‹ Mosaïques romaines des musées de LyonChapitre 101 sur 136 · Arch. mun., R*b · texte numérisé non relu

Arch. mun., R*b

2. Le 8 juillet, le président du conseil d'administration des Musées écrivait au maire que, dans sa séance du 5, le conseil avait été saisi d'un rapport du conservateur des Antiques signalant l'urgence de replacer la grande mosaïque de Vienne « autrefois à l'extrémité de la galerie du musée de peinture », qui s'effritait chaque jour davantage. Le conservateur proposait de l'installer dans la première salle de la galerie Chenavard, à la place de la mosaïque Michoud qui serait transférée dans la quatrième. Le devis approximatif était de 7.000 francs pour l'ensemble de ces opérations. Consulté par le maire, l'architecte Hirsch répondait le 23 juillet que la salle indiquée était suffisamment large, mais longue seulement de 15 mètres, qu'il serait donc peut-être bon de raccourcir la mosaïque d'une rangée transversale en éliminant « trois des panneaux les moins précieux, soit comme composition, soit comme conservation ». Sa longueur étant ainsi réduite de 10 m. 60 à 9 m. 40 — mesures approximatives — elle serait « plus en harmonie avec les dimensions de la salle » et la réduction « permettrait de réserver tout autour un passage pour la circulation du pubHc )>. Sur le premier devis de Claudius Mora (19 octobre 1887) Hirsch a corrigé au crayon 10 m. 50 en 9 m. 40, et sur le second (27 octobre) il a inscrit cette note : « Ce devis est fait pour la mosaïque à 24 y> — lisons 27 — « motifs ; il est probable qu'elle sera réparée seulement à 21 >' — lisons 24. Ainsi fut-il fait. Dans son rapport au maire, pour justifier cette nouvelle mutilation, l'architecte allègue subsidiairement que plusieurs panneaux sont en mauvais état. Mais l'excuse ne vaut rien : j'ai retrouvé les trois panneaux supprimés lors de la seconde repose ; ils sont aujourd'hui encore en très bon état. Cette fois l'exiguité relative de l'emplacement fut donc seule cause de tout le dommage. Jugée d'abord trop large et plus tard trop longue, la victime' subit, en définitive, l'épreuve d'un lit de Procuste à deux dimensions.

Le crédit de 7.000 francs fut voté par le conseil municipal le 20 septembre. Après avoir présenté les deux devis légèrement différents que je viens de mentionner, Claudius Mora et son fils firent le 8 novembre une soumission de 4.500 francs pour l'ensemble des opérations concernant les deux mosaïques, « les Joies de Bacchus » et « le Faune ». En proposant au maire de l'accepter, le 10 novembre, l'architecte remarquait que la somme de 4.500 francs représentait seulement les travaux de ces spécialistes et que

le surplus du crédit, soit 2.500 francs, serait applicable aux raccords des parquets et autres travaux à exécuter par les entrepreneurs ordinaires de l'entretien du palais. Toutes formalités accomplies, le maire prie l'architecte, le 19 décembre, de faire passer le plus tôt possible à l'exécution, et celui-ci note au crayon sur la pièce : « M. Mora a commencé le travail des mosaïques sur place le 13 février 1888 » ^ La deuxième restitution ne différait de la première que par la suppression de trois panneaux, nous le savons ; mais nous ignorons si les trois panneaux supprimés constituaient la plus haute rangée transversale ou s'ils furent pris ça et là. Pour résoudre ce petit problème, il n'y a rien à tirer du passage où l'architecte suggère qu'on pourrait supprimer « trois des panneaux les moins précieux, soit comme composition soit comme conservation )>. Les trois panneaux alors éliminés et retrouvés récemment dans les dépôts sont, je l'ai déjà dit, en très bon état ; ils n'offrent ni plus ni moins d'intérêt que plusieurs autres qui furent maintenus. De toute façon, il fallait éUminer deux panneaux à motif circulaire et un panneau à motif quadrangulaire ; car, vu la règle de l'alternance, certainement la plus haute rangée transversale était ainsi constituée. La mosaïque actuelle mesure 9 m. 56 par 4 m. 25.

3. On a déjà vu que certains éléments exclus de la première ou de la seconde restitution existent encore ; mais il convient de compléter et de préciser ici les indications données incidemment plus haut. Le seuil, d'abord, s'étale en bonne lumière dans le vestibule de la galerie des Antiques, au-dessous de la Table Claudienne, tel, à fort peu de chose près que le représente la lithographie, si ce n'est qu'on a cru devoir prolonger sur ses deux petits côtés le rang de peltes qui le soulignait. Il fait partie de la décoration composite qu'en 1868 Martin-Daussigny imagina pour les parois de ce vestibule. Quatre caissons de notre pavement, moins bien placés et moins faciles à reconnaître, y figurent aussi depuis la même époque, en totalité ou partiellement ; ils forment la frise de la paroi où s'ouvre la porte d'entrée. Trois autres caissons, ceux qui furent éliminés lors de la deuxième repose et que j'ai retrouvés dans les dépôts, les viendront-ils rejoindre quelque jour? Les deux caissons à décor circulaire pourraient

1. Le dossier de la seconde repose existe en double, arch. man., M'd — M'e.

être posés à mi-hauteur de part et d'autre de l'entrée, le caisson à décor quadrangulaire posé de même en face de la Table Claudienne ; si bien que, dans ce vestibule, serait enfin rassemblé tout ce qui reste de la mosaïque primitive en dehors de la reconstitution actuelle, hormis cependant des fragments de cinq caissons que l'on discerne, non sans quelque peine, dans le pêle-mêle de débris dont Martin-Daussigny fit, en 1877, revêtir le soubassement du couloir qui sépare l'ancien réfectoire des autres salles de la sculpture, hormis aussi un fragment retrouvé par moi dans les dépôts, qui complète, ou peu s'en faut, l'un de ces derniers caissons. Toutes déductions faites, le total des panneaux entièrement disparus depuis 1841 s'élève donc seulement à huit.

Le schéma ci-après (fig. 16) fait voir le rapport de l'original et de la reconstitution actuelle, en même temps qu'il indique quelles parties n'ont pas été comprises dans celle-ci et ce que chacune d'elles est devenue. Les compartiments de la mosaïque primitive y sont numérotés de gauche à droite et de haut en bas, en chiffres arabes ; les chiffres romains désignent les places, numérotées selon le même ordre, que les panneaux conservés occupent dans la mosaïque actuelle. Les panneaux perdus sont marqués d'une croix, accompagnée de la date 1841 pour celui qui manquait lors de la découverte. La lettre A marque les éléments utilisés pour la décoration du vestibule des Antiques ; la lettre D les trois panneaux supprimés lors de la seconde repose et retrouvés intacts aux dépôts ; la lettre S les caissons dont les débris ornent le soubassement du rez-de-chaussée ; enfin les lettres DS celui que j'ai en partie reconnu sur ce soubassement, en partie retrouvé aux dépôts.

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