‹ Mosaïque (volume 2)Chapitre 16 sur 102 · INTRODUCTION XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIX

personne de goût. Aux scrupules qu'elle manifestait contre Mathilde de Courcy, quelque sentiment de dépit ne se mêlait-il pas en secret? L'amitié dans un cœur de femme n'est pas moins ombrageuse que l'amour. Les « potins » couraient alors par la grande ville avec autant d'impudence qu'aujourd'hui. M^^^ Duvaucel savait peutêtre que Mathilde de Courcy, comme déjà Diane de Turgis dans la Chronique, reproduisait les traits d'une belle personne à qui, depuis quelque trois ans, Mérimée avait voué un tendre attachement : dans la nouvelle comme dans le roman, il avait discrètement conté ses propres amours. — Le modèle vivant de ses deux héroïnes s'appelait M°^^ Lacoste ; née Emilie Hémard^, elle avait épousé en 1818 un ancien sous-lieutenant de cavalerie, qui, après avoir servi dans la Grande Armée peu de temps (il n'avait que vingt-cinq ans à la chute de l'Empire), s'était attaché à la fortune de Joseph Bonaparte, l'ex-roi d'Espagne. A peine mariés, M. et M°^^ Lacoste avaient accompagné leur protecteur aux États-Unis ; ils n'en revinrent qu'au mois de mai 1827. C'est probablement au cours de l'hiver suivant que Mérimée rencontra la jeune femme chez la tante de celle-ci, M^^ Davillier, où son père et lui se montraient assidus. Elle semble avoir été à la fois inquiète et tendre, tourmentée comme Diane par les scrupules d'un mysticisme ardent, enivrée comme Mathilde par les suavités de la passion : sur ses lèvres, sans doute, Mérimée recueillit le mot touchant qu'il prête à cette douce Mathilde : « Tu me rends bien heu-

1. Sur le ménage Lacoste, voir les renseignements donnés par M. Lelarge dans V Intermédiaire des chercheurs et curieux du 20 décembre 1928, et par M. Maurice Parturier dans la Revue de Paris du 1^' septembre 1932 (Précisions sur Mérimée).

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