‹ Motifs de conversion de dix ministres anglicansChapitre 11 sur 13 · ÉPROUVÉE PAR LE SYMBOLE DE MOÉE · texte numérisé non relu

ÉPROUVÉE PAR LE SYMBOLE DE MOÉE

PAR LE RÉVÉREND

J. SPENCER INORTHCOTE,

ancien scfiolnr du collège de Corpus Christi, à Oxford^ cx-vicaire de llfracombe, dans le Devonshire.

Le révérend J. Spencer Nortlicote a complété et généralisé les motifs que ses amis nous ont exposés comme ayant déterminé leur conversion. Les lettres qu'il a

publiées sous ce titre, s'acliessent aux iiiciubies de l'église d'Angleterre qui auraient pu n'être pas entièrement satisfaits des publications antérieures à la sienne. Il renonce à tracer la voie par laquelle il est arrivé au catholicisme ; car Dieu emploie pour éclairer les âmes des moyens eu rapport avec les besoins de chacun, et en vain une autre personne chercherait-elle à parcourir la même route pour arriver au but qu'il a atteint. Il se borne à nous apprendre qu'il est devenu catholique eu lisant les écrits des controversistes anglicans. 11 commença l'étude de Leslie et de Barrow étant ferme protestant , et il était convaincu de la validité de toutes les prétentions de Rome quand il eut achevé ces ouvrages. Afin que le lecteur anglican ne puisse pas lui dire que ses arguments sont dirigés contre une autre position que la sienne , il se place sur un terrain où son adversaire ne saurait lui échapper.

€ Vous ne nierez pas, lui dit -il, que l'Eglise ne doive avoir certains signes ex-

UMiours auxquels on pourra la (listin{>ner des sociétés rivales. Dieu a sûrement donné à l'Éf;lise des marques simples et évidentes de sa présence , de manière à ce que Tétranger puisse être attiré vers elle, et que tout son troupeau puisse être réuni dans le même bercail. De là cette question : Quels sont ces signes, ces marques extérieures et visibles de rÈglise une et vraie?

i Mais, vous et moi, nous déclarons publiquement dans un des symboles sacrés de notre loi que nous croyons en l'Eglise nnc^ sainte, catholique et apostolique. 11 est donc assez naturel que nous examinions nos ])iélentions a être considérés comme membres de l'Eglise de Dieu , en suivant cette simple règle : A laquelle des deux communions ces signes appartiennent-ils d'une.

tnanièrc non équivoque? Est-ce à la vôtre ou à la mienne? à la communion anglicane ou à la comnmnion romaine? Ce mode de recliei elles devra être d'autant plus satisfaisant que les caractères dont nous parlons Ici sont aisément intelligibles , et répondent

pleinement au bon sens naturel et à notre propre jugement. Il est évident que Y2mîté doit être un des caractères de l'Eglise du Christ, parce que l'Eglise est dépositairede la vérité révélée de Dieu qui doit être une avec lui, partout et toujours la même. Ltisainleîê formera le second de ces caractères , parce que l'objet de la venue du Christ a été de détruire les œuvres du démon, et de se purifier un peuple choisi , plein du zèle des bonnes œuvres. La catliolicïté viendra ensuite , parce qu'il est dit que le viur de séparation sera abaissé en Jésus-Clirisl; la nouvelle alliance de grâce ne devait pas , comme l'ancienne, être locale, nationale et limitée, mais elle doit être une lumière pour éclairer les gentils, aussi bien que la gloire du peuple d* Israël. VaposloUcilé sera le quatrième de ces caractères, parce que c'est par ce signe que nous pouvons être sûrs que les doctrines et les sacrements de l'Eglise sont réellement ceux que Notre- Seigneur Jésus-Christ a enseignés et institués^sinous arrivons à reconnaître notre

Efjlisc tonuiie leprésentant véiitablemeiU, par succession clirecle, le corps des apôtres, qui a reçu de lui ces doctrines et ces sacrements , et comme partageant en conséquence cette divine garantie de leur mission : Comme mon Père m'a envoijé , de même je vous envoie. A cette garantie s'ajoute cette promesse de perpétuité : Je suis toUjOurs avec vous , même jusqu'à la fin du monde.

a Un autre avantage de cette manière d'argumenter, c'est son caractère large et général,qui m'épargne d'en trerdans l'examen des points de détail, examen des plus difliciles, sinon entièrement impossible, parce que j'ignore quelle est précisément votre position actuelle. Les membres de Téglise anglicane, partisans de la Haute-Eglise, diilèrent tellement les uns des autres et même avec eux-mêmes, d'une époque à l'autre (ceux, du moins, qui ont viarchc avec le mouvemenl) , que je ne sais réellement pas quels sont les points de la doctrine catholique que vous êtes prêts à accepter, qriels

sont ceux que vous regardez comme devant être négligés. Un clerguman admet le culte des saints ; mais il refuse de croire au purgatoire. Un autre pense que la doctrine du purgatoire est antique et raisonnable ; mais il ne peut concevoir pourquoi nous prierions pour ceux dont nous nous trouvons séparés, etc.

