‹ MoscouChapitre 27 sur 32 · I.A \MI.I.I': lîLAXCIIK · texte numérisé non relu

I.A \MI.I.I': lîLAXCIIK

les grands philosophes de l'antiquité grecque et les saints de l'église russe.

Sur la rive gauche de la Moskva, tout à l'extrémité de la ville, il est encore un monastère qui mérite notre attention. C'est celui qui porte le nom de Saint-Siméun et qui a inspiré à Karamzine l'une des pages les

qS MOSCOU.

plus curieuses de la littérature russe, vers la fin du xviil" siècle. I.e morceau qu'on va lire est extrait d'une nouvelle intitulée La pauvre Lise qui parut vers 1795, et qui fit couler des torrents de larmes.

« L'endroit qui me charme le plus aux environs de Moscou, — écrivait Karamzine, — c'est celui où s'élèvent les tours sombres et gothiques du monastère de vSaint-Siméon (le gothique n'est bien entendu que dans l'imagination de Karamzine\

La Porte Rousse.

De cette colline on découvre à droite Moscou presque en entier avec cet effra3'ant amas de maisons et d'ég"lises qui se présente aux 3'eux sous l'aspect d'un gigantesque amphithéâtre, tableau majestueux, surtout quand il est éclairé par le soleil, quand les rayons du couchant font flamboyer d'innombrables croix dressées vers les cieux. A mes pieds s'étendent des prairies grasses, drues, émaillées de fleurs; derrière, sur les sables jaunes coule la rivière lumineuse, agitée par les rames légères des barques de pécheurs, où gémissent sous le gouvernail de lourdes péniches venues des contrées les plus fertiles de l'empire russe, qui nourrissent de leur blé la ville de Moscou. De l'autre côté, c'est un bois de chênes ; sur sa lisière paissent de nombreux troupeaux; là déjeunes bergères assises à l'ombre des arbres, chantent leurs chants simples et mélancoliques, pour abréger

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la longueur des jours d'été .si monotones. Un peu plus loin dans l'épaisse verdure d'ormes anticiues, étincellent les coupoles d'or du monastère de Saint-Daniel; plus loin encore, presc^ue sur les-limites de 1 horizon, bleuissent les .Montagnes des Moineaux. A gauche, on aperçoit de vastes plaines couvertes de blé, de petits bois, trois ou quatre \'illages, et dans le lointain, le village de Kolomenskoe avec son liaut palais.

Le Monastère Je Saint-Siméon.

Je viens souvent en cet endroit ; presque chaque année j'y viens saluer le printemps. J'y viens aussi aux jours sombres de l'automne gémir avec la nature. Les vents hurlent terriblement dans les murailles du monastère abandonné, parmi les tombeaux recouverts de hautes herbes, et dans les sombres corridors.

Là, appuyé sur les ruines des monuments funéraires, j'écoute le sourd gémissement des temps engloutis dans l'abîme du passé, gémissement qui fait tout ensemble frémir et frissonner mon cœur. Parfois j'entre dans les cellules et je me représente ceux qui vécurent sous leur abri. Tableaux mélancoliques! Ici je vois un vieillard au.x cheveux gris, agenouillé devant le crucifix et demandant au Seigneur de le délivrer bientôt de ses liens terrestres... Là un jeune moine, le visage pâle, l'œil alangui, contemple

la campagne à travers la grille de sa fenêtre; il voit les joveux oiseaux naviguer librement dans les flots de l'atmosphère, il les voit et ses j-eux versent des larmes amères. Il languit, s'épuise, se dessèche et la cloche mélancolique me prédit sa mort prématurée. D'autres fois sur les portes du temple, je contemple la peinture des miracles qui se sont accomplis dans ces lieux. Ici des poissons tombent du ciel pour nourrir les habitants du monastère, assiégé par de nombreux ennemis ; là, l'image de la Mère de Dieu met les ennemis en fuite. Tous ces spectacles renouvellent

Le Monastère de la Vierge du Don.

dans mon esprit l'histoire de notre patrie, l'histoire lamentable de ces temps où les farouches Tatares et les Lithuaniens ravageaient par le fer et le feu, les environs de notre capitale, où la malheureuse Moscou, comme une veuve sans défense, n'attendait que du Seigneur un secours contre ses cruelles épreuves. »

Le monastère de Saint-.Siméon n'est pas seulement intéressant par le rôle qu'il joue dans l'œuvre littéraire de Karamzine. Ses églises, notamment celle de la ^'iero•e, méritent d'être visitées. Elles renferment des tombeaux de personnages illustres, et parmi eux, celui de Siméon Bekboulatovitch. C'était un tsarévitch — dépossédé ■ — de Kazan qui devint chrétien et mourut moine. Il tint pendant le règne d'Ivan le Terriljle un rôle assez singulier.

Vers i5g5, Ivan eut la fantaisie de le proclamer tsar de toutes les Russies et de jouer vis-à-vis de lui la comédie qui fut jouée depuis par Pierre

l.A \' 1 l.LK BLANCHE loi

le Grand v'is-à-vis du prinro Romodanovsk)-. Il affecta de n'être ([ue son lieutenant. Cette comédi(> dura peu de temps et le tsar /// partihiis réduit à la maigre principauté de Tver, reprit vis-à-vis du Terrible le rôle officiel de Kholop lesclave) suivant les règles du protocole en usage dans ce temps-là.

Près de lui reposent maints représentants des grandes familles russes,

L'église de la Nativité.

des Boutourline, des Tatistchev, des Golovine. Du clocher principal de la cité monastique, on découvre une vue splendide sur Moscou. Ce qui distingue Moscou des autres villes d'Kurope, c'est que le spectateur a tout ensemble sous les veux, une très grande ville et un très grand village. Tel groupe de maisons, tel bosquet, tel étang présente tout à coup un paysage rustique qui nous charme d'autant plus que dans une capitale il est moins attendu.

En quittant le monastère de .Saint-Siméon, le touriste sensible, et qui connaît sa littérature russe ne saurait manquer de faire un pèlerinage à l'étang voisin que le plan de Ba-deker appelle l'étang de Lisin et qu'il

faut en réalité appeler l'étang de Lisa. Il se rattache à l'histoire de cette pauvre Lisa, chantée par Karamzine, qui a fait couler tant de larmes. Cette histoire a été traduite en français à Paris en iSo8.

Eglise de l'Assomption.

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VerestclKiguine L'apothéose de la guerre.

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