‹ MoscouChapitre 20 sur 32 · AU BOURGEOIS MININE ET AL' PRINCE POJAR.SKY LA RUS.SIE RECOXNAIS.SAXTE · texte numérisé non relu

AU BOURGEOIS MININE ET AL' PRINCE POJAR.SKY LA RUS.SIE RECOXNAIS.SAXTE

Ce bourgeois et ce prince sont évidemment très familiers à l'imagination du Russe qui passe devant le monument, et qui n'est pas tenté de prendre les deux interlocuteurs pour les deux Gracchus. Mais le visiteur étranger a besoin d'être renseigné.

Le bourgeois Minine était tout simplement un boucher de Nijny- Novgorod. Boucher, le mot eut semblé bien trivial sur la base d'un monument aussi classique. Cet homme du peuple apparut pour sauver la Russie à une époque où les discordes intérieures et les ambitions étrangères semblaient avoir pour jamais compromis ses destinées. C'était au début du xvii^ siècle. La race des Rurikovitch s'était éteinte dans la personne du tsar Fédor Ivanovitch. Il avait eu un fils Dmitri qui fut assassiné tout jeune encore. Des aventuriers se présentèrent qui prétendirent être ce Dmitri. L'un d'entre eux s'assura le concours du roi de Pologne, épousa une Polonaise, invoqua le secours des Polonais. Ils répondirent à son appel et pénétrèrent jusqu'à i^loscou; la Russie semblait livrée à l'étranger, et qui pis est menacée de se voir convertir à la religion catholique.

Le supérieur du monastère de la Trinité, le grand sanctuaire de la région moscovite écrivit une lettre aux fidèles pour les appeler à la guerre sainte. Cette lettre arriva à Nijny au mois de septembre 1611. Le protopope en donna lecture dans l'église cathédrale. Parmi les assistants se trouvait le staroste (maire' de la ville, le boucher Kouzma Minine .Soukhorouk. Il prit la parole et dit tout simplement :

(f Si nous voulons venir au secours de Moscou, il ne faut pas ménager nos biens; il ne faut rien épargner; nous vendrons nos maisons, nous mettrons nos enfants et nos femmes en gage; nous reconnaîtrons comme chef celui qui voudra combattre pour la foi orthodoxe. »

Ce chef il alla le chercher à Souzdal dans la personne du prince Dmitri Mikha'ilovitch Pojarsk}-. Il le désigna aux Novgorodiens et le

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décida ii accepter. Le prince Pojarsk}- non moins pratique que Minine dit aux Novgorodiens : « Je suis prêt à partir sur-le-champ: mais choisissez parmi les marchands quelqu'un qui m'aide cjans l'entreprise et qui lève les impôts dont j'aurai besoin. »

Le nioiuiniL'iit de Minine et de Pojareki.

Les Novgorodiens hésitaient sur le choix; ce fut Pojarsky lui-même qui désigna Minine; ses compatriotes le prièrent d'accepter; il n'y consentit qu'après leur avoir fait signer un acte par lequel ils s'engageaient à faire tous les sacrifices qu'il exigerait pour la patrie.

Une entreprise si bien commencée devait réussir. Pojarsky délivra son pays des Polonais, et le peuple las des usurpateurs appela au trône

le boïar Romanov, le fondateur de la d^-nastie actuelle. Minine reçut un titre de noblesse et devint membre du Conseil impérial.

En 1S15, quand l'invasion de la Russie par Napoléon eut réveillé le souvenir des maux qu'elle avait soufferts deux siècles auparavant, un monument fut élevé à Minine et à Pojarsky sur la place Rouge. Il est à regretter que la reconnaissance nationale ait eu l'idée de s'exprimer à