« Je me propose donc d'examiner quelle est, de la communion romaine ou de la communion anglicane , celle qui correspond mieux à la description de l'Eglise de Jésus- Christ donnée dans le symbole de Nicée, à^Église une, sainte , catholique et apostolique. »

M. INorthcote établit ensuite le fait de désunion dans l'église d'Angleterre , désunion que lesanglicanSjilestvrai, expliquent comme un incident qui serait facilement écarté par une discipline ecclésiastique convenable, mais qui, indépendamment de la cause à laquelle on peut l'attribuer, n'en prouve pas moins que l'église anglicane ne possède pas l'unité, un des caractères essen-

tiels de l'Eglise de Jésus-Christ. Or, une église qui n'a pas Tunité de doctrine n'a pas la vraie foi, ou du moins elle ne la possède pas pour l'avantage pratique de ses membres. L'auteur démontre que Tanarcliie de l'église d'Angleterre est inhérente à son essence , parce qu'elle a été depuis son origine comme son caractère distinctif. Cette église n'a jamais présenté d'homogénéité, si ce n'est dans son opposition aux doctrines de l'Eglise de Rome, et même elle perd maintenant chaque jour cette unité négative, cet accord dans la désunion. Il en a été avec elle comme avec les donatistes : Siciit Chrislum dividere conala est. , ûc ipsa à suis quotidianà conchionc dividiturK

Après avoir démontré que le caractère d'unité apparaît d'une manière claire et évidente dans l'Eglise romaine, M. Northcote passe au second caractère, celui de la sainteté, et il serait difficile d'étabhr avec plus

' s. AiïJî., (li Agone Clin'gt., nI 31. T. VI. p. 437, éd. Paris,

de force que, sur ce second point encore, réglise anglicane ne saurait subir à son avantage la comparaison avec TEglise romaine. La simple énumération des œuvres de sainteté, des institutions de cbarité produites par l'Eglise de Rome, suffit pour écraser Tanglicanisme qui, loin de posséder des institutions semblables, les a opprimées, tyrannisées et détruites en Angleterre.

En traitant des ordres religieux et de leurs œuvres, M. Nortlicote est amené à parler des livres de piété de l'Eglise romaine, qui ont toujours eu une supériorité si grande sur les œuvres du même genre sorties des communions protestantes. Jacques 1*^"^ demandait à ses évéques, après avoir lu Vlnlroduciion à la Vie dévote, qui lui avait été envoyée par Marie de Médicis: « Comment aucun de vous n'écritil avec ce sentiment et cette onction ? »

Il est admis par tout le monde que les meilleurs écrivains spirituels de l'anglicanisme et des autres sectes protestantes, se

sont surtout inspires des écrivains callioliques. L'évéque Wilson recommandait la lecture du Combat spirituel; Thomas à Kempis a été édité en Angleterre, même par un protestant évangélique ; Fénelon et Pascal sont presque aussi familiers aux protestants qu'aux catholiques.

Le troisième caractère de l'EgUse, la catholicité, est d'autant plus facile à établir que les protestants eux-mêmes désignent par le nom de catholique les membres de la communion romaine.

Toutes les sectes rehgieuses , quelles qu'elles soient, à IVxception seulement des Irvingites et d'une petite portion d'anglicans, consentent sans contestation à nous accorder ce titre, tandis que, d'autre part, un évêque anglican l'a publiquement repoussé pour réglise d'Angleterre, et a signalé l'usage qu'on en fait comme une affeeiation *.

Le révérend M. Norlhcotc répond à

» LV'vérjiic actuel tic Worccstcr,

Tobjection des anglicans qui établissent la catholicité de leur église sur ce qu'elle est d'accord , en fait de doctrine , avec l'Eglise des premiers siècles , parce qu'elle accepte les symboles des apôtres, de Nicée etd'Atlianase. Passant ensuite auquatrièmeetdernier caractère de la véritable Eglise, l'apostolicité , il montre le peu de valeur de l'argument qui revendique ce titre pour l'anglicanisme, en prétendant que sesévcques lui ont transmis les ordres par une succession non interrompue depuis saint Augustin et ses compagnons. Les anglicans soutiennent en outre l'apostolicit^ de leurs ordres, en s'appuyant sur ce que Rome ne s'est jamais prononcée formellement contre leur validité.

