‹ Mosaïques romaines des musées de LyonChapitre 40 sur 136 · Pass. cités · texte numérisé non relu

Pass. cités

acheter par la ville ». Le traité S signé le 6 décembre 1 8 19 et approuvé par le préfet le 13 janvier 1820, confirme le prix de vente indiqué par Artaud, 3.000 francs, prévoit que l'enlèvement aura lieu dans les six mois et nous apprend que le propriétaire était alors Million André, marchand chapeHer, rue Sirène, i, à Lyon ~. Le succès tout récent des opérations concernant la mosaïque des Jeux du cirque n'avait pas seulement fait naître chez Artaud une passion durable, une prédilection peut-être excessive, pour ce genre de monuments antiques ; il lui avait donné en cette matière une grande autorité, et il avait impressionné de la façon la plus favorable l'opinion lyonnaise 3. Aussi, tandis que l'administration préfectorale avait dû imposer l'achat de la première mosaïque au conseil municipal de 18 13, celui de 1820, dans sa séance du 4 janvier, émit d'emblée le vœu qu'une somme de 10.000 francs, laquelle d'ailleurs, nous le verrons bientôt, se trouva fort insuffisante, fût affectée à l'acquisition, à l'enlèvement, à la restauration et à la repose de la mosaïque du Gourguillon. Bien entendu, la préfecture seconda de son mieux ce bon vouloir. Le préfet était alors le comte de Lezay- Marnesia, « adorateur des beaux-arts », au témoignage d'Artaud, et qui ne cessait « d'enrichir leur temple » 4.

L'enlèvement se fit cette fois dans le délai prévu, ou peu s'en faut 5, grâce à l'expérience acquise. Le dossier des archives contient un état estimatif, dressé par la mairie, des plaques de marbre nécessaires à l'ablation (27 avril 1820) ; une soumission sur laquelle Bernard et Jamey sont déclarés adjudicataires de cette fourniture au prix de 1.365 francs 63, au lieu de 1.500, prix prévu (18 mai); un mémoire des journées des mêmes pour le déplacement et le transport, soit 1708 francs (22 août) ; deux comptes sans date de l'entrepreneur Janicot pour l'enlèvement, 2038 fr. 69 et 227 fr. 13.

1. Arch. mun., R-a. Toutes les pièces d'archives citées plus bas sont de la même série, sauf avis contraire.

2. Ce nouveau propriétaire apparaît pour la première fois dans le recensement annuel de 1811 (Arch. mun., F'). Il avait acheté de la veuve Vert qui figure aux recensements de 1810, 1809, 1808. Ici la série de ces documents s'interrompt.

3. Artaud, ihid. : « On fut d'autant plus encouragé à cet achat que M. Belloni venait de déplacer et de réparer d'une façon merveilleuse la mosaïque des jeux du cirque %

4. Artaud, note manuscrite de 1821, déjà citée à propos de la mosaïque Macors.

5. Dans son inventaire de 1833, p. 32, Artaud dit faussement : « Déplacée en 1822 ». C'est " replacée » qu'il aurait dû dire. La même erreur est déjà dans Cochard, le Guide du Voyageur et de l'amateur à Lyon, 1826, p. 119.

Mais Comarmond se trompe, et se trompe doublement, lorsqu'il affirme ^ que cette mosaïque fut « restaurée par des marbriers lyonnais, sous l'inspection de M. Belloni, qui avait restauré les deux premières ». D'abord, elle fut restaurée à Paris par Belloni, la notice d'Artaud pouvait le lui apprendre 2 ; puis, Belloni avait jusque-là restauré pour le musée de Lyon une seule mosaïque, celle des Jeux du cirque ; car la seconde qui entra au palais Saint-Pierre, achetée après celle du Gourguillon, mais reposée avant, fut, nous le verrons, restaurée par les marbriers lyonnais, non « sous l'inspection )), mais selon les procédés et les leçons de Belloni. C'était la mosaïque Michoud, de Sainte-Colombe, qui ressemble à la mosaïque Cassaire par le sujet du tableau central. D'où la méprise de Comarmond.

Au début d'août 1820, Belloni informe le maire qu'il se charge « de prendre soin de la restauration ». Mais, avant de fixer un prix, il voudrait examiner si l'opération de l'enlèvement, à laquelle il n'a point présidé cette fois, a été faite avec toute la précision nécessaire. Il connaît la mosaïque, non seulement par la gravure d'Artaud 3, mais aussi par l'original, et il se souvient que la conservation de celui-ci est beaucoup moins bonne que ne le laisserait croire celle-là. Nous reviendrons plus loin sur ce passage très intéressant de sa lettre. Le 10 août, Artaud avise le maire que la mosaïque est toute prête à être « encaissée » en vue de son expédition à Paris. Bernard et Jamey présentent le 4 septembre une facture de 85 francs, réduite par l'architecte Flacheron à 79 fr. 05, pour la mise en caisses. Le transport à Paris de ces 24 caisses, par Dupré et Lambert, coûte 492 fr. 99. Belloni, ayant pu examiner la mosaïque, s'engage à la restaurer dans ses ateliers et à venir présider au placement pour 5.000 francs, frais de voyage et de séjour compris. Le baron Rambaud signe le traité à Lyon le 24 janvier 1821, Belloni à Paris le i^r février 4. Plusieurs mois se passent. Enfin, le 15 novembre, Belloni annonce au maire que la mosaïque, restaurée en 58 morceaux et emballée dans 27 caisses, a été chargée sur la voiture qui doit la

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