D alicinl c..., puis piilrcinollousp, puis sorcière
2. Mai Je joi. Ce ii'osl pas le mal cpir n-roivriil les yeux, iiiuis
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oliviers, elle fait mourir les mules, et bien d'autres méchancetés.
— Mais connaissez-vous (juelcju'un qui ait été victime de ses maléfices?
— Si j'en connais? J'ai mon cousin germain, par exemple, à qui elle a joué un maître tour.
— Racontez-moi cela, je vous prie.
— Mon cousin n'aime pas trop qu'on raconte cette histoire. Mais il est à Cadix maintenant, et j'espère qu'il ne lui en arriverait pas malheur si je vous disais...
J'apaisai les scrupules de Vicente en lui faisant présent d'un cigare. Il trouva l'argument irrésistible et commença de la sorte :
— Vous saurez, monsieur, que mon cousin se nomme Henriquez, et qu'il est natif du Grao de Valence, marin et pêcheur de son état, honnête homme et père de famille, vieux chrétien comme toute sa race ; et je puis me vanter de l'être, tout pauvre que je suis, quand il y a tant de gens plus riches que moi qui sentent le marrane^. Mon cousin donc était pêcheur dans un petit hameau auprès de Peniscola, parce que, quoique né au Grao, il avait sa famille à Peniscola. Il était né dans la barque de son père; ainsi, étant né sur mer, il ne faut pas s'étonner qu'il fût bon marin. Il avait été aux Indes, en Portugal, partout enfin.
que font les yeux; c'est la fascination du mauvais œil. On attache souvent au poignet des enfants, dans le royaume de Valence, un petit bracelet d'écarlate pour les préserver du mauvais œil.
Quand il n'était pas embarque sur un gros vaisseau, il avait sa barque à lui et allait pêcher. A son retour, il attachait sa barque avec une amarre bien solide à un gros pieu, puis il allait se coucher tran(|uille. Voilà qu'un matin, partant pour la pêche, il va pour tléfaire le nœud de l'amarre: (jiic voit-ll?... Au lieu clii iuL'ud (ju'il avait fait, no'ud tel qu'en pourrait faire un l)c)n matelot, il voit un nœud comme une vieille femme en ferait un pour attacher sa bourrique.
« — Les petits polissons se seront amusés dans ma barque hier soir, pensa-t-il ; si je les attrape, je les étrillerai d'importance.
« Il s'embarque, pêche et revient. II attache son bateau, et, par précaution cette fois, il fait un double nœud. Bon! Le lendemain, le nœud défait. Mon cousin enrageait, mais devine qui a fait le coup?... Pourtant, il prend une corde neuve, et, sans se découra<rer, il amarre encore solidement son bateau! Bah ! le lendemain, plus de corde neuve, et, en place, un mauvais morceau de ficelle, débris d'un cable tout pourri. De plus, sa voile était déchirée, preuve qu'on l'avait déployée pendant la nuit. Mon cousin se dit : « Ce ne sont pas des polissons ([ui vont la nuit dans mon bateau ; ils n'oseraient pasdéployer la voile de pein de chavirer. Sûrement, c'est un voleur. » Que fait-il .' il s'en va le soir se cacher dans sa barque, il 86 couche dans l'endroit où il serrait son pain et son riz quand il s'embarcjuait pour plusieurs jours. 11 jette sur lui, pour mieux se cacher, une mauvaise
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mante, et le voilà tranquille. A minuit, remarquez bien l'heure, tout à coup il entend des voix comme si beaucoup de personnes s'en venaient courant au bord de la mer. Il lève un peu le bout du nez et voit... non pas des voleurs, Jésus! mais une douzaine de vieilles femmes pieds nus et les cheveux au vent... Mon cousin est un homme résolu, et il avait un bon couteau bien affilé dans sa ceinture pour s'en servir contre les voleurs; mais, quand il vit que c'était à des sorcières qu'il allait avoir affaire, son courage l'abandonna; il mit la mante sur sa tête et se recommanda à Notre-Dame de Peniscola, pour qu'elle empêchât ces vilaines femmes de le voir.
