‹ Mouley Ismaël, empereur du Maroc et la Princesse de Conti: lecture faite à LChapitre 1 sur 3 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

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Tiré à très petit nombre.

REPRODUCTIONS PHOTOTYPIQUES

^ 1 . La princesse de Conti, (Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale^ Registre Conti^ t. II).

'^ 2. Mouley Ismaël, Empereur du Maroo, (Collection Larmessin),

/ 3. Abdalla ben Aïcha, ambassadeur du Maroo, (Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale^ Becueil de GaignièreSy t. XII, f. 62).

^ 4. L'ambassade marocaine à Paris en 1699,(Ca6ine^(i{^? 6 j/ampesde la Bibliothèque nationale ^ Collection Hennin^ t. LXXUI, f. 24).

^ 5. Anne-Marie de Bourbon, princesse de Conti, {Collection Larmessin),

g 6. Fac-similé de la demande en mariage adressée par l'ambassadeur du Maroc au comte de Pontchartrain, (Archives des Araires étrangères, Consulat du Maroc),

Phololypie 'BerthuuJ, Paris.

Il est une étrange histoire dans les annales de la diplomatie française au pays des Barbaresques. Un fait absolument unique dans les anciennes relations entre les Princes chrétiens et musulmans, et longtemps considéré comme un conte des Mille et une nuits, n'a guère attiré jusqu'ici l'attention des esprits sérieux, tant son authenticité a paru invraisemblable. C'était dans la dernière année du XVIP siècle. Les courtisans de Versailles s'étaient fort égayés, disent les Mémoires du temps, d'un projet de mariage caressé par Ismaël, alors Empereur du Maroc, et des négociations qu'il avait entamées pour obtenir la main d'une fille de Louis XIV, la belle princesse de Conti. On se souvenait bien que, sous le règne de Charles IX, les Algériens nous avaient demandé un roi, et que, pour s'affranchir de la tyrannie des Turcs ^ ils s'étaient déclarés tout prêts à reconnaître le protectorat de la France. Mais qui pouvait concevoir que le farouche héritier des Chérifs voulût partager son trône avec l'une des descendantes du plus illustre des chrétiens d'alors ? Il était plus facile de rire de cette prétention que d'en mesurer la portée. D'ailleurs, la Cour négligeait, à ce moment, d'apprécier l'intérêt que pouvait avoir son influence poUtique au Maroc, et bientôt les projets matrimoniaux d'Ismaél passèrent au rang des légendes.

Il y avait cependant autre chose qu'une anecdote, dans les plaisants propos rapportés par les chroniqueurs. Sous la poussière des cartons des archives du Ministère des Affaires étrangères, nous avons pu retrouver un document incontestable : c'est la demande officielle faite au comte de Pontchartrain, Secrétaire d'Etat de la marine, de la princesse de Contipour le souverain de Mequinez II nous vint alors à Tespritde rechercher les causes secrètes d'une démarche aussi insolite. Poussé par cette curiosité que justifient, plus qu'on ne croit, les petits côtés de l'histoire, nous avons voulu voir de près ce potentat de la Mauritanie ébloui, fasciné par le soleil du grand roi, et connaître cette princesse confondue jusqu'ici parmi toutes les Précieuses qui encombraient le palais de Versailles. Avant de replacer ces deux personnages dans leur cadre, U convenait d'examiner ce qui avait pu les unir. Ce n'était point, au surplus, accomplir une tâche ingrate que de rappeler l'influence exercée par Louis XIV au Maroc, il y a deux siècles, et de montrer quels avantages la France était alors à même de conquérir sur ces côtes inhospitalières.

Le 27 mars 1672, mourait à Mequinez le frère et le prédécesseur du célèbre Ismael, Mouley Archid, l'un des quatre-vingtquatre enfants du Chérif Mouley Ali, roi de Tafllet. Le prince défunt, dont la vie tout entière s'était passée à guerroyer, avait jugé superflu d'entretenir de bonsrapportsaveclachreliente.il en fut, comme on va le voir, tout autrement d'Ismael. Peu après son avènement, il écoutait les conseils du consul de France à Salé, et manifestait le désir de renouer les relations de paix et de commerce existant autrefois entre son Empire et nos rois. Rien n'était moins solide^ en effet, que Tamitié promise dans les traités intervenus entre Français et Marocains. Les négociations d'alliance remontaient à 1533, époque où François l'" avait écrit au roi de Fez, Ahmed, pour lui recommander de protéger ses

