SCENE VIL
Les pri'ckdi XTS ; FRANÇOIS, LE BARON DE MACHI- COULIS, LE CHEVALIER DE THIMBRAY.
FRANÇOIS, annonçant.
M. le baron de Mâchicoulis, le chevalier de Thiml>ray.
(Il sort.)
LE BAHON DE MACHICOl LIS.
Belle dame, voici deux fidèles chevaliers qui viennent jurer à vos pieds... (Apercevant Edouard, bas.) Un militaire ! quel est ce jeune homme ?
LA COMTESSE
Baron de Mâchicoulis, je suis enchantée de vous voir en si bonnes dispositions. — Bonjour, chevalier; comment se porte madame de Thimbray? — Messieurs, je vous présente mon cousin le marquis Edouard de Nangis, qui est des nôtres. Vous trouverez en lui tout le courage de ses aïeux, ainsi que leur attachement à leurs rois légitimes. — Edouard, le baron de Mâchicoulis, le chevalier de Thimbray.
EDOUARD, à part.
Quelles figures à mettre sous verre !
LE BARON DE MACHICOULIS
J'aurais reconnu monsieur pour un Nangis rien qu'à sa grande ressemblance avec feu M. le marquis
de Nangis son père, que j'ai fort connu de son vivant. Nous avons servi ensemble autrefois, monsieur.
EDOUARD
Ah ! monsieur a servi ?. . . (Bas. à la comtesse.) A quoi ?
LE BARON DE MACHICOULIS
Nous nous sommes trouvés ensemble au siège de Gibraltar. Il y faisait un peu chaud, sur ma foi.
Je le crois bien. . . en Espagne et dans l'Andalousie.
LE BARON DE M.\CHICOULIS, bas, au COmtC.
Ce jeune liommc est-il sûr .' Ses manières sentent un peu le régiment.
LE COMTE
Ma femme dit qu'elle répond de lui.
EDOUARD, bas, à la comtesse.
Cousine, si je lui coupais sa queue pour vous faire un cordon de sonnette ?
LA COMTESSE, bas.
Edouard, vous me mettez au supplice.
LE CHEVALIER DE THIMBRAY, regardant à sa montre. Ces messieurs sont en retard, si je vais bien.
LE COMTE
Fierdonjon me disait hier encore qu'il serait le premier arrivé.
LES MKCONTENTS. 173
LE BARON DE MACHICOULIS, à Étlouard.
Monsieur le marquis...
ÉDOLARD.
Je m'appelle monsieur de Nangis, ou le lieutenant jNangis, comme vous voudrez. Ne me donnez pas du marquisat, s'il vous plait.
Mon cousin est si modeste!... (Bas.) Il a certaines idées.
LE BARON DE MACHICOULIS
Monsieur de Nangis, donc, vous arrivez de l'armée probablement ?
EDOUARD
Aujourd'hui même.
LE BARON DE MACHICOULIS
D'Allemagne ?
EDOUARD
D'Allemagne.
LE BARON DE MACHICOULIS
Vous avez probablement vu l'affaire de Wagram ?
EDOUARD
Un peu.
LA COMTESSE
Son cheval a été tué sous lui, et il a été blessé lui-même. Pauvre garçon ! Que cette guerre est affreuse !
174 MOSAl\)rK,
LE HARON DE MACHICOLLIS. ,
Je m'étonne que le prince Charles se soit laissé battre. C'est pourtant le premier tacticien de l'Europe. Pour la straté<;ie, n'est-ce pas, on s'accorde toujours à donner la palme au feld-maréchal Kalkreuth?
KDOI AllI).
Je n'ai jamais entendu parler de cet olibrius-là.
LE BARON DE MACHICOULIS
Et... monsieur, oserai-je vous demander dans quel état vous avez laissé l'armée ! On dit (ju'il y règne un grand mécontentement.
KDOIARD.
Oui, le soldat est mécontent du pain de munition et des haricots ; il aimerait mieux du pain blanc et du poulet...
LE BARON DE MACHICOULIS
On m'a dit que les officiers de l'armée...
Tenez, monsieur, j'étais malade... blessé... j'ai passé trois mois à l'hôpital avant de venir ici. Je n'ai rien vu, je ne sais rien. (Bas, à la comtesse.) Délivrez-moi de ce questionneur enragé, ou je vais lui faire quelque avanie.
LES MECONTENTS