I.K COMTE
Ma feiiinio vriil diro ([u'il scfail hon ([iie toutes les personnes qui coopèrent à cette entreprise portassent un nom généri(jue. un nom collectif.
KDOl ARl).
Ahl les noms collectifs; cela me rappelle mon latin : Tnrha ruil ou runnf*.
LE COMTE DE HE» DONJON
Fort bien; et pourquoi ne nous appellerions-nous pas les vrais gentilshommes?
EDOUARD
Non , il faudrait un nom qui sonnât bien à l'oreille, comme dans les mélodrames : Les chevaliers dit Cygne... Les Francs J uges'^. Si nous nous appelions Les chevaliers de la Mort ! cela est beau et harmonieux.
LE CHEVALII n DE IHIMFÎHAY.
Pourquoi pas? Dans le fait, c'est un assez beau
nom.
LE COMTE
Oh! c'est un peu trop terrible ; j aimerais mieux...
LA COMTESSE
Prenons |»lntol un nom (pii ia|)|)rll(' le but de iK»tic conjuration : Les amis du malheur. (!c nom
VOUS plaît-il? N'est-ce pas la cause du malheur que nous défendons? Ce nom nous ralliera tous les cœurs généreux.
EDOUARD
Bonne invention! Adopté.
LE MAKQUIS DE MALESPINE.
Madame a un tact exquis.
BERTRAND
Les amis du malheur! comme cela, si on crie qui vive, et si on ne répond pas : Amis du malheur... vlan! un coup de fusil...
EDOUARD
Le compère va lestement en besogne. Vous avez fait la guerre, hein?
BERTRAND
Mais, Monsieur, pendant longtemps je n'ai pas fait d'autre métier.
LA COMTESSE
Monsieur a fait la guerre de la Vendée. 11 était major dans l'armée royale.
EDOUARD
Oui, oui, la guerre des chouans... guerre d'escarmouches... derrière des haies... des coups de fusil aux traînards... Peste ! jolie guerre! On vivait longtemps dans ce temps-là.
BERTRAND
C'est selon. 11 y en a bien des jeunes et des vieux
232 PROSF'EH MKRIMÉE
qui se porteraient peut-être bien aujourd'hui, s'ils n'élaient pas morts dans cette jolie guerre-là. Il y en a (|ui s'étonnent de voir leur blé pousser si haut dans des endroits que je connais... c'est rapport aux gens qu'on y a enterrés. Moi qui vous parle, Monsieur, j'ai vu plus d'une affaire où ceux (jui s'en liraient devaient une fière chandelle à la bonne vierge. Un jour, dans les landes du Gros-Sablon, nous étions deux cents qui eurent alîaire à environ autant de Bleus. Nous les défîmes; mais, le soir, nous n'étions que quarante-cinq à manger la soupe.
Pas mal. LalFaire a dû être disputée. Et des vaincus, combien en resta-t-il?
BERTRAND
Pas un.
EDOUARD
Pas mal, en vérité.