‹ Mosaïque (volume 2)Chapitre 45 sur 102 · Huppa · texte numérisé non relu

Huppa

lement que le jour, et l'on m'a cité de lui ce trait d'adresse, qui paraîtra peut-être incroyable à qui n'a pas voyagé en Corse. A quatre-vingts pas on plaçait une chandelle allumée derrière un transparent de papier, large comme une assiette. Il mettait en joue, puis on éteignait la chandelle, et, au bout d'une minute, dans l'obscurité la plus complète, il tirait et perçait le transparent trois fois sur quatre.

Avec un mérite aussi transcendant, ^lateo Falcone s'était attiré une grande réputation. On le disait aussi bon ami que dangereux ennemi : d'ailleurs serviable et faisant l'aumône, il vivait en paix avec tout le monde dans le district de Porto-Vecchio. Mais on contait de lui qu'à Corte, où il avait pris femme, il s'était débarrassé fort vigoureusement d'un rival qui passait pour aussi redoutable en guerre qu'en amour : du moins on attribuait à Mateo certain coup de fusil qui surprit ce rival comme il était à se raser devant un petit miroir pendu à sa fenêtre. L'affaire assoupie, Mateo se maria. Sa femme Giuseppa lui avait donné d'abord trois filles* (dont il enrageait), et enfin un fils, qu'il nomma Fortunato : c'était l'espoir de sa famille, l'héritier du nom. Les filles étaient bien mariées : leur père pouvait compter au besoin sur les poignards et les escopettes de ses gendres. Le fils n'avait que dix ans, mais il annonçait déjà d'heureuses dispositions.

Un certain jour d'automne, Mateo sortit de bonne heure avec sa femme, pour allervisiter un de ses trou-

6 IMIOSPEH MKRIMEE

ptMiix tlaiis im«' claiiMTc du ma(juls. Le polil Forliiiialo voulait 1 a(('(niij)ai^iuM-, mais la (dairlère était trop loiti : d ailleurs, il fallait hirii (juc (pichprun restât pour «rardrr la maison: \o pcrv refusa donc : on verra s il ii «miI pas lieu de s'en repentir.

Il (tait ahsent depuis plusieurs heures, et le petit Fortunato était traïujuillement étendu au stdeil, regardant les montaf]rncs bleues, et pensant que, le dimanche prochain, il irait dîner à la ville, chez son oncle le caporale*', (juand il fut soudainement interrompu dans ses méditations par 1 explosion d'une arme à feu. Il se leva et se tourna du côté de la plaine d'où partait ce hruit. D'autres coups de fusil succédèrent, tirés à intervalles inégaux, et toujours de plus en plus rapprochés; enfin, dans le sentier qui menait de la plaine à la maison de Mateo, parut un homme, coilîé d'un bonnet pointu* comme en portent les montagnards, barbu, couvert de haillons*, et se traînant avec peine en s'appuyant sur son fusil. Il venait de recevoir un coup de feu dans la cuisse.

Cet homme était un proscrit*, qui, étant parti de iiiiil pour aller acheter de la poudre h la ville, était tombé en route dans une embuscade de voltigeurs

1. On appelle ainsi un homme qui, par ses j»ropriélés, ses alliances ou sa clienlJ'le, exerce une infliuMice et une sorte de magist m lu re effective sur une/>*Vfa ou un canton. Les Corses se divisent, par une ancienne habitude, «-n cinq castes, savoir : les geniihhommex (dont les uns sont mas^nifiqucs, les autres signori), les caporafi, les ciloycm. 1rs pUhëiens et les rtrangers.

corses ^ Après une vigoureuse défense, il était parvenu à faire sa retraite, vivement poursuivi et tiraillant de rocher en rocher. Mais il avait peu d'avance sur les soldats, et sa blessure le mettait hors d'état de gagner le maquis avant d'être rejoint. Il s'approcha de Fortunato et lui dit :

— Tu es le fils de Mateo Falcone?

— Oui.

— Moi, je suis Gianetto Sanpierro. Je suis poursuivi par les collets jaunes^. Cache-moi, car je ne puis aller plus loin.

