‹ Mouley Ismaël, empereur du Maroc et la Princesse de Conti: lecture faite à LChapitre 2 sur 3 · ABDALLA BEN AICHA · texte numérisé non relu

ABDALLA BEN AICHA

Ambassadeur du Maroc

fermait cette pieuse devise : Dieu veut sur toutes choses vous nettoyer de vos souillures, 6 prince du sang du Prophète y et vous purifier.

Les archives du Ministère des Affaires étrangères conservent tous les documents relatifs à la mission de Ben Aïcha. C'est ainsi que nous pouvons suivre, pour ainsi dire au jour le jour, les faits et gestes de ce personnage. Le 11 novembre 1698 on le voit débarquer à Brest, où Ta conduit, sur le vaisseau Le Favori^ un officier de l'escadre de Chàteaurenaud.* Sa suite est composée de deux secrétaires, Ahmed Soussin, docteur de la Loi, Mahamet Touziris, capitaine de vaisseau,' et de quinze domestiques. Mentionnons aussi le sieur Fabre, un marchand provençal que l'ambassadeur a voulu s'adjoindre, au départ, pour lui servir d'interprète. Il est logé dans la maison du roi, chez l'intendant de la marine. Pontchartrain a recommandé à cet officier de veiller à ce que Ben Aïcha « ne gaste pas les meubles ». Torcy, son collègue, a de plus envoyé à Brest, pour les premiers pourparlers, le diplomate Saint-Olon, Pétis de la Croix, secrétaire-interprète du roi, Clairambault, premier commis de la marine, Estelle, notre consul au Maroc, qui a pu devancer, par la voie de Marseille, le représentant dlsmaël, enfin l'agent Trancart, chargé de subvenir aux dépenses de la mission. Ordre a été donné à ce dernier de procéder avec économie. « Je sais, lui écrit le ministre, que la « dépense ne peut être bien considérable, de la manière dont vit « Ben Aïcha, mais il faut prendre garde que les gens de sa suite « ne se fassent rien donner de superflu et ne causent aucun dégast. » A quoi le traitant répond « que la dépense sera forcément assez « grosse, la corde de bois valant quatfe livres en 1681 et dix en « 1699,les autres denrées à proportion». Les bagages sont considérables ; indépendamment de ses bardes, l'envoyé du Maroc apporte pour son usage quinze cents livres de dattes et de couscoussou, farine de son pays qui sert à préparer le plat favori des Maures.

* M. de Champmeslin.

* Leurs portraits authentiques figurent dans le Recueil de Gaigniêres, t. XII, fo8 63 et ($4 {Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale).

Comme ces provisions coûtent plus cher à voiturer par terre que par eau, on les a fait embarquer sur une tartane qui passera par le Havre et remontera le cours de la Seine.

Pendant que les commissaires de la Cour de France s'efforcent vainement de prendre connaissance des pouvoirs de BenAïcha, qui ne consent à les montrer qu'en présence de Louis XlV^on fait à Brest un chaleureux accueil au diplomate africain. Cinquante personnes montent la garde, jour et nuit, devant sa porte. Le procureur du parlement, M. de la Bédoyère, l'intendant de Bretagne, M. de Nointel, le commandant de la place, M. de Molac, se disputent l'honneur de Tavoir, de lui offrir à souper, de le mener à la comédie. En répondant aux compliments des Echevins, l'ambassadeur a tenu à leur adresser ce discours :

c Je viens, Messieurs, de la part du plus grand Empereur d'Afrique, c demander l'amitié du plus grand Empereur d'Europe. Cet heureux c lien doit être également désiré par les sujets de l'un et de l'autre « prince, et ils sont réciproquement obligés de faire leurs efforts pour c en étreindre les nœuds. Oui, Messieurs, cette amitié doit être le fon- « dément d'une paix indissoluble. C'est elle qui procurera le repos et « la tranquillité aux peuples après une si longue guerre. C'est elle qui f donnera aux marchands la sûreté de leur commerce par terre et « par mer ; c'est elle qui fera paître la gazelle avec le lion sans crainte « d'en être dévorée ; c'est elle qui rendra les Maures Français et les c Français Maures, qui du pommier de rEnfer,symbole de la guerre, en « doit faire l'olivier du Paradis, symbolede la paix; qui métamorphoc sera la coloquinte de la haine en doux nectar d'amour. C'est elle,enfin, e qui brisera les fers insupportables de tant de pauvres sujets qui gée missent dans l'esclavage. Combien de fruits nous promet cet arbre e de bénédiction ! C'est aassi, Messieurs^ l'objet de ma mission, pour « l'heureux succès de laquelle vous devez joindre vos vœux aux

1 Lettre de Saint-Olon au Secrétaire d'État de la marine, 22 décembre 1698 (Archives des Affaires étrangères, Conoulat du Maroc), Le ministre avait répondu que Ben Aïcha serait aussitôt renvoyé tout seul et sans présents dans son pays, si ses pouvoirs n'étaient pas reconnus en règle. Voy Mercure galantyîévrier 1699, p. 229.

ff miens, puisque son accomplissement doit causer une joie récif proque *. »

