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sur la même ligne, ne font qu'un groupe ; ceux d'en haut sont nettement séparés ; un cavalier garnit le vide qui les sépare, en bas un autre cavalier l'intervalle assez long entre les deux chars groupés et le quatrième ; les deux piétons de la piste, Vagitator et le sparsor, se correspondent en diagonale. Les quatre factions sont représentées de part et d'autre de la spina, mais dans un ordre différent : en bas, de gauche à droite, nous voyons la verte, la rouge, la blanche, la bleue ; en haut, de droite à gauche, la rouge, la bleue. Il est probable que la verte venait ensuite, puis la blanche ; car, avec l'ordre relatif inverse, les deux auriges verts se seraient fait pendant, et les deux auriges blancs auraient eu la même place, la troisième, dans les deux séries, ce qui n'est point le cas pour les bleus et les rouges. Dans la plupart des monuments qui montrent les deux côtés de la spina, la course est divisée, comme ici, en deux parties égales, équilibre un peu factice, mais recommandé par une raison de convenance artistique ^ .
5. Après avoir décrit la mosaïque selon la planche d'Artaud, jetons un coup d'oeil sur la mosaïque restaurée 2. Voici quelles sont les parties complétées ou refaites. Pour ce qui est de Voppidum, Belloni a refait le juge de gauche en suivant le contour visible ; il a complété les tentures et le devant de la loge, le personnage qui masque le bas du pilier droit de la porte, mais sans lui mettre aux mains aucun objet, la porte elle-même par la réfection du pilier gauche, mais sans y adosser, comme Artaud le suggérait, un personnage analogue à celui du pilier droit. Sur le parallélipipède gauche de la spina, il a complété la rangée des boules ovales et leurs supports ; il a presque totalement refait Vereptor ovorum dont la planche d'Artaud lui présentait déjà une image retouchée ; sur le parallélipipède droit, il a complété la charpente des dauphins et celle des œufs, il a supposé un second ereptor ovorum et il l'a fait de toutes pièces ; pour les deux parallélipipèdes, il a complété les margelles et l'eau des vasques ; dans l'intervalle des deux il a
I. Pourtant le relief de Foligno nous présente une course de huit chars composée d'une autre manière : sept chars d'un côté, en bas, un seul en haut, distribution qui donne un tableau moins régulier, mais sans contredit plus naturel et plus vivant. Si, malgré cette inégale distribution, l'espace au-dessus de la spina ne paraît pas vide, c'est d'abord qu'il fuit à l'arrière plan et ensuite que, le cirque étant vu de biais, la masse importante de V oppidum garnit l'angle supérieur gauche du tableau, celui où manquent les chars. ' 2. Voir fig. 4 (hors texte), d'après une photographie toute récente. Les conditions du local où se trouve la mosaïque n'ont pas permis d'obtenir les bords extrêmes des deux petits côtés.
complété les deux personnages debout et aux mains de l'un il a mis une couronne, à bon droit sans doute, la couronne étant, concurremment avec la palme, le prix honorifique du vainqueur. Dans la région inférieure de l'arène, il a complété le cavalier, auquel il a donné, mais en bleu, le costume de l'autre, complété son cheval et le char du quatrième quadrige ; il a refait presque totalement, suivant l'exemple d'Artaud, le cocher de ce quadrige. Dans la région supérieure, il a complété le septième et le huitième quadriges, attribuant fort raisonnablement le septième à la faction verte, le huitième à la blanche. Enfin, il a comblé les lacunes du champ noir de la spina et réparé deux fissures de l'encadrement, l'une qui prolongeait l'étroite lacune de la porte et de la loge ; l'autre, dans le grand côté du haut, un peu en arrière du sparsor. Notre énumération ne représente, bien entendu, qu'un minimum. Nous avons déjà remarqué qu'entre 1806, date de la planche d'Artaud, qui est notre seul terme de comparaison, et 18 18, époque où Belloni enleva la mosaïque, elle avait subi certainement un surcroît considérable de dommage. Pour le surplus de restauration correspondant à ce surcroît que nous ne pouvons préciser, Belloni s'est conformé à la planche d'Artaud, nous l'avons déjà constaté. C'est justice de dire qu'il a rempli sa tâche avec autant de discrétion que d'habileté, qu'il n'a pas amoindri sensiblement la valeur documentaire de notre mosaïque.