sujets. Ce prince avait répondu en termes fort encourageants, et promis plus qu'on n'espérait de lui. « Nous vous prions, avait-il « dit, d*estre persuadé que tous nos ports seront aultant d'aziles « pour vos marchans, et qu'ils y trouveront toute la satisfaction « possible. Soyez convaincu que nos forces, tant par mer que par « terre, seront tousjours à vostre service ; faites-en l'espreuve, « et vous verrez que vos espérances ne resteront pas vaines* ». Un peu plus tard Henri III avait jugé bon d'établir un consul de France au Maroc ^ «non seulement, lisons-nous dans les « lettres patentes de 1577, pour la protection du commerce, « mais encore pour l'afiFranchissement des chrétiens retenus en « esclavage par les Maures «.Les troubles de la Ligue n'avaient pas complètement interrompu ces relations naissantes. Mais elles étaient bien précaires, car on a conservé la lettre qu'Henri IV écrivit « à son trt^s illustre prince et bon ami le roi deFez », le 21 février 1588*. Elle était quelque peu hautaine, et réclamait, en vertu des Capitulations, la mise en liberté de plusieurs marins de Provence, c^ Vous asseurons, disait le roi, que si nos dits subie jects sont gratifiés de vous en chose si raisonnable, nous « tesmoignerons au Grand Seigneur que nous vous en saurons « bon gré.»

11 faut convenir que, de notre côté, nous allions troubler aussi ce que les Barbaresques appelaient « la bonne intelligence ». En 1617,1e sieur de Castellane, agent de Louis XIII à Fez, devait être la cause de la captivité de tous ses compatriotes, pour avoir dérobé . des manuscrits arabes que lui avait confiés l'un des fils d'Al-Mansor. On ne manqua pas, en France, de désavouer un consul dont la délicatesse était si justement suspecte. Il est vrai que les Marocains ne tardèrent pas à prendre leur revanche. Un juif de leur pays, David Palache, vint à la cour de Louis XIII,

^ Archives des Affaires étrangères, Mém. et Doc. Maroc, t. I, f. 1.

* uuillauraeBérard, nommé consul à Fez et Maroc le 10 juin 1577. Voy. Instructions au sieur Bérard s*enaUant vers le roi du Maroc, 21 juillet 1577 (Archives des Affaires étrangères. Consulat du Maroc).

• Archives des Affaires étrangères. Consulat du Maroc.

se dit ambassadeur extraordinaire, exhiba des lettres de créance habilement falsifiées ; il fit signer un prétendu traita d'alliance entre les deux Puissances, se laissa combler de présents, puis s'en retourna chez lui, aux frais du roi, sans faire soupçonner un instant à quel mystificateur les Français avaient eu affaire *. Bientôt les armateurs de la Provence et du Languedoc n'osèrent plus s'aventurer auprès des côtes marocaines, tant ils avaient alors à redouter les habiles corsaires de Salé '. D fallut que Richelieu survînt, avec son génie, pour comprendre la Barbarie entière dans ses projets d'expansion coloniale. En effet, un an après la prise de la Rochelle, le cardinal confiait au commandeur de Razilly, premier capitaine de l'Amirauté de France, la mission d'aller imposer pour la première fois, au Maroc, le respect du pavillon fleurdelysé*.

C'était un heureux choix que celui du commandeur. Partisan très résolu de la politique de Richelieu, il n'avait pas hésité à engager la plus grosse part de sa fortune dans la Compagnie des cent associés, dont le but était d'exploiter les richesses de l'Acadie. Aussi, lorsque le cardinal s'entretint avec lui d'une expédition marocaine, il répondit bien vite à ce que Ton attendait de ses talents et de son zèle. Il fut autorisé à s'emparer de Mogador, et à « rechercher les moyens «les plus propres a faire respecter le droit des gens» dans toute la

* Voy. Un faux diplomate au XVII^ siècle, par Henri Stein (Paris, 1888).

' La République de Salé comptait alors 20,000 habitants. Les corsaires de cette ville n'avaient pas moins de cinq retraites sur les côtes du Maroc : Tahadar, près du cap Spartel, pour les navires au-dessus de 60 tonneaux, Tétouan, pour les bâtiments de moindre capacité, Azamor, La Gouloie et Salé. En 1681, ils possédaient dix vaisseaux de guerre de 6 à 18 canons, et six galères. Voy. Mémoire touchant les forces des corsaires de Salé et la manière de les détruire (Archives des Affaires étrangères, Mém. et Doc, Maroc, t. Il, f. 94).

' Voy. Instruction que le roi veut être donnée au ch^ de liazilly pour le voyage quHl va faire au Maroc, afin dy retirer les Français esclaves en ces parties et achever le traité, — et Relation du voyage du ckf de Razilly aux côtes de Barbarie, 25 nov. 1629, (Archives des Affaires étrangères, Mém. et Doc., Maroc, t. Il, fo8 4 et 48, et t. III, fo 10). — Voy. aussi Voyages d'Afrique faits par le commandement du roi par Jean Armand dit Mustapha, turc de nation (Paris, 1631), récit de l'expédition du ch"^ de Razilly, — et Isaac de Razilly, par Léon Deschamps (Paris, 1887).

région tingitane. L'entreprise était difficile ; il dut la reprendre trois fois. La présence de la flotte française dans les eaux de Salé, au mois cTaoût 1629, avait d'abord intimidé les habitants,qui avaient proposé une trêve. Quand il fallut la conclure, le mauvais temps força l'escadre à s'éloigner de la côte. Après sa seconde campagne, au mois de juillet 1630, Razilly put dicter la paix à la République de Salé * . Six cent trente-sept chrétiens, dont trois cent quatre Français, recouvrèrent la liberté. Mais le commandeur de Malte voulait un traité ferme et stable avec l'Empereur du Maroc ; il n'obtint que deux mois après, le 28 septembre, un armistice de deux ans '. Il fallut un nouveau voyage, en 1631, pour décider Mouley El-Gualid à se rendre. Le traité du 17 septembre, qui fixa les conditions de cette paix définitive, fut le premier acte diplomatique que noiis retrouvons dans l'histoire des relations de la France avec l'Empire marocain '.

