‹ Moselli José – TripliX l’insaisissableChapitre 17 sur 18 · SS > RO · texte numérisé non relu

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37 Ju de

SE

Corfe, galamment, alla prendre le bras de Julia Jacobsen, cependant que Joé Blanket fourrait dans sa poche la précieuse boîte de bois comme pièce à conviction. Il en don-

na un reçu à l’employé.

Et la petite troupe, sous les regards interloqués des clients, sortit de la banque Forsmyth.

Corfe et Joé Blanket prirent place dans une auto, en compagnie de Teddy et de Meraki, ces derniers soigneusement menottés. Deux des six détectives qui venaient de procéder à cette sensationnelle arrestation s’installèrent dans un taxi avec Julia Jacobsen. Et en route pour Scotland-Yard.

Ni Meraki, ni Teddy n’avaient protesté. Des garçons intelligents ! Ils savaient que le silence est d’or et qu’on parle toujours trop. Ignorant quelles étaient les preuves accumurlées contre eux, ils préféraient attendre, voir venir.

— J’en étais sûr, que je finirais par les pincer ! murmura Joé Blanket, qui exultait.

— Faites voir la boîte ? Les cachets en sont intacts, au moins ? demanda Corfe.

Joé Blanket lui tendit le précieux colis. Corfe, sans mot dire, le regarda, longuement, se pencha même vers la portière pour mieux le voir :

— Teddy a eu raison ! murmura-t-il. C’est en règle !

Il replaça la boîte dans l’épais papier de soie qui l’enveloppait, pour en protéger les cachets, et la rendit à Joé Blanket qui l’empocha à nouveau.

Encore quelques tours de roues et les deux autos s’arrêtèrent devant la porte de Scotland-Yard.

— Je vous laisse un moment ! fit Corfe. Je vais téléphoner à Paris, pour prévenir M. Serpier. Je vous rejoindrai ensuite ! Qu'on les fouille bien, hein ?

— Je connais le métier ! observa un peu sèchement le détective britannique.

Corfe lui serra la main et sortit.

Il ne revint pas. Il ne revint jamais. Et, lorsque, quelques minutes plus tard, Joé Blanket, le premier interrogatoire - un simple interrogatoire d'identité ! - de Teddy terminé, montra la boîte, au bandit, pour qu’il la reconnût comme étant bien celle qui contenait les perles volées au vieux Jacobsen, Teddy exclama :

— Ce n’est pas elle ! Vous l’avez changée !

— Je l’ai changée ! Et quand ? maugréa Joé Blanket, en haussant les épaules.

— Je n’en sais rien ! En tous cas, ce n’est pas celle-là qui vous a été remise à la banque Forsmyth, comme ce n’est pas celle-là que j’ai envoyée de Sydney ! Vous voulez garder les perles pour vous, hé ?

Le célèbre détective, pris soudain d’une inquiétude, regarda mieux les cachets et vit qu’ils étaient ornés de trois X entrelacés, autour desquels courait cette phrase : « M. Joé Blanket est un imbécile ! »

Très pâle, le policier britannique, à l’aide d’un coupepapier de cuivre, fit sauter les cachets. Il ouvrit là boîte. Elle contenait bien des perles mais des perles qui, manifestement, étaient fausses.

Et voici la lettre que M. Joé Blanket reçut le lendemain.

« Cher monsieur Blanket.

» Vous avez déjà reçu un mot de M. Piebald, contenant certains renseignements au sujet de l’affaire Jacobsen. Permettez-moi de les compléter.

« C’est moi, Triplix, qui me suis fait passer pour William Grant, lorsque M. Corfe a exécuté la première perquisition à Enghien.

« C’est moi qui ai endormi M. Corfe dans le train, pour sauver Mi Argulian. C’est Piebald qui a enlevé le cadavre d'Otto Drohl de la Morgue, et c’est moi qui, m’étant emparé de Piebald, l’ai enfermé dans la malle restée au Gigantic- Palace. Piebald avait enlevé le cadavre de Drohl pour le faire

disparaître : il craignaïit qu’on le reconnût et que la justice arrivât jusqu’à Argulian et lui.

« C’est moi qui, dans le bateau parisien, ai enlevé Vachariadès et ai pris sa place, ce qui m’a permis de découvrir les projets d’Argulian et de Piebald. Et c’est Piebald qui, à l’aide des clés de M. Corfe, a cambriolé ce dernier.

« C’est moi qui, après l'évasion de M'° Argulian, suis parti pour Marseille et vous ai fait arrêter par la police des ports. C’est moi qui, ayant pris le Calais-Méditerranée, me suis emparé de votre avion dans la Crau, ce qui m’a permis de savoir ce que devenait l’auto grise devenue rouge, où étaient Argulian et consorts.

« C’est moi qui, ayant laissé M! Argulian rejoindre son père, n’ai eu qu’à les suivre pour savoir ce que devenait Teddy. C’est moi qui, au moment où le docteur Meraki allait organiser le mariage de Sonia Argulian avec Teddy - Mi Argulian ayant été obligée de jouer le rôle de Julia Jacobsen -— suis intervenu et ai enlevé M'° Argulian et son père.

« C’est moi qui, ayant guetté Piebald, l’ai vu vous écrire une lettre dénonçant ses complices... C’est moi qui ai pris la place de Corfe, que vous aviez réussi à semer entre la Préfecture de police et la gare du Nord. Je l’ai vengé, cet homme !

« Ne cherchez pas M. Argulian ! Il est loin, dans un pays neuf, où il va essayer, sous un autre nom, d’oublier son passé et de l’expier. Sa fille ? Elle va devenir ma femme.

« Les perles ? Elles vont être vendues par mes soins. Leur montant sera versé aux pauvres de Paris. J’ai commencé cette « affaire » pour avoir ces perles. J’ai trouvé sur mon chemin une femme que j'aime, qui m'aime et qui, j'en suis

sûr, fera mon bonheur. Il ne faut pas trop demander au destin.

« Sur ce, je vous quitte, cher monsieur Blanket. Vous avez obtenu un beau résultat : Teddy, Meraki sont entre les mains de la justice. Piebald, le plus abject de tous (c’est lui qui a envoyé la lettre explosive à M. Haymann), s’est réfugié chez un de ses amis, 45, rue des Tilleuls à Ménilmontant. Vous pouvez l’y faire cueillir par M. Corfe, ce sera pour lui une petite compensation.

« Et je vous adresse mes respects,

« X. TRIPLIX. »

« P. S. Voici une somme de deux mille livres sterling qui servira à l’entretien, dans un asile d’aliénés, de M: Jacobsen, qui est folle. »

JOSÉ MOSELLI.

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