Comment, touchant cette dernière assertion, pourrait-on méconnaître Topinion de Rome sur les ordres anglicans, quand les ministres de cette église, en devenant prêtres catholiques, sont de nouveau ordonnés sans condition , absolument comme s'ils étaient laïcs. L'histoire de la réforme anglaise fournit la réponse à la première

objection. Les altérations qu'a successivement subies le pontifical romain dans les cérémonies de la consécration, sont incontestablement de nature à invalider le sacrement. Ainsi, sous le règne d'Henri VIII, on commença par omettre le serment d'obéissance au pape ; du temps du roi Edward, un nouveau service fut prescrit pour l'ordination des prêtres, des diacres, et pour la consécration des évêques , qui différait , sur des points de première importance, du service en usage dansl'Eglise catholique, etc. Il suffit de suivre cette histoire pour se convaincre que la succession apostolique des évéques anglicans n'est rien moins que contestable. Si, de la validité des ordres, nous passons à la juridiction spirituelle , la question se complique encore davantage, car, depuis la réforme, cette juridiction ne relève que de l'autorité de la couronne.

Ainsi, loin d'être une, soit avec le reste de la chrétienté, soit avec elle-même, l'anarchie intérieure de l'église anglicane est proverbiale. La vie spirituelle, danii ses former

les plus élevées qui niéiitent le noiu de sainteté, lui est inconnue; loin d'être catholique, elle se vante d'être nationale, et au lieu de gouverner avec une autorité lui venant des apôtres, elle a reçu sa juridiction de la couronne britannique. Il y a cependant une Eglise et une seule Eglise à laquelle s'appliquent tous ces caractères dislinctifs; son unité est la merveille du monde; elle a produit dans tous les siècles des multitudes d'hommes qui ont marché dans les voies de la perfection ; elle embrasse sur son large sein toutes les nations , tous les peuples en nombre incalculable et sur une étendue de pays sans pareille ; son autorité transmise de main en main n'émane d'aucune puissance terrestre , mais du Prince des apôtres qui l'a reçue de Jésus-Christ lui-même. Ecoutons le témoignage que lui a rendu un protestant de l'église établie, et jugez si elle n'est pas le royaume dont les prophètes ont dit qu'i/ demeurera toujours. « Les maisons royales les plus fières ne datent que d'hier, si on les compare à la li-

gne des pontifes suprêmes; — la république de Venise est moderne quand on la met en regard de la papauté , et cependant la république vénitienne a passé et la papauté reste debout; — la papauté demeure, non dans un état de caducité, non comme un objet antique; mais elle est pleine de la vie et de la vigueur de la jeunesse. L'Eglise catholique envoie encore aux extrémités les plus reculées du monde des missionnaires aussi zélés que ceux qui débarquèrent cl Kent avec saint Augustin ; elle se montre encore en face des rois ennemis avec l'esprit qu'elle déploya en se présentant devant Attila. Elle a vu le commencement de tous les gouvernements et de tous les établissements ecclésiastiques qui existent dans le monde , et qui sait si elle n'est pas destin née à les voir tous finir. Elle était grande et respectée avant que les Saxons n'eussent mis le pied dans la Bretagne... Elle pourrait bien exister encore , sans avoir rien perdu de sa vigueur, lorsque quelque voyageur de la Nouvçllc-Zéîande s'appuiera ,

au milieu d'une vaste solitude , sur une arche brisée du pont de Londres pour esquisser les ruines de Saint-Paul '. »

Après quelques observations de détail destinées à préparer le lecteur à la conclusion à laquelle il arrive : la soumission à l^ Église catholique, l'auteur termine ainsi :

e Je sais que vous refuserez d'accepter mon témoignage; mais je vous demande de le recevoir comme la corroboralion du témoignage extérieur des faits. Je désire seulement mettre notre expérience en balance contre vos doutes. Vos impressions naissent de ouï-dire ; vous savez de l'Eglise à laquelle nous nous sommes soumis, qu'en Angleterre on parle partout contre elle ; mais nous , nous savons avoir trouvé en elle un trésor caché j la perle d'un grand prix ; nous savons qu'elle nous a donné le pain de vie, l'huile de la joie ; qu'elle a répandu dans nos âmes cette paix qui passe toute intelli-

libbais ik Micuuldy, v. l[\j p, -JOT

geiicc; eu un mol, nous avons trouvé en elle un chez nous comme nous n'en avons jamais eu nulle part; nous avons en elle un conseiller , un ami , un guide , une mère ; et c'est parce que nous attachons un si grand prix à ces bénédictions que nous vous pressons, avec de si vives instances, de les partager avec nous. Nous pouvons nous écrier avec saint Augustin : c Nous cherchons notre frère et nous intercédons en sa faveur, non pour dire: « Maître, parlez à mon frère afin qu'il divise son héritage avec moi, mais parlez-lui pour qu'il prenne part au uiicn. »

Page 1