Pendant trente- cinq ans Ton vécut, de part et d'autre, en assez bonne intelligence, puis T attention des ministres de France fut éveillée tout à coup par les agissements de la diplomatie anglaise. Il faut se souvenir ici que la ville de Tanger, arrachée depuis longtemps au patrimoine des Chérifs pendant les expéditions d'Alphonse V, venait d'être donnée en 1662 au roi d'Angleterre, Charles II, pour la dot de Catherine, sa femme, infante de Portugal. On vit bientôt, à la Cour de Versailles, qu'il importait de balancer dans cette contrée d'Afrique l'influence de nos ennemis. A Tunis comme à Alger, les consuls se plaignaient déjà d'avoir à lutter chaque jour contre les prodigalités et contre les intrigues de leurs collègues britanniques. Aussi, pour maintenir les effets de Talliance péniblement con-

* Articles et Capitulations aven cetix de Salé, le 3 septembre i630,entre le ch^ de Razilly, chef d'escadre des vaisseaux du roi, et Duchalardy gouverneur de Cor douan, vice-amiral de la flotte, d* une part, et Akmet benAUBexel et Abdalla ben AliCaleris, capitaines et gouverneurs de Salé {Affaires étrangères, Mém, et Doc., Maroc, t. II, fo 50).

* Voy. le traité du 28 septembre 4630 {Archives des Affaires étrangères, Mém, et Doc,, Maroc, t. Il, fo 57).

* Voy. le traité du 47 septembre 1631 {Archives des Affaires étrangères, Mém, et Doc.,Maroe, t. II, fo 54).

tractée par les soins de Razilly, RicheKeu crut-il nécessaire de favoriser au Maroc une compagnie de commerce à charte privilégiée. C'était, on Ta démontré, le meilleur instrument dont la royauté disposât, à cette époque, soit pour exploiter des comptoirs soit pour fonder des colonies. ^ Les Concessions dites du Bastion de France^ dans la province de Constantine, et du Cap- Nègre^ en Tunisie, avaient déjà servi merveilleusement les vues du grand cardinal sur la politique africaine. Deux négociants de Marseille, Michel et Roland Fréjus, furent alors envoyés près du sultan de Mequinez avec des lettres de créance '. Le voyage qu'ils accomplirent en 1666 ne semble pas, toutefois, avoir porté les fruits qu'on en espérait à Versailles. Soit que l'Empereur Mouley Archid, selon le caractère et les usages des Maures, ait eu la ferme volonté de ne pas tenii> sa parole, et se soit contenté d'adresser aux marchands chrétiens des encouragements flatteurs, soit que la cour de France n'ait pas suffisamment secondé les efforts des frères Fréjus, il n'en faut pas moins constater l'échec de cette tentative. Comme on le voit, les rapports officiels entre la France et la Mauritanie avaient déjà souffert des sourdes menées des Anglais. Ils étaient pour ainsi dire nuls, au moment où Mouley Archid, après des excès de table, se fracassa la tête en tombant de cheval et laissa le pouvoir à son frère Ismaël.

Le prince dont nous avons désormais à nous occuper, et que la fortune éclatante de Louis XIV attira d'une manière aussi étrange qu'imprévue, a laissé aux voyageurs et aux agents chrétiens qui l'approchèrent de déplorables souvenirs.

1 Voy. Lei grandes compagnies de comwerce,par Pierre Bonnassieui (Paris,! 892), p. 477 et suiv.

* Voy. Relation du voyage de Roland Fréjus en Mauritanie, fait par ordre du roi (Paris 1670), et en particulier les lettres de Roland Fréjus à Mouley Archid, p. 33 et 177, — de Mouley Archid à Rolapd Fréjus, p. 42, — de Louis XIV à Mouley Archid, p. 184, — et de Mouley Archid à Louis XIV, p. 237.

