INTRODUCTION III
Calderon ; par la Guzla, il a réclamé pour la fantaisie et la passion dans le lyrisme ; par la Jaquerie, pour la vérité de la couleur locale et pour l'évocation pittoresque du passé : il a combattu toujours à l'avant-garde.
Il ne fait point partie, cependant, des grands cénacles romantiques : derrière lui, ce ne sont pas les ombres de Nodier ou de Victor Hugo qui se dessinent, c'est le net profil de Stendhal. Sa liaison avec l'auteur de V Amour remonte vraisemblablement à la fin de 1821 ; tout de suite Mérimée, débutant de dix-neuf ans, subit l'influence du gros homme grognon et passionné, du Milanese, qui arrivait d'Italie avec des idées bien arrêtées sur la rénovation littéraire. Ces idées différaient étrangement de celles où la Muse française et son cénacle caressèrent bientôt leur poétique imagination. Aux « dimanches » et aux « mercredis » d'Etienne Delécluze, le critique d'art du Journal des Débats, parfois aussi chez Albert Stapfer et chez VioUet-le-Duc, Mérimée rejoignait un petit groupe d'amis que l'ardeur et l'éloquence de Stendhal captivaient.
On aperçoit autour de lui, pendant ces années décicives de formation, des hommes différents par les goûts et les ambitions, mais dont les idées, au total, s'accordent et achèvent d'orienter les siennes. Ce sont Jean- Jacques Ampère, son ami de collège, qu'un malheureux et fatal amour enchaîne à la robe blanche de M^^ Récamier ; Théodore Leclercq, auteur piquant et superficiel des Proverbes dramatiques ; Charles de Rémusat, qui va faire revivre la Saint-Barthélémy dans une « scène historique » ; Ludovic Vitet, qui prépare d'autres scènes historiques sur l'époque de la Ligue ; Charles Magnin, qui sera bientôt le critique du Globe; enfin, le naturaliste Victor