I. Martin-Daussigny regardait la mosaïque de Lyon comme le seul monument qui retraçât les jeux du cirque et en donnât l'explication vraie ^ Il commettait une double erreur grossière : cette mosaïque ne suffit pas, hélas! à donner l'explication vraie des jeux du cirque ou, pour mieux dire, des courses de chars, dans tous leurs détails ; elle n'est pas, et tant s'en faut, le seul monument qui les retrace. Ces monuments sont très nombreux et très variés, fresques, mosaïques, reliefs, monnaies et contorniates, pierres gravées 2. Artaud, qui le savait, s'est exprimé avec beaucoup plus de mesure
1. Selon un procès-verbal de la Commission des Musées, séance du 12 juin 1869 (Archives de la Conservation).
2. On en trouvera l'énumération dans les ouvrages cités plus haut, spécialement dans les articles de Hùbner et de Zangemeister.
que Martin-Daussigny : « La mosaïque nouvellement découverte à Lyon... donne l'idée des jeux du cirque, qui ne nous étaient pas entièrement connus ». Elle nous en donne,, il est vrai, une idée ; mais, aujourd'hui encore, ils ne sont pas entièrement connus, malgré bien des découvertes et des études ultérieures. De Caumont va trop loin, quand il affirme qu'elle « jette un grand jour sur les Jeux du cirque ». Elle a, certes, son originalité, dont je me suis appliqué à dégager les traits au cours de la description ; mais ils sont tels qu'on n'en saurait déduire avec certitude aucun renseignement nouveau d'une portée générale. La plupart des singularités qui distinguent notre cirque des cirques par ailleurs connus, je veux dire la matière et la forme de V oppidum, le nombre des carceres, la manœuvre des barrières et des œufs, la décoration si simple et même si pauvre de la spina, la double rangée de dauphins et de boules, ne doivent pas être tenus pour des fantaisies de l'artiste ; elles furent des cas réels, mais aussi des cas exceptionnels. Où existèrent-elles ? A Lyon ? Vraisemblablement. Ailleurs, dans d'autres cirques provinciaux ? C'est possible. La double ligne blanche de l'arène, que l'artiste n'a pas non plus inventée, à coup sûr, n'existe point toujours et partout, nous le savons. Et que signifie-t-elle au juste ; que signifie la double rangée de dauphins et d'œufs ? Problèmes nouveaux que pose la mosaïque de Lyon. Qui sont ces cavaliers galopant avec les quadriges? Problème ancien que la mosaïque de Lyon ne résout point. Parce qu'elle est très agréable à voir, pardonnons-lui de n'être pas aussi instructive à consulter que nous le voudrions, et gardons-nous surtout d'y trouver ce qu'elle ne contient pas. Les juges et presque tous les comparses sont vêtus de bleu ; Artaud en conclut sans hésitation que « cette couleur était celle de l'uniforme national des Gaules », et de Caumont adopte sa conclusion. N'est-il pas plus sage de croire que, pour le choix des couleurs, l'artiste a suivi seulement son goût, hormis les morceaux dont la couleur lui était imposée, comme la tunique des auriges? Voilà sans doute pourquoi la tunique du sparsor est verte, celle de Vagitator à pied mi-partie.
2. On ne s'attend pas à lire ici une description, même sommaire, de tous les monuments qui peuvent être comparés avec notre mosaïque. Je ne m'occuperai que des autres mosaïques représentant les jeux du cirque ou.
