LU AVERTISSEMENT
Rouchès, consen'ateur au Mu^ée du Lom>re, el à M. Maurice Parturier. M. Gabriel Rouchès a bien uoulu me fournir les notes techniques qui étaient indispensables à la pleine intelligence de la lettre sur le Musée de Madrid ; M. Maurice Parturier ni a permis d^ emprunter à sa bibliothèque trois rares documents qui ont enrichi r illustration de ce {folume; il a, en outre, relu presque toutes mes épreuves et je dois plus d'un renseignement à son érudition et à son obligeante amitié.
17 avril 1933.
En sortant de Porto-Vecchio*, et se dirigeant vers l'intérieur* de l'île, on voit le terrain s'élever assez rapidement, et, après trois heures de marche par des sentiers tortueux, obstrués par de gros quartiers de rocs, et quelquefois coupés par des ravins, on se trouve sur le bord d'un maquis très étendu; c'est la patrie des bergers corses, et de quiconque s'est brouillé avec la justice. Il faut savoir que le laboureur corse, pour s'épargner la peine de fumer son champ, met le feu à une certaine étendue de bois : tant pis si la flamme se répand plus loin que besoin n'est; arrive que pourra, on est sûr d'avoir une bonne récolte en semant sur cette terre fertilisée par les cendres des arbres qu'elle portait. Les épis enlevés, car on laisse la paille, qui donnerait de la peine à recueillir, les racines qui sont restées en terre sans se consumer poussent, au printemps suivant, des cépées très épaisses qui, en peu d'années, parviennent à une hauteur de sept ou huit pieds. C'est cette manière de taillis fourré que l'on nomme maquis. Différentes espèces d'arbres et d'arbrisseaux le composent, mêlés et confondus comme il plaît à Dieu. Ce n'est que la hache à la main que l'homme s'y ouvrirait un passage, et l'on voit des maquis si épais et si touffus que les moufÏÏons eux-mêmes"^ ne peuvent y pénétrer.
Si VOUS avez tiiô im lioinmc, allez dans \v inàquis de Porto-Vecchio. et vous y vivrez en sûreté, avec un bon fusil, de la poudre et des balles; n'oubliez pas un manteau brun garni d'un capucbon*', qui sert de couverture et de matelas. Les bergers vous vendront du lait* et du fromage, et vous n'aurez rien à craindre tle la justice ou des parents du mort, si ce n'est (juaiul il vous faudra descendre à la ville pour V renouveler vos munitions.
Mateo Falcone, quand j'étais en Corse en 18 — , avait sa maison à une demi-lieue de ce maquis. C'était un homme assez riche pour le pays; vivant noblement, c'est-à-dire sans rien faire, du produit de ses troupeaux, que des bergers, espèces de nomades, menaient paître çà et là sur les montagnes. Lorsque je le vis, deux années après l'événement que je vais raconter, il me parut âgé de cinquante ans tout au plus. Figurez-vous un homme petit mais robuste, avec des cheveux crépus, noirs comme le jais, un nez aquilin, les lèvres minces, les yeux grands et vifs, et un teint couleur de revers de botte. Son habileté au tir du fusil* passait pour extraordinaire, même dans son pays, où il y a tant de bons tireurs. Par exemple, Mateo n'aurait jamais tiré sur un moufTlon avec des chevrotines; mais à cent vingt pas, il l'abattait d'une balle dans la tète ou dans l'épaule, à son choix. La nuit, il se servait de ses armes aussi faci-