‹ Motifs de conversion de dix ministres anglicansChapitre 10 sur 13 · W. G. PENNY · texte numérisé non relu

W. G. PENNY

tie l'Université d'Oiford, ancien vicaire inamovible (le Dorton et Âshendoa.

Nous nous bornons à indiquer le travail du R. W. G. Penny ; son étendue ne nous permet pas d'en donner Tanalyse. L'auteur du livre dont nous transcrivons le titre eu tète de ce chapitre , se propose de venir en

aide aux protestants dans l'étude de cette question importante : les principes de la réforme ont-ils réellement affecté la foi de ceux qui les professent? Voici les circonstances qui ont déterminé M. Penny à publier ce remarquable travail ; nous le laissons parler :

« Peu de temps après ma conversion , un de mes amis me disait : « Je pense que vos amis ont le droit de vous demander pourquoi vous nous avez quittés, afin d'entrer dans une autre communion. » Il est assez naturel , même pour ceux qui , par suite d'une étude approfondie de la question , ont aperçu le peu de fondement des préjugés répandus contre les catholiques romains, il est naturel, dis-je, pour ceux c|ui sont convaincus de l'absurdité du cri poussé contre les erreurs romaines , de demander : « Pourquoi ne vous êtes-vous pas contenté de rester où vous étiez? Que pouvez-vous gaffuer en changeant de religion? N'y a-t-il pas déjà dans Téla- I^lisscment, aussi bien que dans TEglisc

catholique, toutes les vérités enseignées et tout ce qui est nécessaire au salut? » Ces questions sont certainement très-raisonnables; il est bien naturel à celui qui se croit eu possession de tous les privilèges de l'Evangilé, et qui voit les autres se conduire envers lui comme s'il n'en jouissait pas, de leur demander : « Que me manque-t-il donc dans ma position actuelle ? >»

€ Nous ne saurions être surpris de ce qu'on nous prie d'expliquer nos vues ; nous aurions plutôt raison de l'être, si l'on assistait avec indifférence au grand mouvement religieux qui s'opère, sans s'informer des principes ou plutôt des doctrines réelles du corps vers lequel tend le mouvement.

« Ce désir de la part de ceux dont nous nous séparons est si raisonnable , que nous devons chercher à le satisfaire par tous les moyens , autant que nous le pouvons. Je me propose donc, avec l'assistance de Dieu, d'exposer une des choses qui manquent aux corps séparés de l'Eglise catholique, et

qni m'a déleriuiiié à changer de position : la foi. »

M. Penny explique d*abord qu'eu se convertissant il n*a pas abandonné la foi dans laquelle il avait été élevé. Il démontre, par de solides raisonnements, que passer du protestantisme au catholicisme n'implique pas le rejet de la foi que Ton professait antérieurement. En devenant cathclique , le protestant , loin de renier sa foi chrétienne , l'établit, au contraire, sur des bases plus larges et plus solides. Le nom de protestant indique le rejet de certaines doctrines autrefois reçues , plutôt que l'adoption de doctrines oubliées : de sorte qu'un protestant qui cesse de Têtre cesse de protester, ou, en d'autres termes , il reprend des doctrines dont il s'était éloigné. En adoptant le catholicisme, on continue à croire toutes les grandes vérités que l'on professait, mais on ajoute à sa croyance des doctrines que Ton n'admettait pas auparavant. Celui, au contraire, qui deviendrait protestant , abandonnerait certains points

de doilïint* el do pratique. Il laisserait de coté la ioiifession , le jeune , et se ferait une religion plus facile que celle qu'il sui^ vait d'abord. En devenant catholique , on retourne à ce que chacun reconnaît avoir été reçu comme le système doctrinal avant la réforme, et Ton reprend ce qui fut rejeté à cette époque.

L'auteur insiste sur la nécessité d'avoir la foi ; il établit le sens de ce mot et ses distinctions de plusieurs autres expressions qui sont souvent confondues avec lui.

Après avoir savamment posé la relation qui existe entre la foi et la conscience , M. Penny énumère les partis qui divisent IVglise établie. Appliquant ensuite les principes qu'il a développés , il se demande lequel de ces partis a la vraie foi. En traitant des conditions nécessaires pour qu'un document écrit puisse étie appelé une autorité, M. Penny examine le principe protestant d'interprétation individuelle de la Bible; il montre les vices et les difficultés que présente son appUcation.

Au lieu de donner la foi , il ne peut que produire de simples opinions. Que résultet-il, en effet, de ce grand principe du protestantisme? C'est que chaque personne sachant lire jouit de la liberté de chercher la doctrine dans l'Ecriture sainte avant d'être obligée de croire, même les vérités les plus sacrées de l'Evangile. Ce principe ne saurait être appliqué d'une manière absolue et rigoureuse : car, en fait, chacun admet un grand nombre de vérités avant d'en avoir acquis les preuves par soi-même.

