Mosaïques romaines des musées de Lyon
La belle collection de mosaïques romaines que possèdent les musées de Lyon, commencée sous François Artaud, le véritable initiateur de la transformation du Palais Saint-Pierre en Palais des Arts, s'est accrue au temps de ses successeurs Comarmond et Martin-Daussigny, et encore dans les dernières années. Non seulement donc la série des notices d'' Artaud est aujourd'hui incomplète, mais même celle de Comarmond. Il s'agissait d'abord de les compléter. Il s'agissait aussi et surtout de compléter chacune de leurs notices et de les corriger, en tenant compte, pour l'historique, des documents que le parti-pris de l'un et la paresse de l'autre ont négligés, pour la description, du progrès des connaissances archéologiques.
Toutes les pièces qui composent notre collection ne sont pas d'origine lyonnaise ; plusieurs, la moitié presque, furent découvertes à Vienne ou dans le faubourg antique de Vienne, à Sainte-Colombe et Saint- Romain-en-Gal. Quelques morceaux sont de provenance inconnue ou incertaine.
Outre les mosaïques lyonnaises recueillies et conservées dans nos musées, il existe ou il existait dans le sous-sol de Lyon un nombre considérable de pavements romains qui ont été détruits ou laissés en place, un nombre beaucoup plus
considérable qu'on ne le croirait d'après la liste fournie par /'Inventaire des mosaïques de la Gaule, f espère pouvoir publier bientôt Vensemble des renseignements que je me suis procurés sur ces monuments perdus ou abandonnés, mes Recherches sur les mosaïques romaines de Lyon.
LA MOSAÏQUE MACORS
(Jeux du Cirque'
Bibliographie. — Archives municipales de Lyon, série R^, Musées (acquisitions, recherches archéologiques, travaux, collections) = Arch. mun., R2 a. — Ibid., série M^ Palais des Arts (architecture, restauration et travaux divers) = Arch. mun., M^ a. — Ibid., même série, Palais des Arts (architecture, secours contre l'incendie. École des Beaux- Arts, Musées, collection Bernard) = Arch. mun., M ^ b. — Ibid., même série. Palais des Arts (architecture, expositions et réunions, toiture, continuation du Palais sur la rue de l'Hôtel-de- Ville) = Arch. mun., M^ c. — Ibid., même série. Palais des Arts (correspondance) = Arch. mun., M^ e. — F. Artaud, Histoire abrégée de la peinture en mosaïque, suivie de la description des mosaïques du Midi de la France, in-4, et Mosaïques
de Lyon et des départemens méridionaux de la France (album), in-folio, Lyon, 1835 = Artaud, 1835. — Idem, Description de la mosaïque de M. Macors, in-8, 1806 = Artaud, 1806, in-8. — Idem, Description d'u?îe mosaïque représentant des jeux du cirque, in-folio, Lyon, 1806 = Artaud, 1806, in-fol. — B. Vermorel, Historique et statistique des voies publiques comprises dans les quartiers de Bellecour, Ainay, Perrache et presqu'île Perrache, 2 vol. gr. in-8 (manuscrit déposé aux archives municipales de Lyon) = Vermorel, Historique. — Idem, plusieurs volumes de notes manuscrites, aux mêmes archives = Vermorel, Notes. — CoMARMOND, Description des antiquités et objets d'art contenus dafis les salles du Palais des Arts de la ville de Lyon, in-4, Lyon, 1855- 1857 = CoMARMOND, Description... — Le surplus de la bibUographie sera donné dans les notes.
I. Il y a un siècle, Lyon ne dépassait point, au midi, entre Rhône et Saône, la ligne des vieux remparts d'Ainay. Encore les espaces non bâtis, des remparts à Bellecour, étaient-ils nombreux et vastes. Parmi ceux que les constructions neuves entamaient déjà, se trouvait le clos Macors. Vers 1821, Fortis ï écrit que, si l'on pénètre dans la ville par la rue de Puzy — portion médiane de l'actuelle rue Auguste-Comte — , on aperçoit à l'entrée deux pavillons, dont «l'un était celui d'une habitation agréable, appelée pendant plusieurs années jardin des Mosaïques «, parce que le propriétaire y avait découvert, en 1806 et 1809, quelques-uns de ces pavements, vestiges du passé romain, entr'autres la mosaïque des Jeux du cirque et celle de Méléagre. Il ajoute : <( Le jardin a été détruit et l'on y a élevé des maisons ». Quelles étaient l'origine et l'étendue de ce domaine ?
