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Mosaïque

Dans Mosaïque, Mérimée, au printemps de 1833, réunit les morceaux que sa verve avait égrenés, depuis 1829, aux pages des revues littéraires : à vrai dire, à l'exception de deux, tous avaient été publiés par la Revue de Paris, et presque tous avaient paru dans un espace de deux ans, de 1829 à 1831... Morceaux disparates, d'ailleurs, au premier coup d'œil : des « romances imitées de l'illyrique », une sorte de chanson espagnole voisinent avec des nouvelles ; un « proverbe » en forme de saynète met la diversion d'un sourire au milieu du volume ; trois « lettres écrites d'Espagne » le terminent ; ces notes de voyage juxtaposent ainsi les données d'une réalité pittoresque aux inventions d'une imagination souvent âpre et farouche. Visiblement, Mérimée n'a point recherché pour son livre l'harmonie des couleurs et l'unité du ton ; c'est d'une main quelque peu indolente qu'il en assembla les morceaux ; mais en 1833, pour ce « dandy » qui passait dans la même journée d'un cabinet ministériel au café de la Rotonde, puis aux coulisses des petits théâtres, cette indolence était une coquetterie... — à moins qu'elle ne masquât la grâce d'une ironie secrète.

On s'aperçoit vite, en tout cas, que dans ce recueil aux

II INTHOnrCTION

allures nonchalantes les nouvelles occupent la place capitale, et, à leur côté, les trois lettres sur le voyatre d'Espagne ; car ces prétendues lettres sont des nouvelles encore, plus brèves, plus sobres — ou, si l'on veut, des esquisses de nouvelles. Mateo Falcone, la ]'ision de Charles XI. V Enlèvement de la Redoute, Tamango, le Vase étrusque; puis la peinture d'un combat de taureaux à Madrid, d'une exécution à Valence, le portrait de José- Maria, le fameux « brigand » d'Andalousie — voilà les pages originales et qui captivent le regard ; Mérimée y marque l'orientation définitive de son art ; il s'y empare de son avenir : à côté de ces œuvres maîtresses, romances et ballades ne figurent que comme un adieu à son passé. Dans Mosaïque, les livres qui suivront sont en germe, à commencer par Carmen et Colomba; la destinée littéraire de Mérimée se fixe et se décide.

Jusqu'au printemps de 1829, « l'auteur du Théâtre de Clara Gazul » — c'est ainsi qu'il signe tous ses livres depuis 1825 — est apparu comme l'un des plus fougueux, mais aussi l'un des plus intelligents, parmi les disciples de la jeune école romantique. Chacun de ses ouvrages a pris la valeur d'un manifeste en action ; avec une précocité remarquable, entre vingt-deux et vingt-six ans, il s'est installé dans plusieurs domaines importants, et son intervention a compté sur tous les champs de la bataille littéraire. Dans les pièces attribuées par son caprice à la comédienne espagnole, il a réclamé pour la liberté totale au théâtre et tenté d'adapter à notre scène certaines audaces de Shakespeare;, plus encore (juo les témérités de

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