Ce principe est sujet à de grandes modifications. Il est évidemment impossible de le pousseï* à ses dernières limites ; car autrement ceux qui ne savent pas lire ne seraient pas tenus d'avoir la foi , et ils auraient le droit d'ajourner toute croyance jusqu'à ce qu'ils aient appris à lire. En attendant , ils pourraient ne croire lien du tout. Une absurdité aussi manifeste ne saurait être soutenue par qui que ce soit. Il faut nécessairement , pour se tirer de cette difficulté , dire que ces personnes doivent

s'en rapporter à la probité d'autrui , aux témoignajjes de leurs parents et de leurs maîtres. De sorte qu'en dépit d'eux-mêmes les protestants sont obligés de revenir continuellement au principe catholique de l'autorité pour se tirer de leurs difficultés. Des protestants sérieux et raisonnables reconnaîtront sans doute qu'il serait absurde pour des gens ne sachant pas lire , de dire qu'ils attendront de l'avoir appris avant de croire; et ils admettront certainement qu'il serait très-inconvenant pour certaines personnes , dans certaines positions , celles mêmes qui savent lire, de rejeter tout ce qui ne leur aurait pas été prouvé. La manière dont les personnes ignorantes doivent adopter le principe protestant est, dit-on, de suivie les opinions de gens capables que l'on peut en toute confiance regarder comme interprètes sûrs de la Bible. Mais il est certain qu'on ne saurait poser aucune règle relativement aux qualités de celui qui est ou n'est pas un interprète sûr, et encore moins pourrait-on tracer la ligne de démarcation

i litre ceux qui devront s'en lapporler à cet inierpiète et ceux qui pourront s'en passer. Quels arguments invoquera un protestant pour convaincre son coreligionnaire de son erreur, si Ton suppose qu'il cherche à le persuader en revendiquant pour lui un privilège qu'il refuse à d'autres?

M, Penny expose ensuite la règle de foi catholique, en montrant qu'elle supplée aux défauts et répond à toutes les difficultés du principe protestant.

Le principe catholique consiste à se guider par la voix de l'Eglise , contrairement au principe protestant qui n'a d'autre règle que le jugement privé ; à suivre la tradition existante , de préférence aux notions que nous nous formons de la tradition primitive. Pour avoir la certitude que la tradition nous transmet la doctrine de TEglise, on ne saurait décider la question en se livrant à l'examen des documents des premiers siècles, et en s'efibrçant d'en suivre l'origine jusqu'au temps des apôtres. En fait, une telle manière de procéder impliquerait

l/exercice du jugement privé , tout aussi bien que la tentative de déterminer la doctrine par l'étude de l'Ecriture. M. Penny est naturellement amené à traiter la question des conciles généraux , et il montre que si un catholique doit admettre tout ce qui a été décidé par les conciles, cependant noire foi ne saurait être limitée par leurs décrets. Ainsi on pourrait être liérétique sans nier aucune des vérités affirmées par les conciles. Si vous devez admettre une doctrine ecclésiastique, ce doit être indépendamment de riiistoire de cette doctrine, c'est-à-dire, indépendamment des attaques que cette doctrine a subies avant d'arriver jusqu'à nous. Nous devons admettre aussi bien les doctrines qui n'ont pas été attaquées que celles qui l'ont été. Or, les conciles ne s'assemblent pas pour décider si telle doctrine reçue dans l'Eglise doit continuer à être crue, ou si elle doit être rejetée ; mais seulement pour déclarer avec plus de clarté et préciser ce qui a été transmis par les générations qui ont précédé j ils se réu-

nissent afin do porter léinoij^naoe à la doc- Irnie enseignée par nos ancêtres, et pas du tout pour l'établir ou la prouver. Certaines vérités peuvent être bien connues et universellement reçues sans qu'aucun concile ait eu à s'en occuper. Un catholique doit croire ce qui est universellement enseigné et cru dans l'Eglise, qu'un concile l'ait ou non déterminé. Un individu n'a pas le droit de rejeter ce qui est populairement accepté et enseigné par le clergé comme étant la doctrine de l'Eglise. On pourrait ici soulever la question de savoir comment on arrivera à connaître que telle doctrine proposée t^st réelleuient acceptée à l'unanimité par les membres de la communion catholique dans le monde eniier ? Evidemment ]hmsonne n'a le droit de dojiter de l'unanimiti* avani d'avoir entendu s'élevci* quelque part des ])rot<*slations contre cette doctrine ; jusque Ki, on devra croire ce cjui est ensci- <>né par TEglise. On voit donc clairement que se ijinilcr d'après inuiorilé de l' Eglise , c\'sl suivre la parole de ecu^r qiCelle a élan"

(jcs (le iion.s instruire. Iléfonncr au coiiirairc la doctrine reçue n'est rien, moins rifùine déviaiion de la foi. C'est ce qu'ont Tait tous les chefs du protestantisme, et tous les cliels (le secte qui, à leur exemple, ont proteste contre les doctrines de l'Eglise ou même contic certaine doctrine particulière qui avait été, dans le principe , conservée par les réformateurs.

Après avoir ainsi posé la règle de foi, M. Penny examine ce que c'est que l'hérésie ; il la définit et applique cette définition a l'état actuel des choses.