(( 11 était donc tout ramassé, tout pelotonné dans son coin, et fort en peine de sa personne. Voilà les sorcières qui détachent la corde, larguent la voile et se lancent en mer. Si la barque eût été un cheval, on aurait bien pu dire qu'elle prenait le mors aux dents. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'elle semblait voler sur la mer. Elle allait, elle allait avec tant de vitesse, que le sifflement de l'eau fendait les oreilles, et que le goudron s'en fondait M Et il n'y a pas là de quoi s'étonner, car les sorcières ont du vent quand elles en veulent, puisque c'est le diable qui le souffle. Cependant, mon cousin les entendait causer, rire, se
1. Je n'osai interrompre mon guide pour avoir l'explication de ce phénomène. Serait-ce que la vitesse du mouvement produisait assez de chaleur pour fondre le goudron? On voit que mon ami Vicente, qui n'avait jamais été marin, n'employait pas fort habilement la couleur locale.
Iréniousser, se vaiitor de tout \r mal (ju'elles avaient fait. Il V en avait (jiielques-unes (pi'il connaissait, d'antres (]ni apparemnicnl venaient de loin et (|n'il n'avait jamais vues. I.a Ferrer, cette vieille sorcière chez «jui vous vous êtes arrêté si longtemps, tenait le gouvernail. Kntin, au bout d'un certain temps, on s'arrête, on touche la terre, les sorcières sautent hors de la barque et l'attachent au rivage à une grosse pierre. Quand mon cousin Hcnriquez n'entendit plus leurs voix, il se hasarda à sortir de son trou. La nuit n'était pas très claire, mais il vit pourtant fort bien , à un jet de pierre du rivage, de grands roseaux que le vent agitait, et, plus loin un grand feu. Soyez sûr que c*était là que se tenait le sabbat, llenriquez eut le courage de sauter à terre et de couper ([uclques-uns de ces roseaux, puis il se remit dans sa cache avec les roseaux (ju'il avait pris, et attendit tranquillement le retour des sorcières. Au bout d'une heure, plus ou moins, elles reviennent, se rembar(juent, tournent le bateau, et voguent aussi vile cjue la première fois. — « Du train dont nous allons, se disait mon cousin, nous sereins bientôt à Peniscola. » — Tout allait bien lorsque Iniii (Tini coup l'une de ces femmes se mit à dire : « Mes sœurs, voilà trois heures (jui sonnent. » Elle n'ciil pas plus tût dit cela, (pr<'lles s'envolent toutes et disparaissent. Pensez (juc c'est juscju'à cette heure-là seulement rju'elles oui le pouvoir de courir le pays, [.a barque n'allait plus, et mou cousin fut oblig»'* dr ramer. I)n'ii sail combien i\r Icmps il fut
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en mer avant de pouvoir rentrer à Peniscola. Plus de deux jours. Il arriva épuisé. Dès qu'il eut marifré un morceau de pain et bu un verre d'cau-de-vie, il alla chez l'apothicaire de Peniscola, qui est un homme bien savant et qui connaît tous les simples. II lui montre les roseaux ([u'il avait apportés. « — D'où cela vient-il? qu'il demande à l'apothicaire. — D'Amérique, répond l'apothicaire. 11 n'en pousse de pareils qu'en Amérique, et vous auriez beau en semer la graine ici, elle ne produirait rien. » Mon cousin, sans dire un mot de plus à l'apothicaire, s'en va droit chez la Ferrer : « Paca, dit-il en entrant, tu es une sorcière. » L'autre de se récrier, et de dire : « Jésus, Jésus! » — (( La preuve que tu es sorcière, c'est que tu vas en Amérique et que tu en reviens en une nuit. J'y suis allé avec toi, telle nuit, et en voici la preuve. Tiens, voici des roseaux que j'ai cueillis là-bas. »
Vicente, qui m'avait conté tout ce qui précède d'une voix émue et avec beaucoup de chaleur, étendit alors la main vers moi, accompagnant son récit d'une pantomime convenable, et me présenta une poignée d'herbe qu'il venait d'arracher. Je ne pus m'empêcher de faire un mouvement, croyant voir les roseaux d'Amérique.