Quand il monta sur le trône du Maroc, il avait à peine vingtneuf ans. « Son teint, nous dit Estelle, ancien agent consu- « laii*e*, était fort basané lorsqu'il était de bonne humeur, et « devenait subitement noir au premier mouvement de colère. « Son corps était assez maigre, sa barbe noire, son nez petit « et aquilin, ses yeux bruns remplis de feu. D était vif et hardi « autant qu'un homme peut Têtre, mais avare et cruel plus qu'on « ne saurait dire. Cette avidité, ajoute-t-il, lui faisait commettre « des cruautés inouies. Il n'avait pas de repos qu'il n'ait dépouillé « le Maure soupçonné d'avoir quelque argent. Quant à sa « cruauté, elle n'était satisfaite que, lorsque les mains teintes du « sang de ses sujets, il avait fait lui-même et selon ses caprices « Toffice de bourreau. Son esprit était pénétrant ; sans son insa- « tiable avarice, on aurait eu plaisir à traiter d'affaires avec lui. « Mais devant son orgueil et son souci perpétuel des richesses, « on ne peut rien en espérer de bon. 11 est sans parole et sans « honneur, mettant tout en usage pour attraper des présents des « princes de chrétienté, sous prétexte de leur faire des propo- « sitions de paix. » On peut, dit encore Estelle, affirmer qu'il a trompé de cette manière presque tous les princes de l'Europe. Pidou de Saint-Olon, qui a publié le récit de son ambassade au Maroc en 1693, dit qu'il était t actif, infatigable et « fort adroit à tous les jeux ; qu'il était plus soucieux de se faire « craindre que de se faire aimer, mais qu'il avait un orgueil « sans exemple chez ses pareils ».

A ces portraits peu flatteurs, ajoutons quelques détails qui ne contribueront guère à rendre sympathique ce prétendu descendant de Fatime; fille de Mahomet. Le P. Busnot, de l'Ordre de la Trinité dit des Mathurins, raconte que Mouley Ismaël ne sortait jamais sans se couvrir le visage d'un mouchoir au-dessous des yeux*. Il portait d'ordinaire une chemise à larges manches,

* Voy. les mémoires inédits et fort curieux d'Estelle, consul de France à Salé (Archives des Affaires étrangères, Mém et. Doc., Maroc, t. II, fo 187 et suiv,, t. III, fo 153,— et Archives de la Marine, Levant et Barbarie, B"^, 220).

\ Histoire du règne de Mouley Ismaêl, p. 35.

laissant sortir les jambes et les bras nus, un caftan de couleur voyante, et le burnous orJinaire des Arabes. Quand il mettait une veste jaune, e était du plus mauvais présage ; il était rare que la journée passât sans de sanglantes exécutions. C est que son gouvernement était des plus despotiques. Maître absolu de la vie comme des biens de ses sujets, il croyait avoir le droit de les tuer pour son »eul plaisir. Veut-on connaître un de ses passetemps favoris ? n s'amusait à faire instantanément trois choses : monter à cheval, tirer son sabre, et trancher la tête de l'esclave qui lui tendait Tétrier*. C'était là-bas le comble de l'adresse. Aussi tous les chrétiens retenus en esclavage tremblaient-ils de peur à sa vue. Pour les Maures qu'il menaçait continuellement d'immoler, ils avaient un avantage, ou, pour mieux dire, une consolation : cette main meurtrière pouvait les envoyer directement au Paradis de Mahomet, où les attendaient^ croyaient-ils, leurs soixante-dix femmes légitimes.

Une des grandes distractions du sultan barbaresque était aussi de faire combattre des captifs européens avec les bétes sauvages qui composaient sa ménagerie'. Un jour, c'était son ministre auquel il fracassait le bras d'un coup de pistolet, et qu'il faisait traîner dans les rues de la ville, cousu dans une peau de bœuf. Une autre fois, cétait l'ainé de ses fils, Mahamet, accusé d'avoir conspiré^ qui subissait sous ses yeux l'amputation d'une main et d'un pied. Plus tard, Mouley Zidan, un autre de ses fils, pour avoir vofulu prétendre à son tour au pouvoir suprême, était par son ordre étouffé entre deux matelas *.

Inutile d'ajouter que notre personnage réussissait à merveille à se rendre terrible pour tout son entourage. Bien imprudents

Voy. Bùtoin de VEmpirt in Cherifs en Âfrifta (Paris, 1733), p. 182.

* Voy. Tbistoire de Bernard Bausset, dWubagne, qui fut exposé entre quatone lions en 1681 {Relation de Ut eaptitnti dm stewr Minnite^ p. 93).

' Voy. sur TexécutioD de TAIcaîd Melek, et sur les morts tragiques de Mouley Mahamet et de Mouley Zidan, THù/oire du règne de M<mUy Ismeâly par le P. Bosnot, déjà cité, p. 63. — Ismaël mourut le 22 mars 1727, après 54 ans de règne. Yoy. à ce sujet Histoire des rétotutions de tEmpire dm Maroc etprés la wkort de Momley Isauiêl (Amsterdam, 1731), p. 6, — et Redmrd^es kistortques smr les Mamrts^ par Cbénier (Paris 1787), t. III, p. 419.