Lorsque les Jésuites furent expulsés du royaume, en 1762, ils possédaient à Lyon, dans le quartier d'Ainay, une grande propriété, le noviciat de Saint- Joseph et ses dépendances, bâtiments et jardins, laquelle, avec
I. Voyage pittoresque et historique à Lyon, 1, 182 1, p. 130 et suiv.
l'établissement des Chevaliers de l'Arc en main, ou maison de la Flèche, qui la confinait au sud, avait pour limites au nord la rue Sainte-Hélène, au couchant la rue d'Auvergne, au midi les remparts de la ville — plus tard rue Laurencin, maintenant rue des Remparts-d'Ainay — , au levant un mur de clôture correspondant à l'actuelle rue de la Charité ou plus exactement à la face postérieure de ses maisons occidentales. Les biens des Jésuites furent d'abord mis sous séquestre, puis vendus en 1775 à la Compagnie Pierre Rogé. Les créanciers de celle-ci, par suite de la transaction du 23 vendémiaire an XI (15 octobre 1802) avec M. de Laurencin, représentant la Compagnie Perrache, les revendirent en neuf lots, en y comprenant la maison de la Flèche ^ et réserve étant faite du terrain nécessaire à l'ouverture ou au prolongement de certaines rues. Le 16 brumaire an XII (8 novembre 1803), Paul Macors, pharmacien, acquit les quatre lots II, III, V et VI, c'est-à-dire tout le terrain compris entre les bâtiments des Jésuites au nord, la rue d'Auvergne au couchant, les remparts au midi, au levant la rue Neuve- Saint- Joseph, ou rue de Puzy, ouverte dès 1803. Mais, le jour de l'adjudication, il « élut en amis » pour les lots II et III Cohert ou Couhert et pour le lot V Boirié 2. Donc, à vrai dire, il ne possédait que le lot VI, l'espace entre la rue de Puzy, les remparts et le tracé idéal des deux rues projetées, au nord la rue Rogé — maintenant portion orientale de la rue Jarente — , au couchant la rue de la Direction, plus tard partie de la rue Bourbon et maintenant de la rue Victor-Hugo.
Néanmoins nous verrons bientôt qu'il agissait en propriétaire dans le lot III, et que les contemporains regardaient ce lot comme lui appartenant, puisqu'ils désignaient sous les noms de clos Macors et jardin des Mosaïques tout l'espace entre la rue de Puzy, les remparts, la rue d'Auvergne et la rue projetée Rogé ou mieux la lisière nord de celle-ci, Macors jouissant précairement du terrain réservé pour la rue Rogé, de même qu'il jouissait de la
1. Voir le plan, fig. i. L'original de ce plan est aux arcli. mun., série O', rues, acquisitions ; dossier de la rue Bourbon, liasse Dépierre.
2. Arch. mun., série dossier et liasse cités : 9 avril 1812, cahier des charges rédigé par Desgranges aîné...; 18 décembre 181 8, mémoire pour les s's Dépierre ; 1824 (?)» analyse des pièces fournies par les s''^ Dépierre. — Vermorel, Historique, p. 433 et suiv., 468 et suiv. ; Notes, 5, p. 994 et suiv. — L'assertion de Comarmond, Description..., p. 686, est totalement fausse : « Ce jardin dépendait du clos du couvent Saint-Michel, avant 1793/ époque où il fut vendu comme propriété nationale •>.
rue future Bourbon ^ C'est ce qui explique l'assertion de Cochard, en 18172^ que la rue des Mosaïques — ainsi nomme-t-il la rue Rogé 3 — « vient d'être percée à travers le jardin de M. Macors ». S'il fallait en croire Artaud, ce jardin aurait été beaucoup plus grand et aurait compris pour le moins l'ensemble des quatre lots ; car il situe 4 « dans le jardin de M. Macors » la mosaïque Vial qui se trouvait, nous le verrons, sur le lot II, au nord de la rue Rogé, et affirme 5 que sa planche XVII, où figurent des mosaïques placées à l'est de la rue de Puzy et à l'ouest de la rue d'Auvergne, <■< offre le plan des mosaïques que l'on voyait près d'Ainay, sous le règne de Napoléon, dans le clos de M. Macors, appelé jardin des Mosaïques ». En ce qui concerne la mosaïque Vial, Cochard le contredit formellement, puisqu'il la situe , ^en 18 10, « dans le jardin attenant à celui de M. Macors » et 7, en 181 7, dans « le jardin Vial ». D'autre part. Dépierre, acquéreur du seul lot VI après le décès de Macors, exagérait en sens inverse, quand il s'intitulait « propriétaire du jardin dit des Mosaïques » s.
2. C'est sur le lot VI que la mosaïque des Jeux du cirque fut remise au jour, « le 18 février 1806, par des ouvriers qui faisaient un réservoir ; elle était à un mètre (3 pieds) de profondeur, sous un lit de terre végétale, sans indices de ruines. Nous avons remarqué qu'elle avait été recouverte, avec intention de la conserver. On a trouvé à sa surface une légère couche de gravier rougeâtre, provenant d'un ciment décomposé, et, par dessus, un
1. Voir le plan du lot VI, fig. 2. L'original de ce pian est aux Archives municipales (série et liasse citées).
2. Description historique de Lyon, p. 46. C'est sans doute aussi pour cela que (Petites Affiches de Lyon, 7 mars 1810, p. 7), « les jardiniers du jardin des Mosaïques », offrant de recevoir et soigner tous arbustes en pots et en caisses, indiquent l'entrée de la rue d'Auvergne, '< vis-à-vis la rue Jarente >, dont la rue Rogé sera l'exact prolongement.
3. « On ne saurait donner un nom plus convenable à la rue qui vient d'être percée... ». Il y insiste dans le Guide du voyageur et de l'amateur à Lyon, 1826, p. 549 : « Rue des Mosaïques... conserve le souvenir de la découverte faite dans ce local... de la mosaïque des jeux du cirque... et de celle représentant Atalante et Méléagre... '.