— Et que dira mon père, si je te cache sans sa permission ?

— Il dira que tu as bien fait.

— Qui sait?

— Cache-moi vite; ils viennent.

— Attends que mon père soit revenu.

— Que j'attende? malédiction! Ils seront ici dans cinq minutes. Allons! Cache-moi, ou je te tue.

Fortunato lui répondit avec le plus grand sangfroid :

— Ton fusil est déchargé, et il n'y a plus de cartouches dans ta giberne*.

— J'ai mon stylet.

1. C'est un corps levé depuis peu d'années par le gouvernement, et qui sert concurremment avec la gendarmerie au maintien de la police.

2. L'uniforme des voltigeurs est* un habit brun avec un collet jaune.

8 PROSPER MÉRIMiS

— Mais rolirras-lii aussi \itr (juc moi.' II fil un saut «'I so mit hors d'atteinte.

— Tu n'es pas \r liU de Matco i'alcone! Me laisseras-tu (ionr arrêter devant la maison 1

ï/enfant j)aiut touillé.

— Que me donneras-lu si je te cache.' dit-il en se rapprochant.

Le proscrit fouilla dans une poche de cuir* qui pendait à sa ceinture, et il en tiia une pièce de cinq francs, (|u il avait réservée sans doute pour acheter de la poudre. I^'oitunato sourit à la vue de la pièce d'arpfent, il s'en saisit, et dit à Gianetto :

— Ne crains rien.

Aussitôt, il fit un grand trou dans un tas de foin* placé auprès de la maison. Gianetto s'y blottit, et l'enfant le recouvrit de manière à lui laisser un peu d'air pour respirer, sans qu'il fût possible cependant de soupçonner cjue ce foin cachât un homme. II s'avisa, de plus, d'une finesse de sauvage assez ingénieuse. Il alla prendre une chatte et ses petits, et les établit sur le tas de foin, pour faire croire (ju'il n'avait pas été remué depuis peu. iMisuite, remarquant des traces de sang sur le sentier près de la maison, il les couvrit de poussière avec soin, et, cela fait, il se recoucha au soleil avec la plus grande tran- ({uillité.

Quehjues minutes après, six hommes en uniforme brun à collets jaunes, et commandés par un adjudant, étaient dfvnnt la porte de Maleo. (let adjudant était

La tentation était trop forte !

Lithographie de Madou

tirée de YAlmanach dédié aux dames belges. Bruxelles, 1830

Collection de M. Maurice Parturier

quelque peu parent de Falcone. (On sait qu'en Corse on suit les degrés de parenté beaucoup plus loin qu'ailleurs.) Il se nommait Tiodoro Gamba : c'était un homme actif, fort redouté des proscrits dont il avait déjà traqué plusieurs.

— Bonjour, petit cousin, dit-il à Fortunato en l'abordant; comme te voilà grandi! As-tu vu passer un homme tout à l'heure?

— Oh! je ne suis pas encore si grand que vous, mon cousin, répondit l'enfant d'un air niais.

— Cela viendra. Mais n'as-tu pas vu passer un homme, dis-moi?

— Si j'ai vu passer un homme?

— Oui, un homme avec un bonnet pointu de peau de chèvre, et une veste brodée de rouge et de jaune?

— Un homme avec un bonnet pointu, et une veste brodée de rouge et de jaune?

— Oui, réponds vite, et ne répète pas mes questions.

— Ce matin. Monsieur le curé est passé devant notre porte, sur son cheval Piero. Il m'a demandé comment papa se portait, et je lui ai répondu...

— Ah! petit drôle, tu fais le malin! Dis-moi vite par où est passé Gianetto, car c'est lui que nous cherchons; et, j'en suis certain, il a pris par ce sentier.

— Qui sait?

— Qui sait? C'est moi qui sais que tu l'as vu.

— Est-ce qu'on voit les passants quand on dort?

10 TROSPKH MÉHIMÉE

— Tii lie dormais pas, vain ini : 1rs ( oiips de fusil t ont réveille.

