XX INTRODUCTION
reuse, voici la première fois que je te vois pleurer, et je croyais que tu ne pleurais pas. » Est-ce par son esprit que Mérimée la conquit d'abord? Elle ne paraît pas lui avoir fait bien longue résistance. Mais le mari surprit un billet ; il provoqua Tamant avec une impertinente fatuité.
Devait-il montrer tant de jalouse humeur? N'avait-il point connu aux États-Unis la liaison de sa femme et du comte de Survilliers, c'est-à-dire de Joseph Bonaparte? Il exigea un duel rigoureux, non point à l'épée comme on l'a cru, mais au pistolet. Mérimée n'eut qu'à évoquer ses souvenirs et à les pousser au tragique pour peindre le dénouement du Va^e étrusque; comme Thémines, M. Lacoste tira le premier ; ou plutôt, au commandement, il tira seul, Mérimée, en gentilhomme, s'étant abstenu de faire feu : une lettre de son ami Victor Jacquemont éclaire cet épisode demeuré longtemps mystérieux :
« Je connais seulement pour l'avoir vue une fois dans une situation très dramatique la donna dei suoi pensieri. Ce fut quand je ne pus empêcher mon pauvre ami de recevoir trois balles dans le bras et dans l'épaule, bien qu'il fût lui-même un bon tireur et que l'opinion publique l'eût excusé s'il avait fait feu sur son adversaire et l'avait éventuellement tué raide. L'adversaire était, il est vrai, le mari ; mais un genre de mari qui, par sa conduite passée, avait certainement perdu tous droits sur sa femme. Par respect pour son titre de mari, Mérimée, qui avait un mépris complet pour l'homme, joua, avec une simplicité qui n'avait rien d'afTecté, le rôle passif de cible. Beaucoup de gens qui écrivent des choses plus morales n'aui aient pas agi de la sorte ^. »
1, lirK'ue d'hmtoire littéraire de la France, 1904. (Correspondance