Vue extérieure des Riad}' avec le monument de Minine et de Pojarski

une époque où l'on avait si peu le sentiment de l'histoire et de la couleur nationale. Le sculpteur 3lartos était pourtant, malgré son nom à physionomie hellénique, originaire du gouvernement de Poltava; mais il avait étudié la sculpture à l'étranger et il se conformait au goût néfaste de l'époque. Ce mauvais goût se retrouve dans la plupart des monuments que la première moitié du xix" siècle a érigés en l'honneur des Russes, en qui s'est le mieux incarné la Russie. Ce sont des monuments ridicules. Sur une place d'Arkhangelsk, le poète grammairien Lomonosov grelotte demi nu, une lyre à la main. A Kazan Derjavine. le poète de Catherine II, en toge et les pieds chaussés de sandales semble attendre la pendule dont il devra faire le disgracieux ornement. A Simbirsk, Karamzine, indigné sans doute du mauvais tour joué à ses confrères,

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s'est fait représenter sous les traits de Clio jouant de la trompette. Les bons moujiks n'ont jamais pu comprendre ce que celte commère noire {tchcrnaia baba) venait faire dans leur ville.

lin remontant vers la porte d'Ibérie qui fait communiquer le Kitaïgorod avec la ville blanclie, nous rencontrons un certain nombre d'édi-

Une galerie des Ri.idy.

fices nouveaux dont le caractère général est mieux en rapport avec le style du Kremlin et de Vasili Blajenny : les Galeries commerciales que les Russes désignent sous le nom de RiaJv \\es Rangées), le nouvel Hôtel de Ville, le Musée historique.

Ce que les Moscovites appellent les Rangccs, c'est un ensemble de galeries vitrées, réservées au commerce, qui jouent actuellement à Moscou le rôle que jouaient naguère à Paris les galeries du Palais- Royal aujourd'hui si désertes, et les anciens passages aujourd'hui si

démodés. Ces galeries se composent d'un certain nombre de passages parallèles; leur hauteur est de trois étages. Dans certains endroits ces étages sont réunis par des passerelles en fer. Une partie des Riady sert au commerce en gros. L'autre est égaj'ée par des salles de restaurants ou de concerts. Dans ces galeries le flâneur peut étudier les produits de l'industrie russe, il peut constater aussi qu'ils sont trop souvent remplacés par de la camelote allemande. Ce somptueux édifice a remplacé l'ancien gost/iiv dvor. cette cour des marchands, ce bazar que l'on trouve encore dans toutes les villes de Russie comme dans toutes les villes de l'Orient, ce bazar aux galeries étroites et sombres où l'on pouvait acheter tour à tour du thé ou des vêtements, des bijoux ou des cercueils, où le flâneur était sans cesse happé par le clito vain oitgod bariiic ? (que vous faut-il, monsieur?'; du gros marchand ou du commis fluet, et dont pour ma part je regrette un peu la familiarité patriarcale et le désordre pittoresque.

Moscou est essentiellement une ville de commerce. Les marchands moscovites ne le cèdent à personne pour le labor iinprobiis, l'avidité, et le goût de l'épargne. Ils constituent une classe riche et conservatrice qui est l'une des meilleures réserves de la Russie. Cette classe est parfois même réactionnaire, surtout en matière religieuse. Un certain nombre de ses membres appartiennent à la secte des raskolniks ou vieux croyants et se rattachent aux traditions religieuses de la Russie antérieure aux réformes du XVII" siècle.

^Malheureusement elle n'a pas assez d'esprit d'initiative et ne connaît pas assez l'étranger. Tous ceux qui ont visité l'Exposition universelle de. 1900 se rappelle la fureur avec laquelle on se disputait au village russe du Trocadéro les moindres produits de l'industrie populaire, tous ces petits ouvrages en bois si pittoresques de forme, si éclatants de couleur. Les marchands russes n'ont pas su profiter de ce succès pour établir à Paris un dépôt permanent dont le succès était assuré. El en ce moment ils ont bien d'autres soucis en tète. Qu'ils prennent modèle dans l'avenir sur leurs rivaux d'aujourd'hui les Japonais. Comme ceux-là ont su mettre leurs articles à la mode et comme ils en ont inondé le marché!

Etant donné le rôle considérable que joue à iMoscou cette classe commerçante, il est tout naturel que la douma (Hôtel de Ville} soit voisine des Riad3^ Cet édifice tourne le dos à la place Rouge et sa façade est sur la place de la Résurrection. La jîierre est rare dans la grande

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