— Vous crovez donc, mou cousiu, (jur vos fusils foui laut de bruit? L'escopellc de luon père eu fait bien davantage.

— ()ueledial)le te eoufoude ! maudit iiarnementî Je suis bien sùrcjue lu as vu le Gianetto. j^eul-être même 1 as-tu caelié. Allons, camarades, entrez dans cette maison, et voyez si notre homme n'y est pas.

11 n'allait plus (jue d'une patte, et il a trop de bon sens, le coquin, pour avoir cherché à gagner le maquis en clopinant. D'ailleurs, les traces de sang s'arrêtent iei.

— Et que dira papa? demanda Foitunato en ricanant; que dira-t-il s'il sait qu'on est entré dans sa maison pendant qu'il était sorti?

— Vaurien! dit ladjudant Gamba, en le prenant par Toreille, sais-tu (ju'il ne tient qu'à moi de te faire changer de note? Peut-être (ju'en te donnant une vingtaine de coups de plat de sabre, tu parleras enfin.

Et Fortunato ricanait toujours.

— Mon père est Mateo Falconeî dit-il avec emphase.

— Sais-tu bien, petit drôle, que je puis t'emmener à (^orte ou à Bastia. Je te ferai coucher dans un cachot, sur la paille, les fers aux pieds, et je te ferai guillotiuei . si tu ne dis où est Gianetto Sanpiero.

L'enfant éclata de rire à cette ridicule menace. Il répéta :

— Mon père est Mateo Falcone!

— Adjudant, dit tout bas un des voltigeurs, ne nous brouillons pas avec Mateo.

Gamba paraissait évidemment embarrassé. Il causait à voix basse avec ses soldats qui avaient déjà visité toute la maison. Ce n'était pas une opération fort longue, car la cabane d'un Corse''^ ne consiste qu'en une seule pièce carrée. L'ameublement se compose d'une table qui sert de lit, de bancs, de colîres et d'ustensiles de chasse ou de ménage. Cependant le petit Fortunato caressait sa chatte, et semblait jouir malignement de la confusion des voltigeurs et de son cousin.

Un soldat s'approcha du tas de foin. Il vit la chatte, et donna un coup de baïonnette"^ dans le foin avec négligence, et haussant les épaules comme s'il sentait que sa précaution était ridicule. Rien ne remua; et le visage de l'enfant ne trahit pas la plus légère émotion.

L'adjudant et sa troupe se donnaient au diable; déjà ils regardaient sérieusement du côté de la plaine, comme disposés à s'en retourner par où ils étaient venus, quand leur chef, convaincu que les menaces ne produiraient aucune impression sur le fils de Falcone, voulut faire un dernier effort et tenter le pouvoir des caresses et des présents.

— Pclil cousin, dit-il. tu mr parais un «raillard bien éveillé 1 lu iras loin. Mais tu joues un vilain jeu avec moi; et, si ]«• ur ( raifruais de faire de la peine à mon cousin Mateo, le diahh' m emporte si je ne l'emmenais pas avec moi*.

— Bah !

— Mais quand mon cousin sera revenu, je lui conterai l'alTaire, et, pour ta peine d'avoir menti, il te donnera le fouet jusqu'au sang.

— Savoir?

— Tu verras... Mais, tiens... sens brave garçon, et je te donnerai (juehjue chose.

— Moi, mon cousin, je vous donnerai un avis, c'est que, si vous tardez davantage, le Gianetto sera dans le mà(juis: et alors il faudra plus d'un luron comme vous pour aller- 1 y chercher.

L'adjudant tira de sa poche une montre d'argent (jui valait bien six écus; et, remar(juant que les yeux du petit Fortunato étincelaient en la legardant, il lui dit en tenant la nionlre suspendue au bout de sa chaîne d'acier :

— Fripon! lu voudrais bien avoir une montre comme celle-là suspendue* à ton col, et tu te promènerais dans les rues de Porto-Vecchio, fier comme un paon: et les gens te demanderaient : « Quelle

heure est-il? » et tu leur- dirais : « Hetrardez à ma

montre. »

— ( hiand je serai grand, mon oncle le caporale n\r dontM'ia une montre.