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étaient ceux qui osaient s'adresser à lui. Un jour, ses gouverneurs lui ayant demandé quelques subsides pour payer les soldats : « Je savais bien, leur dit-il, que vous étiez de pire condi- « tion que les bêtes. Voyez-vous les chiens, les chameaux et « tous les animaux de mon Empire me demander quelque chose « pour leur nourriture ? Ils la trouvent sans m 'importuner. Faite tes-en de même. Dieu grand et miséricordieux aura soin de « vous, et notre grand Prophète vous payera dans Tautre monde « beaucoup mieux que je ne saurais faire. » Cependant le trésor impérial était alors estimé à cinquante milhons d'écus d'or, indépendamment d'un grand nombre de joyaux de prix ! Pas un chrétien, selon la Relation de Saint-Olon, n'arrivait à Mequinez et n'obtenait une audience avant d'avoir répondu aux trois questions de rinterprète : Qui êtes-vous ? Que demandez-vous ? Qu'apporlez-vous ?

La religion dlsmaël était pleine d'hypocrisie. D observait en public toutes les cérémonies du culte musulman avec une scrupuleuse exactitude ; il n'omettait ni les prières, ni les purifications, ni les jeûnes du Ramadan, tout en laissant dominer les pires instincts de sa nature. Dans ses promenades à travers ses jardins, on portait devant lui le livre du Coran, qu'il faisait considérer comme la règle de sa conduite. A tout instant, il arrêtait son cheval, afin d'embrasser la terre, et, dans ses plus grandes fureurs, il avait à la bouche le nom du Dieu très doux et très clément. Il est vrai d'ajouter qu'il menait une vie frugale. Ses repas se composaient uniformément de riz et de pigeons servis par terre, sur un morceau de cuir, dans un plat de terre ou dç bois, L'usage de couteaux, de fourchettes était chose inconnue pour lui. Ne pouvant pas boire de vin, il se composait 'ui-même une boisson avec de l'opium, des clous de girofle et des muscades. Il fallait voir avec quels aveux misérables ce pharisien d'Afrique se vantait de faire pénitence, et s'humiliait en disant qu'il descendait d'Ismaël, fils d'Agar, cette infortunée servante qu'Abraham avait répudiée dans les déserts de Lybie, quand elle eut cessé de lui plaire !

Sa principale occupation était de faire construire, puis démolir, des palais par ses esclaves. Celui qu'il habitait de préférence à Mequinez, et qu'on appelait l'Alcazar, était d'une grande étendue*. Son enceinte était formée de murailles crénelées ; ses portes étaient enrichies de superbes colonnes de marbre. A rintérieur, on ne comptait pas moins de quarante-cinq maisons, ainsi que deux belles mosquées. A peine entré, le visiteur trouvait des galeries couvertes donnant accès sur des cours ornées de fontaines et entourées de colonnades. Les murs de ces galeries, comme ceux des appartements, étaient garnis de mosaïques et d'inscriptions à la mauresque, relatant les principaux faits d'armes de la dynastie impériale. Le sol était recouvert de céramiques aux couleurs éclatantes ; tous les toits étaient en tuiles vertes. Dans de vastes jardins, arrosés de ruisseaux serpentant à l'infini, poussaient en toute saison des fleurs, des fruits, des arbres aux essences parfumées. Mais on pouvait en vain chercher à reconnaître un plan d'ensemble, la fantaisie d'Ismaël variantt^ d'une manière aussi prompte qu'incohérejite. A peine un édifice était-il terminé que les pauvres captifs employés à ces travaux devaient s'attendre à le jeter à terre. Un chef d'Etat, disait l'Empereur, avait l'obligation d'occuper ses sujets sans repos ni trêve, pour ne pas leur laisser le temps de conspirer. C'est ainsi qu'il employait tous ses loisirs, un bâton à la main, frappant les uns, injuriant les autres, n'ayant pour tous que des paroles méprisantes et grossières auxquelles il fallait répondre, sous peine de mort : Anama^ sidi, tu dis bien, seigneur '.

4 Le palais de Mequinez a été décrit eo détails par Mouette {Histoire des conquêtes de Mouley Archid, roi de Tafilet, et de Mouley Ismeiêl, son frère, Paris, 1683, p. 443), — par le P. Busnot {Relation de ce qui s^est passé dans les trois voyages que les religieux de N.-D, de la Merci ont faits dans les États du roi de Maroc pour la rédemption des captifs en 1704, 1708 et 1712 Paris, 1724, p., 69), — par Chénier (Recherches historiques sur les Maures, Paris, t. III, p. 395), — et par le consul Estelle (Archives des Affaires étrangères, Mém. et Doc. Maroc, t. Ill, f. 153).

" C'est lui qui, le premier, pour garantir sa propre sécurité, s'entoura d'une légion de nègres tirés du Soudan ; cette troupe devint plus tard la garde de ses successeurs.

Parfois, son front se déridait à la vue de ses fils qu'il laissait jouer sous les portiques. Il les élevait d'aUleurs d'une façon pitoyable, chacun d'eux n ayant pour tout maître qu'un nègre chargé de le porter sur ses épaules jusqu'à six ans. A partir de cet âge, ces fils de Chérifs n'avaient, . comme dotation, qu'un noir, un cheval, une lance et un fusil. Tout au plus leur mère avait-elle le droit de leur apprendre à lire *. Ismaêl en comptait pour ainsi dire autant que de femmes dans son sérail. Quant à ces malheureuses, elles n'étaient guère mieux traitées que les autres sujets de l'Empire marocain. Tantôt leur souverain maître les faisait fouetter avec des courroiea de cuir 5 tantôt il leur donnait lui-même la bastonnade ou commandait qu'on les étranglât sans pitié pour une peccadille, notamment pour avoir détaché, par gourmandise, un fruit des innombrables orangers de l'Alcazar.