Une expérience de trois siècles a démontré que le principe du jugement privé, quelle que soit sa forme, est tout à fait incapable de conduire les hommes à l'unité de foi, signe caractéristique du christianisme; et cependant la réfornie a eu, pour atteindre ce résultat, d'excellentes occasions.

Ainsi, par exemple , dans l'église anglicane, où cependant tous les moyens ont été pris pour s'assurer l'imanimité de ses membres, (cs cHorts ont été sans le moindre suc-

ces. Des articles de croyance ont élé rédigés, et tous ceux qui entrent dans le ministère anglican doivent les souscrire; leur adhésion est même renouvelée plusieurs fois dans le cours de leur vie.

11 faut entendre ces articles dans leur sens grammatical; il n'est pas pernris de leur attacher de signification particulière. Pour restreindre encore la latitude d'interprétation, il a été défendu de leur donner aucun sens nouveau. Et malgré toutes ces précautions, y a-t-il dans le monde un ministère aussi divisé que celui de l'église anglicane?

Que doit donc faire celui qui se trouve jeté dans un système où il existe de pareilles différences d'opinion ; où il trouve tant d'écoles et de partis qui tous soutiennent les choses les plus opposées et les présentent comme étant l'enseignement de leur communion ? Une des voies qui s'ouvrent à celui que désolera cette anarchie , c'est de revendiquer pour lui-même le droit d'examen , afin de décider par son propre

jugement quel est celui des partis opposés qui enseigne réellement le système chrétien. La grande différence d'enseignement qui existe dans Téglise établie, et non Tamour de l'hérésie , pousse un grand nombre de ses membres à agir d'après le principe protestant, quoiqu'il répugne à leur nature , et qu'ils n'y aient recours que parce qu'ils ne voient pas d'autre issue pour échapper à l'anarchie de l'anglicahisme.

M. Penny nous dit qu'il existe deux voies pour juger la nature d'un mouvement comme celui de la réforme. Le premier, en examinant les fruits qu'il a produits dans ceux qui l'ont suivi ; le second , en nous plaçant dans la meilleure position possible d'appréciation par une vie plus régulière. Puis, mettant en regard les prétentions de l'Eglise romaine et celles de l'anglicanisme , l'auteur arrive à cette conclusion , qu'en se soumettant à l'autorité de l'Eglise de Rome, les anglicans s'aflrancliisrent du reproche de manquer à leurs de-

voirs envers les deux communions. Si l'cj;iise anglicane, en effet, ne revendique pour çlle-même aucune autorité dans les controverses de foi , celui qui a été élevé dans son sein ne manque pas à ses devoirs envers elle en prêtant Toreille à l'Eglise qui revendique cette autorité. Cette circonstance amoindrit singulièrement la difficulté que les anglicans pourraient éprouver, s'il en était autrement , à abandonner la communion dans laquelle ils ont vécu. « La foi , suivant les catholiques, est un don de Dieu. Ce don ^ nous dit Tauteur, est en conséquence indépendant de la capacité des personnes à juger de la valeur des arguments. Le Tout-Puissant peut l'accorder à celui qui lui plaît, à quiconque lui paraîtra bon; il peut donner la foi à une personne qui possède à peine le sens commun, tandis que des hommes très-savants pourront en rester éloignés. Il peut la donner à ceux qu'il prévoit devoir s'égarer après un certain temps, ou à d'autres qui n'ont rien fait pour la mériter, rt quel que boit celui

à qui cette yiâce est aceoidrc , c'est lUie pieiivc non de la piété de celui qui la reçoit , mais de la miséricorde de Dieu. Puissct-il ne pas se repentir de ses dons et des appels de sa grâce! qu'il daigne perfectionner en nous le bon ouvrage qu'il a commencé! Il oilre en ce moment à l'Anglelerre le don de la foi d'une manière dont nous n'avons pas été témoins dans ces dernières années. Il agit avec l'Angleterre comme avec Cornélius à qui il envoya non-seulement Pierre pour l'instruire, mais à cjui il acorda une vision intérieure qui le porta à envoyer chercher Pierre , et à prêter l'oreille à ses instructions. De même il plaît en ce moment à Dieu de réveiller l'esprit des protestants anglais. On a souvent remarqué que le njouvement religieux de l'Angleterre est tout à fait intérieur, c'est-à-dire qu'il n'a pas été excité par l'influence extérieure des autres communions chrétiennes. Ce mouvement est pour les Anglais ce que la vision lut pour Cornélius. 11 dirige leurs ycu\ et leurs cœurs non vers Pierre, mai:^ vers son

successeur , et il réveille dans leur âme des sympathies et un désir de réunion à la communion catholique qui n*avaient jamais été éprouvés depuis l'époque de la malheureuse séparation. Puissent les Anglais ne pas laisser passer la vision sans lui donner l'attention qu'elle mérite; mais qu'ils aillent et qu'ils s'unissent à celui qui leur dira ce qu'ils doivent faire I »

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