS , LOUISE , ANNA

LOUISE

Quel bruit , et que vois-je?

ROSENTHAL

Ah ! vous voyez un malheureux....

KLOPMANN , l'interrompant.

Un ennemi! •

ANNA

Un ennemi ! Fuyons, mademoiselle.

ROSENTHAL , à Louise.

Jeune et belle, vous devez être sensible; protégez-moi, j'implore votre secours.

'2(M') MISCLLLATŒKS.

Près de vous j'ose intercéder ; Vous le voyez , je suis sans aunes ; A vous seule je veux céder ; Si je me rends , c'est à vos charmes.

LOUISE

Il est désarmé , poursuivi , Pourrais-je balancer encore ?

Je ne vois plus un ennemi Dans un malheureux qui m'implore.

Hélas ! Monsieur, votre situation me touche; volontiers je vous garantirais du péril qui vous menace ; mais quel moyen?.... Vous a-l-on vu entrer ici?

ROSENTHAL

Je ne le pense pas , j'avais de l'avance sur les soldats qui me poursuivaient.

KLOPMANN.

Qu'il vous dise donc Comment il a pu pénétrer, car pour moi , je m'y perds ; ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il n'est pas entré par la porte.

ROSENTHAL

Je fuyais au hasard dans des rues détournées ; un mur peu élevé se présente; pardonnez àma témérité, j'escalade ce mur ; c'était celui de votre jardin.

KLOPMANN.

Et moi qui restais là bonnement en faction! Oh! si j'avais pu prévoir que le jardin fût le côté faible de la place!....

LOUISE

J'ignore , monsieur , s'il m'est possible de vous tirer d'embarras ; quoiqu'il en soit, Klopmann, mon ami, i! faut veiller à ce que nous ne soyons pas surpris.

KLOPMANN.

J'obéis, mam'zelle , avec subordination. (A part, en s'en allant.) Pourtant c'est vexant ; j'allais faire un prisonnier ; un officier , encore ; et me voflà obligé de faire sentinelle pour lui.

Il se place entre les deux portes du fond , et y va et vient connue un

factionnaire.

ROSENTHAL

Il est juste, avant tout, Mademoiselle, que vous sachiez à qui vous accordez une hospitalité si généreuse. Je me nomme le baron de Rosenthal; je suis capitaine dans un régiment de cavalerie bavaroise. Sitôt après le combat , où je fus désarmé et atteint d'une balle....

LOUISE, vivement.

Il est vrai, cette blessure.... Anna, cours dans l'appartement de mon père....

ROSENTHAL

Oh ! ce n'est rien ; la balle a seulement effleuré mon bras ; ce n'est absolument rien , et je suis pénétré de vos soins. Sitôt après le combat , disais-je , il ne tenait qu'à moi de suivre mon régiment dans sa retraite ; mais une raison puissante me fit rentrer en ville , malgré l'imminence du danger. Un cœur de femme appréciera ce motif : dans le trouble inséparable d'une attaque soudaine , je n'avais pu emporter un portrait et des lettres dont , pour rien au monde, je ne «voudrais me dessaisir...

ANNA , à part.

C'est donc sensible , un Allemand ?

ROSENTHAL

Je vous l'avoue , mademoiselle , j'aime dans mon pays une jeune fille , bonne comme vous , presque aussi belle peut-être.

ANNA , de même.

On est donc galant , en Allemagne ?

ROSENTIIAL.

La main d'Emma m'était promise au retour de celte campagne. Hélas! une si grande félicité me sera-t-elle ravie?

LOUISE

Àh ! si votrebonlieurnedépendaitquedemoi...(àpart.) Il m'attendrit; sa douleur sympathise avec la mienne. Sinclair ne pourrait-il se trouver dans une semblable position ! Je dois faire pour cet officier ce que je voudrais qu'on fît pour Sinclair.

ROSENTHAL

Perdre les gages de la tendresse de mon Emma , autant perdre la vie. Je brave tout , je retrouve mon cher portrait, mes précieuses lettres ; muni de ce trésor , je veux rejoindre mes camarades ; cette "recherche m'avait pris du temps ; il était trop tard. Je suis aperçu , poursuivi par des soldats français ; dans ma course rapide , le hasard me conduit vers vous, et je sollicite de vos bonlés un asile, une protection.

LOUISE

La maison de mon père fut toujours ouverte à l'infortune ; mais, monsieur, mon père est absent, ot je ne sais si

300 MrSCELLlNÉES.

les convenances me permettent.... Cependant il ne sera pas dit que vous vous serez vainement confié à moi. J'ai tort, peut-être, car enfin, vous êtes étranger, et vous combattez contre mon pays. Il n'importe ; mon cœur me.dit qu'ici de telles considérations doivent céder en présence d'un intérêt si pressant. Toutefois, quel parti prendre? Si l'on vient.... Une idée!... Attendez.... Un malade, une robe de chambre.... C'est cela, oui : Anna....

ANNA

Je vous comprends , mademoiselle, et je cours.

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