Elles auraient eu, comme leurs enfants, un sort beaucoup plus heureux, si l'Empereur les avait aimées autant qu'il aimait ses chevaux. Accoutumé, en effet, à traiter les humains en bêtes, il regardait les bêtes comme des humains. Aussi n'épargnait-il rien pour embellir ses écuries. C'était assurément ce que l'on pouvait voir de plus somptueux à Mequinez. EUes consistaient en deux rangées d'arcades, formant des galeries parallèles de trois quarts de lieues de longueur, et séparées seulement par un canal d'eau courante. Des abreuvoirs de marbre étaient aménagés de distance en distance ; six cents chevaux y étaient à l'aise, et Ismaël les visitait avec soin tous les jours. Ceux de ces animaux qui avaient été à La Mecque étaient gardés comme des reliques, et jouissaient d'un privilège d'exterritorialité. C'est ainsi que les esclaves poursuivis et menacés de la colère du Chérif pouvaient, en se hissant sur ces montures vénérables, invoquer le droit d'asile ".

Nous n'avons ni le temps ni la volonté d'insister sur les pas-

* Voy. la Relation de Saint-Ohn, p. 67.

« Yoy. Histoire du règne de Mouley Ismaël, roi de Maroc, Fez, Tafilet, Suz,

etc., par le P« Busnot (Rouen, i^^^)» P* 35,

sions brutales qui dominaient le sultan du Maroc. D ne faut pas ToubUer, il importe de le juger à un tout autre point de vue. Quand il eut affermi son pouvoir sur les cinq royaumes des Algarves, du Maroc, de Fez, de Suz et de Tafilet, fait disparaître ses compétiteurs, chassé les Espagnols de Larrache et de La Mamore, et repris Tanger aux Anglais qui l'avaient occupée pendant vingt-deux années, Ismaêl n'eut plus qu'un désir, celui de se glorifier d'une alliance avec Louis XIV. c L'Empereur « d'Allemagne, disait-il, n'était que le compagnon de ses Élec- « teurs, le roi d'Angleterre Tesclave de son Parlement, le roi (( d'Espagne un enfant soumis à des femmes. L'Empereur de « France était le seul monarque qui sût régner comme lui. « Il se sentait comme humilié de ne pas entretenir des relations amicales avec celui qu'on appelait, dans les Etats barbaresques, « le plus grand des potentats de la religion de Jésus », avec un souverain qui passait pour invincible, et dont la fortune semblait défier dans toute l'Europe les plus orgueilleux ennemis.

On n'avait pas à chercher loin pour trouver le prétexte d'un rapprochement. Le consul de France à Salé n'avait-il pas sous les yeux, tous les jours, le spectacle lamentable de ses compatriotes condamnés, par les hasards d'une imprudente navigation, à la plus dure des servitudes ? Depuis longtemps il parlait, sans succès, de négocier l'échange et le rachat des esclaves. Ah ! c'est que rien n'était plus complexe, plus déUcat, plus difficile que de traiter cette question des captifs à la cour de Mequinez. Dans les régences d'Alger et de Tunis, elle avait déjà fait l'objet de longues querelles. Mais il faut convenir que, dans ces deux pays, les dépouilles des corsaires appartenaient à des particuliers, avec lesquels on pouvait parlementera son aise. Dans les domaines du Maroc, au contraire, tous les chrétiens capturés étaient livrés moyennant deux cent cinquante livres à l'Empereur, difficilement accessible et peu soucieux, dans tous les cas, d'abandonner sa marchandise humaine \ Il suffit de parcourir les rela-

* La rançon des esclaves français était en général de six cents piastres par tête, celle des Portugais de sept cents piastres, celle des Espagnols de mille piastres.

tions de voyages des Pères de TOrdre de la Trinité et de celui de la Merci pour juger des labeurs, des avanies qu'entraînaient les charitables démarches des missionnaires. Nul ne peut lire, d'ailleurs, ces récits sans frémir, quand ils montrent les esclaves succombant de faim et de fatigues, rompus sous les coups de leur maître, supportant les travaux les plus rudes durant tout le jour, gitant la nuit dans des lieux souterrains, sans vêtements, sans litière et sans air * !

