‹ Mosaïque (volume 2)Chapitre 102 sur 102 · I. I.-izarillu de Tofuies · texte numérisé non relu

I. I.-izarillu de Tofuies

Furent avec le regret de n'avoir pu réaliser leurs conceptions d'artistes, celui-ci obsédé par les moines, celui-là retenu dans les chaînes dorées d'un roi aimable.

« Velasquez fut un des meilleurs peintres de portraits qui aient existé. Personne ne l'a surpassé dans l'art de donner de l'expression et de la vie à ses modèles. Nul n'a su faire comme lui des yeux pleins d'une brillante humidité, des lèvres sous lesquelles circule un sang chaud et vermeil. On raconte, et l'anecdote n'est pas invraisemblable, que Philippe IV, apercevant dans un coin de son atelier le portrait de l'amiral Pareja, le prit pour l'original et l'apostropha fort durement, lui demandant ce qu'il faisait à Madrid, tandis qu'il devait être à bord de sa capitane. Le fameux tableau des Menina'^!, ou la théologie de la peinture, convenablement disposé, peut produire une illusion pareille. « L'art, dit « M. Stirling, s'y montre à ce point de perfection qu'il se « cache lui-même, et l'on est tenté de croire que, par quelque « procédé comme celui de Daguerre, l'artiste a fixé sur sa « toile un groupe que le hasard lui a fourni. » Aucun tableau, sans en excepter ceux de Rembrandt, n'égale celui-ci pour la science de la perspective aérienne et la distribution magique de la lumière. Il représente l'atelier de Velasquez, où la famille royale est venue le voir travailler. Il semble que l'artiste se soit proposé de rendre tous les effets de lumière qui sont du ressort de la peinture. L'infante Marguerite, enfant se sept à huit ans, d'une blancheur éblouissante, est éclairée complètement par le jour tombant d'une fenêtre ouverte latéralement. Ses filles d'honneur, son nain, sa naine, reçoivent, de différentes manières, le jour, ou direct ou réfléchi. Une duègne et un écuyer sont dans la demiteinte. La tête de Velasquez est éclairée par reflet. Au fond de l'appartement, une porte est ouverte, qui laisse voir une muraille inondée de soleil, et, sur ce fond éclatant, se détache en vigueur la figure d'un chambellan. Enfin, une glace, suspendue à une paroi, présente l'image affaiblie du roi et de la reine supposés au point de vue du spectateur. Chacun de ces effets de lumière est traité avec une perfection étonnante. Plus on regarde ce tableau et plus il semble vrai. Il

n'y a pas de noir; le fond, si vipoureiix, est transparent comme Tair. Les ombres ont cette teinte vague, indéfinissable de la nature ; elles changent toutes les heures de nuances et d'intensité. En un mot, le jaire de l'artiste ne paraît nulle part.

« 11 y a une jolie anecdote sur ce tableau, rapportée par M. Stirlinp. non sans quelque doute pourtant. On dit que Philippe IV, qui passait des heures entières tous les jours dans l'atelier de Velasquez, situé dans son palais et près de son appartement, contempla longtemps en silence la toile que le peintre venait de terminer. Tout-à-coup il lui demanda sa palette et ses pinceaux, pour donner, disait-il, une dernière touche. Le roi était un amateur distingué, et Velasquez un bon courtisan ; je crois cependant que l'artiste eut un peu peur à cette fantaisie royale. Le roi peignit fort bien, sur la poitrine du peintre, une croix de Saint-Jacques ; puis, selon l'usage, lui donna cent ans pour faire ses preuves de noblesse. On a voulu me persuader à Madrid que cette croix ctait un peu trop brillante pour sa place, et qu'elle n'était pas glacée comme le reste, preuve évidente, dit-on, qu'elle est peinte i)ar la main d'un prince.

t Commensal d'un roi, chambellan, grand-maître du palais, organisateur de toutes les fêtes, Velasquez eut une vie fort occupée entre ses tableaux ofTiciels et ses charges de ( our, qui n'étaient pas des sinécures, car il mourut des fatigues que lui causèrent les fêtes du mariage de l'infante Marie-Thérèse avec Louis XIV. Je ne sais si la nature l'avait créé pour être un grand peintre d'histoire ; la faveur de Philippe IV en fit un inimitable peintre de i)ortraits. Coloriste d'autant plus habile qu'il obtient les effets les plus puissants par les moyens les plus naturels en apparence, il a su tirer un grand parti des costumes bizarres et des modes disgracieuses qu'il fut condamné à immortaliser. Mais, en voyant cette mine ennuyée de Philippe 1\ , si souvent reproduite, les gros yeux niais des infantes, leur lèvre autrichienne, leurs paniers monstrueux, tous ces j>ersonnages si préoccupés d'étiquette, si « hauts sur frai.se », il est impos sible de ne i)as j»laindre le pauvre Pintor de Cnnuira ; on

voudrait qu'il eût vécu libre à Séville et qu'il eût choisi ses modèles parmi les robustes toréadors et les jolies majas qui dansent à l'ombre des orangers au bord du Guadalquivir.

