‹ Moselli José – TripliX l’insaisissableChapitre 16 sur 18 · UN AMI DE LA JUSTICE · texte numérisé non relu

UN AMI DE LA JUSTICE

D'où venait la lettre que Joé Blanket venait de relire avec un si évident plaisir, c’est ce que le détective anglais ne s'était pas demandé. D’un complice désireux de se venger, très certainement. De Piebald, peut-être ! Car, dans toute la fielleuse missive, pas une fois le nom du bandit n’était prononcé. Piebald, si c’était lui, avait des raisons pour ne pas se flatter de ses crimes.

— Coffrons toujours les autres et rattrapons les perles ! avait pensé Joé Blanket. Après, je recommanderai Piebald à Corfe. Ce lui sera une compensation, à ce pauvre garçon !

Joé Blanket eut un rire silencieux. Il plia soigneusement le papier qu’il fourra dans sa poche.

Le taxi avait atteint le boulevard de Sébastopol, à la hauteur de la rue Turbigo, et, enserré entre deux files de véhicules, venait de ralentir.

Joé Blanket ignorait que Corfe le suivait... Mais c’était un homme méfiant et prudent. Doucement, il ouvrit une des portières, lança un bref regard au chauffeur pour être bien sûr qu'il ne le voyait pas et sauta sur la chaussée.

Il se faufila rapidement entre les voitures, et, ayant atteint le trottoir, s’engouffra dans la station du métropolitain.

Il n’aperçut aucune figure de connaissance sur le quai souterrain. Satisfait, soulagé, il prit place dans une rame.

— J’irais bien à Nogent, pensa-t-il. Mais, si je rate mes gibiers à la banque Forsmyth ? Tout serait perdu ! Pas de bétises !

Le métro, en quelques minutes, le conduisit à la gare du Nord.

Six heures du soir sonnaient lorsqu'il y arriva. Le plus prochain train pour l’Angleterre partait à neuf heures. Joé Blanket, prudemment, quitta la gare et alla dîner dans un restaurant de la rue de Dunkerque.

À neuf heures, le rapide de Calais l’emmena.

Voyage sans incident. Au jour, Blanket foula le pavé de Londres. Sorti de la gare de Charing-Cross, il héla un taxi pour se faire conduire à Scotland-Yard : les bureaux de la banque Forsmyth n’ouvrant qu’à neuf heures, il avait tout le temps pour y organiser une souricière.

Comme il allait monter dans une auto qui s’était approchée, il entendit courir derrière lui. Il se retourna et se trouva face à face avec Jérôme Corfe.

— Nous avons eu la même idée, monsieur Blanket ! remarqua l'inspecteur de la Sûreté, jovialement, en lui tendant la main.

— Vous... avez reçu une lettre, vous aussi ? parvint à dire Blanket, en dominant son trouble et son dépit.

— Une lettre ? Oui... la banque Forsmyth, hé ? Nous allons les avoir ! Nous sommes sur la bonne piste, cette fois !

— Je... je crois ! balbutia Blanket, furieux.

— Quelques détectives en civil, en cas de résistance, et l’affaire se fera en douceur ! fit Corfe, d’un ton détaché.

— Oui ! siffla Blanket entre ses dents.

Si dépité qu’il fût, il était beau joueur. Il dompta sa colère et invita Corfe à prendre place avec lui dans le taxi. Après tout, mieux valait triompher à deux que pas du tout, et Blanket, à part lui, se promettait bien de soigner sa publicité dans les journaux britanniques, de façon à démontrer que c'était grâce à lui — à lui seul ! - que les criminels de l’ilot Maiden avaient été arrêtés.

Sans avoir besoin de questionner Corfe — ce qui eût trop fait plaisir au policier français — il devinait que l’inspecteur de la Sûreté l’avait suivi à sa sortie du quai des Orfèvres et avait pris le même train que lui.

En quelques minutes, les deux hommes furent à Scotland-Yard.

Blanket, il faut lui rendre cette justice, ne fit aucune tentative pour « semer » son collègue français.

Par mesure de sécurité, six détectives en civil furent dirigés sur la banque Forsmyth.…

La lettre de l’« ami de la justice » avait, décidément, bien renseigné Joé Blanket ! À dix heures vingt-cinq, exactement, le célèbre détective qui, au côté de Corfe -— et tous deux étant habilement déguisés — se tenait dans le hall de la banque Forsmyth, vit arriver un groupe de trois personnes Meraki, et puis Teddy qui donnait le bras à une jeune fille.

Ils se dirigèrent vers le guichet des « accrédités ».

— Je suis M. Edward Clams, expliqua le bandit, et voici Mrs. Edward Clams, née Julia Jacobsen, ma femme, qui a expédié, il y a environ trois mois, un groupe de perles fines, ainsi qu’en fait foi ce reçu. Nous venons le retirer.

L’employé, sans mot dire, prit le papier. Il avait été, d’avance, prévenu par Joé Blanket.

Quelques minutes passèrent.

Assis sur une des banquettes de velours, occupant le centre du hall, Meraki et Teddy paraissaient profondément indifférents. Personne n’eût pu deviner que c’étaient des assassins venant chercher leur butin. Julia Jacobsen regardait autour d’elle d’un air doux et rêveur, sans que son visage reflétât autre chose qu’une parfaite tranquillité.

L’employé reparut derrière son guichet et appela M. et M€ Clams. Il tenait à la main une boîte de bois oblongue, garnie de six gros cachets de cire.

— Voici la boîte en question ! dit-il. Veuillez en vérifier les cachets. Et vous me signerez une décharge.

Teddy prit la boîte :

— En règle ! dit-il sobrement.

— Mais vous, vous ne l’êtes pas, Edward Clams ! fit une voix, derrière lui.

Il se retourna. C’était Joé Blanket, flanqué de Corfe.

Un rictus de tigre plissa la face de Teddy. Il porta la main à sa poche. Trop tard ! Quatre vigoureux gaillards, qui semblaient fort occupés devant les guichets, se ruèrent sur

lui et l’immobilisèrent, cependant que deux autres s’assuraient du docteur Meraki.

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