Description,.., p. 688 et suiv
Silvain ; ce serait peut-être un bacchant quelconque. Pourquoi tient-il une palme ? Comment son bras, étendu au-dessus du satyre vers le « personnage de gauche », pourrait-il faire le geste d'indiquer à l'Amour et à ce satyre que ce personnage est juge « de leur différend », puisqu'il n'y a pas entre eux de différend, puisque l'Amour accorde la faveur que le satyre demande ? Comarmond a négligé ces deux difficultés. Dans l'herme, non « coiffé du pétase ailé », il refuse de reconnaître Mercure « plutôt qu'une autre divinité », par exemple le dieu Terme. Puis, à cause de « ses mamelles volumineuses », il préfère l'identifier avec Hermaphrodite. Mais ce choix n'est pas définitif. « Ne pourrait-on pas avancer que c'est une figuration du dieu Priape, dont les ailes de l'Amour masquent le bas de la ceinture et cachent le caractère spécial ? ».
L'influence de Comarmond, heureusement très atténuée, persiste — j'ai souligné les mots qui en marquent la trace — dans les brèves notices du Catalogue sommaire des Musées et de VInventaire des Mosaïques, où d'ailleurs les deux adversaires sont bien identifiés. Voici l'essentiel de la première : « Mosaïque dite du Combat de l'Amour et du dieu Pan... Cette belle mosaïque se compose de trente-six caissons... autour d'un tableau central représentant la rencontre de l'Amour et de Pan, en présence d'un Terme et de Silvain.. » ; et de la seconde : « Au centre, carré avec lutte de l'Amour et du dieu Pan devant un terme et Silvain ». On s'étonne de lire encore, dans l'une et dans l'autre, comme aussi dans celle de Steyert S Silvain au lieu de Silène. La confusion de ces deux personnages mythologiques n'est plus permise aujourd'hui. Qu'il s'agisse en l'espèce de Silène et non de Silvain, d'un hermès et non d'un terme, de Pan et non d'un satyre, de l'Amour et non d'un génie quelconque, l'étude approfondie et comparative - des nombreux monuments, fresques, mosaïques, bas-reliefs, pierres gravées, qui représentent la même scène, a supprimé toute incertitude sur ces identifica-
1. Steyert, au surplus, définit très bien le sujet : - lutte de l'Amour et du dieu Pan '.Pour l'interprétation symbolique, il s'inspire à la fois de Spon (troisième hypothèse) et d'Artaud (dernière hypothèse) : •■ Cette allégorie indique que l'Amour rivalise avec les forces de la nature ou triomphe de tout... > (Ouv. et pass. cités).
2. Voir O. lahn, Ueber ein romisches Deckengemalde des Codex Pighianus, dans Berichte... der K. sàchsischen Gesellschaft der Wissenschaften zu Leipzig; Philol. histor. Classe; 21, 1869, p. i et suiv. ; O. Bie, Ringkampf des Pan und Eros, dans Jahrbuch der k. d. archaeol. Instituts, IV, 1889, p. 129 et suiv. ; Wernicke, dans Roscher, Lexikon der gr. und rom. Mythologie, III, i, col. 1456 et suiv.
tions, comme sur la nature propre et le sens allégorique de l'action qui met en présence les quatre figures de notre tableau.
2 Le thème du combat d'Éros et de Pan est une invention de la poésie et de l'art hellénistiques pour illustrer au moyen d'un exemple concret la vérité générale formulée en style lapidaire par le poète latin ^ : Omnia vincit amor, rien ne résiste à l'Amour. Les deux adversaires sont inégaux; l'inégalité paraît être en faveur de Pan, le plus grand, le plus robuste ; il semble raisonnable de prévoir la défaite de l'Amour, et Pan se croit tellement sûr de vaincre qu'il rend des points, que, comme un champion plein de force et d'expérience devant un concurrent faible et novice, il s'engage à lutter d'un bras seulement, à tenir l'autre immobile sur ses reins, ou même à se le laisser attacher 2. Mais le plus petit, le moins bien doué en apparence, est aussi le plus rusé 3. L'inégalité réelle est en sa faveur ; le dénouement du combat sera sa victoire paradoxale. On comprend que cet épisode nouveau, inséré dans la légende mythologique par les poètes 4 et les artistes alexandrins ait eu chez eux le plus grand succès et soit devenu populaire chez les Romains. Outre qu'elle contient une allégorie très expressive, la fiction avait toute la vraisemblance requise en l'espèce. Pan, querelleur, batailleur, était souvent représenté en lutte avec un bouc, son demi-semblable, et baissant comme lui le front pour cosser 5. Qu'un jour il provoquât l'Amour ou qu'il acceptât le défi de l'Amour, rien de plus naturel. Enfin, la mise en œuvre de l'idée comportait un mélange très piquant d'éléments fournis les uns par la fable, les autres par la réahté, par la vie contemporaine. C'était un exercice de la palestre transposé dans le domaine de la mythologie. Les acteurs et les spectateurs de la scène appartenaient au monde légendaire, mais le jeu se faisait selon les principes de l'école, sous la direction d'un gymnasiarque, parfois même devant l'effigie du dieu des