Vicente reprit :
« La sorcière dit : « Ne faites pas de bruit : voici un sac de riz, emportez-le et laissez-moi tranquille. » Henriquez dit : « Non, je ne te laisse pas tranquille.
328 l'HOSPEU MÉIUMÉE
que tu ne me donnes un sort pour avoir à volonté un vont comme celui qui nous a menés en Américjuc. » « Alors, la sorcière lui a donné un parchemin dans une calehasse, (ju'il porte toujours sur lui cpiand il est en mer; mais, à sa place, il y a longtemps que j'aurais jeté au feu parchemin et tout ; ou hien je l'aurais donné à un prêtre, car (jui traite avec le diahle est toujours mauvais marchand. »
Je remerciai Vicente de son histoire, et j'ajoutai, pour le payer de même monnaie, que, dans mon pays, les sorcières se passaient de bateaux, et que leur moyen de transport le plus ordinaire était un balai, sur lequel ces dames se mettaient à califourchon.
— V^»tre seigneurie sait bien que cela est impossible, répondit froidement Vicente.
Je fus stupéfait de son incrédulité. (]'élait me manquer, à moi qui n'avais pas élevé le moindre doute sur la vérité de l'histoire des roseaux. Je lui exprimai toute mon indignation, et je lui dis d'un ton sévère qu'il ne se mêlât pas de parler des choses qu'il ne pouvait ccnnprendre, ajoutant que, si nous étions on France, je lui trouverais autant de témoins du fait qu'il pourrait en désirer.
— Si voire seigneurie l'a vu, alors cela est vrai, répondit Vicente: mais, si elle ne l'a pas vu, je dirai toujours (ju'il est impossible que des sorcières montent à califourchon siii un balai; car il est impossible (juc dans un balai il n'y ait pas (juelques brins qui se croisent: et abnsvoilà une croix faite*;
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et alors comment voulez-vous que des sorcières puissent s'en servir?
L'argument était sans réplique. Je me tirai d'affaire en disant qu'il y avait balais et balais. Qu'une sorcière montât sur un balai de bouleau, c'est ce qu'il était impossible d'accorder; mais sur un balai de nrenêt dont les brins sont droits et raides, sur un balai de crin, rien de plus facile. Tout le monde comprend sans peine qu'on peut aller au bout du monde sur un tel manche à balai.
— J'ai toujours entendu dire, monsieur, dit Vicente, qu'il y a beaucoup de sorciers et de sorcières dans votre pays.
— Cela tient, mon ami, à ce que nous n'avons pas d'inquisition^ chez nous.
— Alors, votre seigneurie aura sans doute vu de ces gens qui vendent des sorts pour toutes sortes de choses. J'en ai vu les effets, moi qui vous parle.
— Faites, lui dis-je, comme si je ne connaissais pas ces histoires-là ; je vous dirai ensuite si elles sont vraies.
— Eh bien! monsieur, on m'a dit qu'il y a, dans votre pays, des gens qui vendent des sorts aux gens qui en achètent. Moyennant un bon sac de piécettes, ils vous vendent un morceau de roseau avec un nœud d'un côté et un bon bouchon de l'autre. Dans ce roseau, il y a des petites bêtes {animalitos) au moyen desquelles on obtient tout ce qu'on demande. Mais vous savez mieux que moi comment on les nourrit...
330 PROSPEH MtniMLE
De chair dcnfaiit non baptise, monsieur : et, quand il ne peut pas s'en procurer, le maître du roseau est obligé de se couper un morceau de chair à lui-même... (Les cheveux de \ icente se dressaient sur sa tête.) Il faut lui donner à manger une fois toutes les vinirtquatre heures, numsieur.