pour mieux dire, une course de chars dans un cirque. Je négligerai donc celles où sont figurés quelque personnage isolé ou quelque épisode d'une course, par exemple la mosaïque de Sainte-Colombe ^ qui est ornée à ses quatre angles d'un quadrige. Comme tableau d'ensemble répondant à ma définition, Artaud ne connaissait et ne pouvait connaître que la mosaïque d'Italica, découverte aux environs de Séville, vers la fin du xviii^ siècle, très gravement détériorée à l'époque de l'exhumation et détruite depuis. Par bonheur, Alexandre de Laborde en avait fait l'objet d'une belle monographie illustrée 2. Le tableau central, entouré d'une vaste et riche bordure dont la surface était de beaucoup supérieure à la sienne, reproduisait le plan exact du cirque romain, moins les gradins des spectateurs. Il se terminait donc, à une extrémité, par un demi-cercle, à l'autre par la ligne concave de V oppidum. Cet oppidum^ la partie la mieux conservée du tableau, était un édifice en pierre, comprenant onze carceres, six à gauche de l'entrée, cinq à droite. Au dessus de l'entrée, le président siégeait seul dans sa loge, la main droite levée à hauteur de la tête. L'unique vestige de la spina était le sommet d'une colonne surmontée d'un génie tenant une couronne et un rameau. Dans l'arène il ne restait aucun quadrige intact ; on y voyait en bas, de gauche à droite, deux cavaliers à casaques vertes, l'un galopant, l'autre — desulîor ou voltigeur — renversé sous deux chevaux ; puis les débris d'un quadrige mis en pièces ; en haut, de droite à gauche, un sparsor vêtu d'une longue souquenille à larges manches, portant un vase de ses deux bras tendus ; un cocher blessé, un vert, soutenu par deux hommes à tunique rouge ; un homme à tunique verte conduisant en main un cheval ; un char retourné, avec un seul cheval attelé au timon en l'air ; un autre piéton vêtu
1. Georges Lafaye, Inventaire, n" 217 (^sans nul doute n" 232) ; Héron de Villefosse, dans Bulletin archéologique du Comité, 1894, p. 224 et pi. XIV (reproduite dans l'album de l'Inventaire) . — Je néglige aussi la mosaïque de Sans, près Sennecey-le-Grand (Saône-et-Loire), dont le tableau central représente quatre chars se poursuivant dans un lieu désigné comme un cirque simplement par une borne ; voir Héron de Villefosse, dans Comptes rendus de l'Acad. desinscr., 1898, p. 16 ; Adrien Blanchet, Inventaire, n^ 785. - J'ai à peine le droit de négliger un petit tableau de celle de Horkstow-Hall (Grande-Bertagne ) ; voir Gauckler, art. I' Musivum , dans Dict. des antiq. ,çr. et rom., p. 2.1 10, fig. 5.247. Il n'y manque que Voppidum. Autour de la spina, simple mur terminé par de doubles bornes, courent en bas trois biges ; en haut l'on voit, de droite à gauche, deux cavaliers et un quatrième bige. L'un des cavaliers, ayant mis pied à terre, se porte au secours du cocher de ce bige, victime d'un accident.
2. Description d'un pavé en mosaïque découvert dans l'ancienne ville d'Italica (Descripcion d'un pavimento de mosayca descubierto en las ruinas d'Italica), Paris, Didot, 1803.
comme le sparsor et qui tendait vers la droite un morceau d'étoffe. Cette mosaïque, telle quelle, donnait mieux que la nôtre l'idée d'un cirque, moins la spina ; mais elle ne donnait pas l'idée de l'ensemble d'une course dans le cirque.
En 1860, on découvrit, à Barcelone, et l'on y conserve depuis après réparation, une mosaïque ^ de sujet analogue, représentant, non pas toute une arène de cirque, mais une moitié longitudinale de l'arène avec la spina au dessus. L'oppidum, qui était figuré à gauche, comme dans celles de Lyon et d'Italica, manque entièrement. La spina est du type normal, maçonnerie pleine avec une décoration très riche, très singulière d'ailleurs par certains de ses détails que je ne saurais mentionner ici. Elle ne ressemble presque en rien à la spina de Lyon. Cependant l'on y voit un obélisque ; sur le toit plat, où l'on accède par une échelle, d'une édicule de la moitié droite, reposent sept boules ; sur une architrave de la moitié gauche, portée par deux colonnes, trois dauphins vomissent de l'eau. Les bornes sont séparées de la spina ; celle de droite, très ornée, est seule intacte. Dans l'arène, quatre quadriges. Le premier à gauche, mutilé à l'arrière, est renversé ; il appartenait à la faction bleue. Le deuxième, le blanc, mutilé à l'avant, court en bon ordre et le cocher regarde vers le concurrent malheureux ; du troisième, le rouge, l'aurige fait effort pour retenir les chevaux, tandis que celui du quatrième, le vert, lève le bras pour fouetter les siens. L'attelage du troisième et sans doute aussi celui du deuxième étaient conformes à la règle : les deux chevaux du milieu jugales, les deux extrêmes funales ; celui des deux autres chars ne se distingue pas. Des noms de cochers et de chevaux sont inscrits dans le champ. A la tête des chevaux du quatrième char, gesticule un sparsor vert muni d'une amphore. Plus loin, presque au delà de la borne, un autre piéton, en tunique longue, abaisse de la main gauche une banderolle blanche, rouge et bleue, et fait flotter, de la droite, une banderole verte, la couleur du quadrige qui tient, à notre connaissance, la tête de la course. On remarquera que le quadrige renversé occupe dans la série la même place que sur notre pavement. Pour le surplus, cette moitié d'arène ne rappelle guère la moitié correspondante de la nôtre que par le nombre des concurrents.