MATEO FALCONE lô

— Oui, mais le fils de ton oncle en a déjà une... pas aussi belle que celle-ci, à la vérité... Cependant il est plus jeune que toi.

L'enfant soupira.

— Hé bien, la veux-tu cette nionlre, petit cousin? Fortunato, lorgnant la montre du coin de l'œil,

ressemblait à un chat à qui l'on présente un poulet tout entier. Comme il sent qu'on se moque de lui, il n'ose y porter la griffe, et de temps en temps il détourne les yeux, pour ne pas s'exposer à succomber à la tentation ; mais il se lèche les babines à tout moment, et il a l'air de dire à son maître : « Que votre plaisanterie est cruelle! »

Cependant l'adjudant Gamba semblait de bonne foi en présentant sa montre. Fortunato n'avança pas la main; mais il lui dit avec un sourire amer :

— Pourquoi vous moquez-vous de moi^?

— Par Dieu! je ne me moque pas. Dis-moi seulement où est Gianetto, et cette montre est à toi.

Fortunato laissa échapper un sourire d'incrédulité; et fixant ses yeux noirs sur ceux de l'adjudant, il s'efforçait d'y lire la foi qu'il devait avoir en ses paroles.

— Que je perde mon épaulette! s'écria l'adjudant, si je ne te donne pas la montre à cette condition! Les camarades sont témoins; et je ne puis m'en dédire.

En parlant ainsi, il approchait toujours la montre,

1, Perché me c... ?

14 l'ROSPER MÉRIMÉE

tant. quVIlr toiulialt pres(juo la joue pâle de rcnfant. Celui-ci montrait bien sur sa figure le combat que se livraient* en son Ame la convoitise elle respect dû à riiospitalité. Sa poitrine nue se soulevait avec force; et il semblait prcs ({'(MonlFer. Cependant la montre oscillait, touinail. et (jiichjucfois lui licnitait le bout du nez. Hnfin, peu à peu sa main droite s'éleva vers la montre : le bout de ses doigts la toucha; et elle pesait toute entière dans sa main sans (jue l'adjudant lâchât pourtant le bout de la chaîne... Le cadran était azuré... la boîte nouvellement fourbie... au soleil, elle paraissait toute de feu... La tentation était trop forte.

Fortunato éleva aussi sa main gauche, cl indiqua du pouce, pai-dessus son épaule, le tas de foin auquel il était adossé. L'adjudant le comprit aussitôt. 11 abandonna l'extrémité de la chaîne; Fortunato se sentit seul possesseur de la montre. Il se leva avec l'agilité d'un daim, et s'éloigna de dix pas du tas de foin, que les voltigeurs se mirent aussitôt à culbuter.

On ne tarda pas à voir le foin s'agiter ; et un homme sanglant, le poignard à la main, en sortit; mais, comme il essayait de se levei* en pieds, sa blessure refroidie ne lui permit plus de se tenir debout. Il tomba. L adjudant se jeta sur lui, cl lui arracha son stylet. .\iissitôt on l(^ garrotta forlenienl, malgré sa résistance.

Ciianetto, couché par leire, et lié comme un fagot, tourna la léte vers Fortunato, cpii s était lapproché.

MATEO FALCONE Ib

— Fils de...! lui dit-il avec plus de mépris que de colère.

L'enfant lui jeta la pièce d'argent qu'il en avait reçue, sentant qu'il avait cessé de la mériter; mais le proscrit n'eut pas l'air de faire attention à ce mouvement. Il dit avec beaucoup de sang-froid à l'adjudant :

— Mon cher Gamba, je ne puis marcher; vous allez être obligé de me porter à la ville.

— Tu courais tout à l'heure plus vite qu'un chevreuil, repartit le cruel vainqueur; mais sois tranquille : je suis si content de te tenir que je te porterais une lieue sur mon dos sans être fatigué. Au reste, mon camarade, nous allons te faire une litière avec des branches et ta capote ; et à la ferme de Crespoli*, nous trouverons des chevaux.