« Murillo me paraît inférieur à Velasquez, surtout parce que, s'étant essayé dans un genre plus élevé, il n'a pu atteindre à la perfection où son lival atteignit dans un genre secondaire. « Mieux vaut être le premier dans un bourg que « le second à Rome », disait César, qui, soit dit en passant, était un amateur distingué, si l'on en croit ses biographes. Le mot est vrai, surtout en peinture. — Murillo fit lui-même son éducation d'artiste, ne vint qu'une fois à Madrid, où il reçut des conseils et des encouragements de Velasquez, et ne connut guère les maîtres étrangers que par de rares échantillons qu'il put voir dans le palais du roi. Les couvents de l'Andalousie l'adoptèrent et l'occupèrent jusqu'à sa mort. Souvent on lui commanda d'étranges sujets, mais, s'il lui fallait peindre un saint Bonaventure achevant ses ouvrages après sa mort, on ne lui défendait ni les Vierges, ni les anges, ces belles et faciles créations de son pinceau. L'extase religieuse, la douceur ineffable des anges et des madones, telles sont les expressions qu'il se plaît et qu'il excelle à reproduire. Involontairement, toutefois, je me rappelle devant ces tableaux les processions religieuses, les fonctions, comme on dit, si fréquentes et si splendides en Espagne. On y voit le géant Goliath, David, saint Jean-Baptiste, les onze mille vierges, et l'enfer et le paradis. La pompe du spectacle, l'éclat des étoffes et du clinquant vous éblouissent d'abord ; puis on reconnaît dans un petit saint Jean le gamin qui a ciré vos bottes, une des vierges est une grisette à qui l'on a donné un bouquet, Goliath est le tambour-major du régiment qu'on a vu à la parade. De même les madones et les anges de Murillo vous rappellent les figures de la rue, et l'on se sent trop sur la terre. Cependant, il est juste de dire que ce qu'il a de trivial dans ses têtes est souvent racheté par l'expression puissante qu'il leur a donnée. Sa Vierge n'est pas la reine du ciel, sans doute ; mais elle a tant de bonté, tant de compassion, tant de candeur, qu'on peut en faire au moins « la Vierge des bonnes gens ».

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t M. Stirlinp, qui raconte avec beaucoup de détail et d'une manière très attachante les vies de Velasquez et de Murillo, s'e^t un ])eu tro}) étendu, ce me semble, sur les biographies d'une multitude de maîtres du second et du troisième ordre. Zurbaran, Alonso Cano, Juan de Joanes méritent sans doute cet honneur; mais, quant à cette interminable suite de méchants barbouilleurs dont les ouvrages sont aussi i)eu connus que les noms, il était peut-être inutile de se donner tant de peine pour savoir l'année de leur naissance et celle de leur mort. Après tout, l'ouvrage de M. Stirling est un excellent guide j)our le voyageur, et qui l'emporte avec soi n'a plus besoin de cicérone. Pour ma part, j'aurais préféré que notre auteur nous fît grâce de quelques noms, et qu'il eût ajouté à ses nombreuses notices des détails techniques sur les i)rocédés des maîtres espagnols. Les procédés des coloristes peuvent s'enseigner et valent la peine qu'on les étudie. C'eût été rendre un service aux artistes que de leur faire connaître les renseignements que M. Stirling a dû recueillir à cet égard et les traditions qui se conservent dans les ataliers. Les tableaux espagnols sont remarquables par leur belle conservation, ce qui annonce l'emploi de moyens matériels excellents. Il est vrai que restaurer un tableau est un art inconnu en Es]»agne ; c'est peut-être à cette cause seulement qu'il faut attribuer la magnifique condition des Velasquez et des Murillo du musée de Madrid. Plût au ciel que cet art funeste ne fût i)as pratiqué chez nous ! On m'assure que le directeur actuel du musée a banni du Louvre les restaurateurs, et il faut le féliciter de cet acte de bon goût. Pour effrayer les malfaiteurs, on exposait autrefois à la porte des villes les têtes des grands coui)ables : M. Jeanron s'est contenté de faire placer dans le grand salon une victime ; c'est un Andréa dcl Sarto restauré. La mesure est plus douce, mais rexemj)Ie doit sufTire pour arrêter le mai.

TABLE Dr<]S GRAVURES

Titre de l'édition originale Frontispice

Litliographie de Madou 8-9

Lithographie de Madou lG-17

Coupe et plans d'un navire négrier 48-49

Le boulevard des Italiens et le Café Anglais . . . 144-145

Course de taureaux 256-257

Danse populaire à Séville 304-305

Titre de l'édition de La Haye 356-357

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