Il se trouva qu'au moment où le consul Prat " essayait de circonvenir Ismaël, et faisait valoir près de lui les avantages d^un échange de prisonniers, une escadre, commandée par le chevalier de Chateaurenaud ^ vint croiser devant Salé. On était au miUeu de juillet 1681. L'envoyé de Louis XIV était chargé de renouveler le traité de Razilly, et de convenir d'un échange des captifs des deux pays. Rien ne pouvait davantage servir les vues du seigneur barbaresque, ni mieux flatter sa vanité. Quelle occasion meilleure pouvait-il espérer, pour traiter d'égal à égal avec le grand Empereur de France ? Aussi, loin de consentir à négocier avec Chateaurenaud, il s'eimpressa d'éconduire ce lieutenant général et de lui opposer d'autres articles de paix, en promettant d'envoyer des ambassadeurs à Versailles. Cette habile diversion allait être le prélude d'un double chassé-croisé d'envoyés extraordinaires de la part de Louis XIV et de Mouley Ismaël.

On aimait peu les délégués musulmans à la Cour de France. Le souvenir de Suleyman-Agha, envoyé du Grand Seigneur en

* Voy. Relation de la captivité du sieur Mouette, p. 61, 81, 101, 116 et 121, — Histoire de la Barbarie et de ses corsaires, par le P. Dan, p. 386 et suiv., — Relation de ce qui s'est passé dans les trois voyages que firent les Pères de la Merci dans le Maroc, par le P. Busnot, p. 4 et 99, — Histoire du règne de Mouley Ismaël, par le P. Busnot, p. 153, — Histoire des États barbaresques qui exercent la piraterie, p. 277, — Les illustres captifs, par le P. Dan, — Histoire d'un esclave qui a été quatre ans dans les prisons de Salé, par Galonye (Paris, 1670).

« Voy. les mémoires sur le commerce de la Mauritanie, par Prat (Krchives des Affaires étrangères, Mém, et Doc. Maroc, t. II, f. 27).

' Lieutenant général du port de Brest,

1669, pour lequel Lionne, Molière et Arvieux s'étaient tant mis en frais, sans qu'il en résultât autre chose qu'une déconvenue*, ne plaidait guère en faveur des diplomates marocains. Des membres du Divan d'Alger et de Tunis s'étaient déjà montrés chez nous, et leur duplicité n'avait pas moins déplu que leurs usages. Toutefois, c'était chose nouvelle que la vue de seigneurs mauresques venant d un pays plus fermé que tous les autres aux voyageurs. Et puis le sort des captifs qui gémissaient à Mequinez imposait tout au moins le devoir d'écouter les propositions de leur maître.

Nous ne nous sommes pas proposé de raconter ici tout ce qui se passa à la Cour de France, pendant la première ambassade de Hadji Mehemed Thumin'. Qu'il suffise de savoir que ce personnage apporta, en 1681, une lettre fort gracieuse de l'Empereur Ismaël à Louis XIV ', et qu'il signa, de concert avec Colbert et Seignelay, un projet de traité valable pendant six ans *. Rappelons aussi les missions que remplirent à leur tour, mais sans aucun succès, auprès du souverain du Maroc, le baron de Saint- Amans en 1683* et Pidou de Saint-Olon en 1693', pour faire ratifier ce traité et le rendre perpétuel. Un

* Voy. Molière et le cérémonial turc à la cour de Louis XIV, par Albert Vandal (Revue d'histoire diplomatique, 1888, no 3) .

* Débarqué à Brest le 16 novembre 1681 avec Gassoun Manino, frère du gouverneur de Salé, et six personnes de qualité. Il vendit à Marseille les présents du roi pour ne pas être dépouillé dans son pays. Voy. sur cette ambassade les Archives des Affaires étrangères, Mém. et Doc, Maroc, t. JII, f. 23 et suiv., — Relation de la captivité du sieur Mouette, p. 342, — et Relation universelle de l* Afrique ancienne et moderne, par Pétis de la Croix (Lyon, 1688), t. I, p. 426.

* Datée du 2 juin 1681 {Archives des Affaires étrangères. Consulat du Maroc),

* Daté du 29 janvier 4682.

* Voy. le récit détaillé de cette mission, et notamment V Instruction que le rot veut être donnée au sieur baron de Saint- Amam, 3 juin 1682, — la lettre de Louis XIV à l'Empereur du Maroc, portant la môme date, et la réponse de l'Empereur Ismaël à Louis XIV, 14 décembre 1682 (Archives des Affaires étrangères, Mém, et Doc. Maroc, t. III, f. 44 et suiv., et Consulat du Maroc), — Voyages du baron de Saint-Amans (Lyon, 1696), — et Relation universelle de l'Afrique, par Pétis de la Croix, 1. 1, p. 436.