— Bien, dit le prisonnier; vous mettrez aussi un peu de paille sur votre litière, pour que je sois plus commodément.

Pendant que les voltigeurs s'occupaient, les uns à faire une espèce de brancard avec des branches de châtaigniers, les autres à panser la blessure de Gianetto, Mateo Falcone et sa femme parurent tout d'un coup au détour du sentier qui conduisait au maquis. La femme s'avançait courbée péniblement* sous le poids d'un énorme sac de châtaignes, tandis que son mari se prélassait, ne portant qu'un fusil à la main et un autre*^ en bandoulière; car il est indigne d'un homme de porter d'autre fardeau que ses armes.

\G rnospEH .mkiumke

A la vue des soldats, la première pensée de Mateo fut qu'ils venaient poui- l'arrêter. Mais pourquoi cette idée? Mateo avait-il donc (juehjucs démêlés avec la justice? Non. Il jouissait d une bonne réputation. C était, commeon dit, un par-ticulier bien famé* ; mais il était Corse et montagnard, et il n'y a j)(»iiit de Corse* montagnard (jui, en scrutant bien sa mémoire, n'y trouve quelque peccadille, telle que coups de fusil, coups de stylet et autres bagatelles. Mateo, plus (|u'un autre, avait la conscience nette; car depuis plus de dix ans il n avait dirigé son fusil contre un homme : mais toutefois il était prudent; et il se mit en posture de faire une belle défense, s'il en était besoin.

— Femme, dit-il à Giuseppa, mets bas ton sac, et tiens-toi prête.

Klle obéit sur-le-champ. Il lui donna le fusil qu'il avait en bandoulière, et (|ui aurait pu le gêner. Il arma celui qu'il avait à la main, et il s'avança lentement vers sa maison, longeant les arbres qui bordaient le chemin, et prêt, à la moindre démonstration hostile, à se jeter derrière le plus gros tronc, d'où il aurait pu faire feu à couvert. Sa femme marchait sur ses talons, tenant son fusil de rechange et sa giberne. L'emploi d'une bonne ménagère*, en cas de combat, est de charger les armes de son mari.

D'un autre c6té, l'adjudant était fort en peine en voyant Mateo s'avancer ainsi, à pas comptés, le fusil en avant, et le doigt sur la détente. Si par hasard.

Tes prières !

Lithographie de Madou

tirée de VAlmanach dédié aux dames belges, Bruxelles, 1830

Collection de M. Maurice Parturier

pensa-t-il, Mateo se trouvait parent de Gianetto, on s'il était son ami, et s'il voulait le défendre, les bourres de ses deux fusils arriveraient à deux d'entre nous, aussi sûr qu'une lettre à la poste, et s'il me visait, nonobstant la parenté!...

Dans cette perplexité, il prit un parti fort courageux, ce fut de s'avancer seul vers Mateo, pour lui conter l'alïaire, en l'abordant comme une vieille connaissance; mais le court intervalle qui le séparait de Mateo lui parut terriblement long.

— Holà! eh! mon vieux camarade, criait-il, comment cela va-t-il, mon brave? C'est moi, je suis Gamba, ton cousin.

Mateo, sans répondre un mot, s'était arrêté, et à mesure que l'autre parlait, il relevait doucement le canon de son fusil, de sorte qu'il était dirigé vers le ciel au moment où l'adjudant le joignit.

— Bonjour, frère ^, dit l'adjudant en lui tendant la main. Il y a bien longtemps que je ne t'ai vu.

— Bonjour, frère.

— J'étais venu pour te dire bonjour en passant, et à ma cousine Pepa. Nous avons fait une longue traite aujourd'hui; mais il ne faut pas plaindre notre fatigue, car nous avons fait une fameuse prise. Nous venons d'empoigner Gianetto Sampiero.

— Dieu soit loué! s'écria Giuseppa. Il nous a volé une chèvre laitière la semaine passée.

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