— Avcz-vous vu un de ces roseaux en question?
— Non, monsieur, pour ne point mentir; mais j'ai beaucoup connu un certain Romero; j'ai bu cent fois avec lui (lorsque je ne le connaissais pas pour ce qu'il était, comme je le connais à présent). Ce Komero était zajxaP de son métier. Il fit une maladie à la suite de laquelle il perdit son wenty de sorte qu'il ne pouvait plus courir. On lui disait d'aller en pèlerinage, pour obtenir sa guérison, mais lui disait : « Pendant que je serai en pèlerinage, qui est-ce qui gagnera de l'argent pour faire de la soupe à mes enfants? » Si bien que, ne sachant où donner de la tète, il se faulila parmi des sorciers et autre semblable canaille, qui lui vendirent un de ces morceaux de roseaux dont j'ai parlé à votre seigneurie. Monsieur, depuis ce temps-là, Romcro aurait attrapé un lièvre à la course. Il n'y avait pas un zagal qui pût lui être
comparé. Vous savez quel métier c'est, et combien il
1. Le zo^a/ est une espèce de postillon ji piod. Il lionl par la bride les «leux mules de devant d'un attelage, et les dirige en courant lorsqu'elles sont lancées au galop. S'il s'arn^te, la voilure lui passe sur le corps. Dans les nouvelles diligences, on appelle improprement zagal un homme qtii attache le sabot, aide à charger la voiture, etc. C'est le cad des voitures anglaises.
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est dangereux et fatigant. Aujourd'hui il court devant les mules sans perdre une bouffée de son cigare. Il courrait de Valence à Murcie sans s'arrêter, tout d'une traite. Mais il n'y a (ju'à le voir pour juger ce que cela lui conte. Les os lui percent la peau, et si ses yeux se creusent toujours comme ils font, bientôt il verra derrière la tête. Ces bêtes-là le mangent.
« Il y a de ces sorts qui sont bons à autre chose qu'à courir,... des sorts qui vous garantissent du plomb et de l'acier, qui vous rendent dur^ comme l'on dit. Napoléon en avait un, c'est ce qui a fait qu'on n'a pu le tuer en Espagne; mais il y avait pourtant un moyen bien facile...
— C'était de faire fondre une balle d'argent, interrompis-je, me rappelant la balle dont un brave whig perça l'omoplate de Claverhouse*.
— Une balle d'argent pourrait être bonne, reprit Vicente, si elle était fondue avec une pièce de monnaie sur laquelle il y aurait la croix, comme sur une vieille piécette; mais ce qui vaut encore mieux, c'est de prendre tout bonnement un cierge qui ait été sur l'autel pendant qu'on dit la messe. Vous faites fondre cette cire bénite dans un moule à balles, et soyez certain qu'il n'y a ni sort, ni diablerie, ni cuirasse qui puisse garantir un sorcier contre une telle balle. Juan Coll, qui a fait tant de bruit dans le temps aux environs de Tortose*, a été tué par une balle de cire que lui tira un brave miquelet, et, quand il fut mort et que le miquelet le fouilla, on lui trouva la poitrine
332 PUOSFtll MtHIMÉE
loute couverte de fitriires cl de inaKjiies faites avec de la poudre à canon, des parchemins pendus au cou, et je ne sais combien d'autres brimborions. José Maria, (jui fail tant parler de lui maintenant en Andalousie, a un charme contre les balles; mais gare à lui si on hii lâche des balles de cire! Vous savez comme il maltraite les prêtres et les moines qui tombent entre ses mains : c'est qu'il sait qu'un prêtre doit bénir la cire qui le tuera. »
Vicente en eut dit bien davantage si dans ce moment le château de Murviedro, (jue nous aperçûmes au tournant de la route, n'eut donné un autre tour à notre conversation.