^ Voy. sur lambassade de Pidou de Saint-Olon VInstruction que le roi veut être remtseau sieur de 5a^n^0ion,i9 janvier 4693,— jlfémofre de Jean-Baptiste Estelle sur ce qui s* est passé à Tétouan depuis V arrivée de l'ambassadeur en ce pays du

malentendu relatif au prix des esclaves, malentendu qu'entreteniaient savamment, il faut Tavouer, les intendants des galères pour ne pas dégarnir leurs chiourmes*, avait causé Téchec de ces deux négociateurs. Mais Louis XIV et Ismaël, — et c'est ce qu'il importe de considérer avant d*entrer dans les détails de la fameuse ambassade de 1699, — désiraient tous les deux signer ce traité de paix. Le premier recherchait une alliance avec le Maroc pour détruire les Algériens et faire agir sur leur frontière. Le second s'inspirait des suggestions de son orgueil et de la raison d'État ; il attendait de nous, sans oser encore en parler, des secours d'hommes et d'argent pour assiéger Ceuta et en chasser les Espagnols. Sans cesse il rappelait, au sujet de cette place, ce que disait le Dey d'Alger aux Français de La Calle et du Bastion de France : « J'ai déjà une dent pourrie dans la mà- « choire (Oran), et je ne puis laisser gâter les autres. » Aussi, lorsqu'en 1698 le Congrès de Ryswick eut sanctionné dans toute r Europe la fortune du roi très chrétien, Ismaël ne put -il résister à l'envie d'envoyer un nouveau député à l'Empereur de France.

Celui qu'il désigna pour accomplir ce voyage était l'un des plus importants fonctionnaires de son Empire, Abdallaben Aïcha.* La lettre de créance de cet ambassadeur est datée du 27 septembre 1698 ; le style en est assez étrange, et Ton nous permettra d'en rapporter ici les passages les plus saillants':

3 mai au 16 août 1693,— Journal manuscrit de Saint Olon, relatif à son voyage au Maroc, — la lettre de Louis XIV à l'Empereur du Maroc, i4 janvier 1693, — et laréponse de l'Empereur Ismaël à Louis XIV,48 août iQ9Z(Archives des Affaires étrangères, Mém, et Doc. Maroc, t. II, f. 177 et 181, t. 111, f. 48, 86 et 99, et Consulat du Maroc). — Voy. aussi Relation de VEmpire du Maroc, par Pidou de SaintOlon (Paris, 1695), p. 15;5,— et Le Maroc et ses corawiw^*, par Thomassy, (Paris, 1845), p. 139etsuiv.

* On lit dans les Instructions du baron de Saint-Amans, du 3 juin 1682, qu'il devait « s'informer du nombre des Français retenus en captivité au Maroc, mais se servir de toute l'adresse dont il était susceptible pour éviter de répondre sur le compte des esclaves employés aux galères de France •. L'Intendance de Marseille s'opposait presque toujours à la visite des galères et à l'interrogatoire des Forçats. Brodard faisait môme cacher ces derniers, en 1683, dans les salles de rhôpital, pendant le séjour de l'ambassadeur Hadji Mebemed Thumin.

» Mercure galant, février 1699, p. 215.

* Archives des Affaires étrangères, Comulat du Maroc.

a Au plus grand des Rois etdes Princes chrétiens d'Europe, le Monarque de la nation française, le souverain Seigneur et maître des actions et des volontés de ses pewples, le roi Louis XIV. — Que Dieu donne le salut à ceux qui suivent le bon chemin et qui évitent celui de l'iniquité 1 —

Au nom du Dieu clément et miséricordieux auquel nous demandons secours î

Cette lettre est de la part du serviteur de Dieu, TÉmir-el-Moumenin, le Prince des vrais croyants, qui combat dans la voie du Seigneur de ce monde et de l'autre, le descendant de la haute tribu d*Hachem, fils •du Chérif de la lignée d'Hassan. — Que Dieu donne un heureux succès à ses entreprises, et rende ses troupes victorieuses! —

Nous envoyons vers V. M. I., en qualité d'ambassadeur et plénipotentiaire de notre haute majesté, notre très cher amiral de nos mers, Abdalla ben Aïcha. Bien qu'il soit connu seulement en cette qualité, il jouit auprès de nous d'une bien plus haute faveur et d'une bien plus singulière dignité. C'est pourquoi vous ne pouvez manquer de le traiter suivant son mérite, et de lui faire des honneurs conformes à son rang. Nous approuvons tout ce dont vous conviendrez avec lui, tout ce que vous arrêterez ensemble d'articles de traité au sujet des esclaves et aussi des autres affaires qui nous concernent. Nous lui avons donné sur cela de pleins pouvoirs, promettant de confirmer ce qu'il aura convenu et de le mettre à entière exécution, par la force et puissance de Dieu... Nous, vous écrivons cette lettre plein de confiance, puisqu'il est certain que V. M. I. est supérieure aux autres et y a plus droit qu'aucun prince, à ^ause de l'ancienne et ferme amitié que vous avez a^ec l'Empereur de Constantinople, qui est le roi des rois mahométans. Il connaît notre puissance et notre dignité, et il nous honore de son amitié. Nous l'aimons aussi, nous le vénérons et nous avons pour lui des égards, des respects et des obligations que nous n'avons pas pour d'autres, à cause que c'est lui qui a le soin du service des deux Villes augustes et sacrées. Prenez donc une bonne résolution de contracter amitié avec nous. Il s'en suivra une infinité de biens et elle sera, s'il plaît à Dieu, éternelle. A l'égard de notre officier général, je prie V. M.I. qu'il ne revienne à notre cour sinon content et satisfait...»

La missive était revêtue du sceau de Mouley Ismaël, qui ren-

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