‹ Mosaïques romaines des musées de LyonChapitre 34 sur 136 · in-fol., p. g ; 1835, p. 51 et suiv · texte numérisé non relu

in-fol., p. g ; 1835, p. 51 et suiv

n'offre que quatre livrées, et l'on sait que cet empereur en fit ajouter deux aux précédentes, la pourpre et la dorée ». Il n'était pas besoin de démontrer que la mosaïque n'est pas antérieure à Auguste : avant Auguste, et même sans nul doute sous son règne, l'actuel quartier d'Ainay ne comptait que des constructions trop simples et trop pauvres pour avoir de tels pavements, les canabae, huttes ou baraques, dont le nom lui resta, même après qu'il se fut couvert de riches habitations. Mais Artaud, nous venons de le voir, y situait le temple d'Auguste et ses dépendances, c'est-à-dire de beaux édifices qui existaient déjà au début de notre ère. Quant à la raison que l'innovation de Domitien lui fournit d'affirmer que la mosaïque n'est pas postérieure à cet empereur, elle est de valeur nulle. Les deux nouvelles factions, la piirpurata et Vaureay n'eurent qu'une existence éphémère ; Domitien une fois mort, «il n'en est plus question. Nous avons, par contre, une raison excellente de croire que notre mosaïque ne remonte pas à l'époque augustéenne, ce qui veut dire au premier siècle de l'ère chrétienne : la nature du tableau central et ses dimensions relativement à celles de la bordure ^ Au premier siècle, les tableaux sont des pièces de rapport, des embîemaîa, établis sur dalles de marbre ou de brique, en très petites pierres, très variées de forme (opus vermiculatum), puis encastrés dans un pavement décoratif fait de cubes plus gros (opus tessellatum), ce pavement couvrant une surface beaucoup plus vaste que celle de Vemhlema ou des emblemata qu'il contient. Au début de l'époque antoninienne, le vermiculatum et le tessellatum se mélangent, le tableau n'est plus une pièce de rapport, il s'agrandit aux dépens du décor ornemental qui l'encadre et il le réduit à une simple bordure. Tels sont bien les caractères de notre mosaïque. Elle fut composée, selon toute vraisemblance, dans la première moitié du second siècle. Plus tard, et surtout à partir des Sévères, c'est de nouveau le décor ornemental qui s'agrandit aux dépens du tableau, qu'il rétrécit, qu'il pénètre même et morcelle. La suite de ces études nous fera connaître plusieurs spécimens remarquables de cette espèce. Sous les premiers Antonins, la virtuosité des mosaïstes romains est très grande ; elle dépasse parfois celle des maîtres de

I. Voir Gauckler, article " Musivum •, dans le Dict. des ant. gr. et rom., p. 2.096 et suiv. — L'encadrement de noire tableau était un peu plus large à l'origine qu'aujourd'hui, puisqu'à l'extérieur il y avait, d'après e témoignage d'Artaud, ■ une grecque ou méandre ».

l'époque précédente. Notre mosaïque des jeux du cirque, par la finesse du travail, se révèle tout à fait digne de l'âge que nous lui assignons ^ Hûbner ^ prétend qu'elle n'est certainement pas antérieure au troisième siècle, à cause du style, de l'exécution grossière. Mais le contexte de son jugement prouve qu'il n'a vu ni l'original ni même la planche d'Artaud.

La destruction de l'édifice qui abritait la mosaïque serait imputable, d'après Artaud 3, soit à l'incendie qui ravagea la ville sous Néron, soit « aux malheurs qu'elle éprouva sous Sévère ». Nous mettons l'incendie hors de cause, puisque nous le croyons antérieur à la confection du pavement, et nous le mettrions hors de cause même sans cette raison chronologique : il ravagea la ville proprement dite, Lugudunum, la colline de Fourvière4; mais traversa-t-il la Saône, atteignit-il le quartier des Canabae ? C'est bien improbable. Contre la seconde hypothèse d'Artaud, je ne vois aucun argument péremptoire. Mais que l'abri de la mosaïque se soit écroulé au temps de Septime Sévère ou seulement plus tard, il était dupe d'une illusion quand il croyait que « des barbares ou des ignorants » s'acharnèrent à la dégrader parmi les ruines pour satisfaire leur cupidité. « Ce qui nous a confirmé dans cette idée, c'est que tous les vêtements formés avec des pierres précieuses ont été enlevés, tandis que le reste est intact » 5. La phrase est équivoque. Artaud n'a sans doute pas voulu dire que tous les vêtements avaient été enlevés, ce qui le mettrait en contradiction avec sa planche et nous obligerait à tenir son témoignage ou celle-ci pour outrageusement infidèle ; il n'a pas voulu opposer les vêtements au reste. Il a voulu opposer au reste une partie des vêtements formée, selon lui, de pierres précieuses, et dire que toute cette partie avait été enlevée ; assertion, d'ailleurs, émise à la légère et qu'un simple coup d'oeil jeté sur la planche réduit à néant. Par exemple,

1. Artaud, 1835, ?• 55 ' « Pour ce qui est du mérite de l'exécution, M. Belloni prétend qu'elle est semblable à celle des Centaures du Vatican ».

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