Le voyage de Brest à Paris va bientôt devenir une marche triomphale. La mission marocaine, en effet, se met en route le 12 janvier, et partout, sur son passage, elle est fêtée et choyée. Les uns vont en chaise de poste, les autres à cheval ou en charrette. Un agent de la prévôté et un archer du port de Brest s'occupent en chemin des victuailles, vont s*entendre d'avance avec les cabaretiers, et ce sont pour nos Musulmans des témoignages de respect, des manifestations de sympathie dont on ne peut donner ici qu'une idée fort incomplète. Les populations des villages se pressent sur leur passage, les fonctionnaires et la maréchaussée vont leur ouvrir les portes des cités qu'ils traversent, la bourgeoisie les reçoit sous les armes. Leur arrivée à Rennes est saluée au bruit du canon. L'envoyé extraordinaire va loger chez M. de Lavardin, où viennent le haranguer les Échevins. C'est à qui lui offrira des boites de confitures et des bouteilles de vin d'Espagne. A Nantes, à Saumur, à Angers, même entrée solennelle, même réception enthousiaste.' A Orléans,

* Mercure galant, février 1699, p. 241. — Voy. aussi le discours de Ben Aïcha au Sénéchal de Saumur, p. 244.

> Harangue du maire de Brest à l'ambassadeur du Maroc : « Monseigneur, Il « ne manquait au triomphe que notre invincible monarque a remporté sur ses a ennemis que la gloire de voir le plus grand prince de l'Afrique rechercher « son amitié, et s'il est assez heureux pour nous faire goûter, les délices d'une « paix profonde, en préférant à sa propre gloire le plaisir de soulager ses en- « nemis vaincus, nous ayons encore l'espoir de voir bientôt réunis par un très « agréable lien le plus grand roi de l'Afrique et le plus grand roi de Punivers. « Le choix que Sa Majesté de Maroc a fait de Votre Excellence,pour manier une « affaire si importante et si glorieuse, nous marque assez l'estime particulière « qu'il fait de votre personne et de votre mérite, et nous fait espérer un bonheur « que nous souhaitons avec autant d'ardeur que nous sommes avec respect vos « très humbles et très obéissants serviteurs. »

Voici la réponse de l'ambassadeur :

« La haute réputation de Louis le Grand est si généralement établie dans le « monde que Mouley Ismaël, mon maître, le plus grand et le plus redoutable « Empereur d'Afrique, a regardé comme un bonheur d'avoir la paix et l'amitié « de celui qu'il reconnaît le plus grand et le plus redoutable Empereur d'Eu- « rope. Pour moi, Messieurs, qui me sens pénétré d'une profonde vénération « pour ses vertus incomparables, j'avoue que j'ai cherché avec empressement

— solo lieutenant général a tenu à lui faire les honneurs de la ville. A Amboise, on Ta promené jusqu^à la plaine de Saint Martin-le- Beau, où les Sarrasins furent défaits par Charles Martel. Sur ce champ de bataille il s*est mis en prières, et il a fait recueillir douze poignées de cette terre foulée jadis par ses coreligionnaires et sanctifiée, selon lui, parles martyrs de Tislamisme.

Après vingt-huit jours de route on est arrivé à Paris. Là aussi la curiosité des badauds s'est manifestée bruyamment,et le Secrétaire d'État des Affaires étrangères a dû prier d'Argenson de « contenir le peuple dans le respect auquel ont droit les diplomates étrangers » *. Le baron de Breteuil* a fait installer Ben Alcha et sa suite à l'hôtel des ambassadeurs. Par une attention délicate, il a recommandé qu'on enlevât les tapisseries et les tentures représentant des figures d'hommes, d'oiseaux^, d'animaux quelconques, selon les prescriptions du Coran. Des divans à la turque ont même été aménagés dans les salons de réception. A la porte de l'hôtel on a mis, pour monter la garde, quatre soldats choisis parmi les plus imposants des Cent- Suisses. Mais, jusqu'au jour de sa réception solennelle, les Parisiens ne verront guère Ben Alcha. Celui-ci va jeûner et passer son temps en prières, afin de mettre sa négociation sous la protection d'Allah.

Le 16 février, le baron de Breteuil allait prendre l'ambassadeur dans son carosse pour le conduire à Versailles. L'audience du roi était fixée à neuf heures, dans la salle du trône. On avait bien voulu déroger à l'usage, en permettant à tous les serviteurs marocains d'entrer au château. Les gardes du corps force rhonneur d'être chargé d'une mission si utile à Tun et à l'autre Empire, tant « parce qu'il doit procurer la liberté à un grand nombre de pauvres gens qui gé- (< missent sous le joug d'une dure servitude que pour voir un prince qui, depuis « tant d'années, conduit le sort de tous les potentats de l'Europe. Je vous prie de « contribuer de vos soins et de vos vœux à l'accomplissement de cette grande « affaire, et d'être assurés que je ne manquerai pas de rendre compte à TEmpe- « reur, mon maître, des honneurs que je reçois de la province de Bretagne. » {Mercure galant, février 4699, p. 234 et suiv.).

* Lettre du 2*? février 1699 (Archives des Affaires étrangères^ Consulat du Maroc).

* Introducteur des ambassadeurs.

— aimaient la haie, sans armes, mais dans leur costume d'apparat, en toques de velours*. Le cortège se composait de deux Suisses ouvrant la marche, du secrétaire du baron de Breteuil, puis de l'interprète du roi ; ensuite venait Ben Aïcha, qu'accompagnaient l'introducteur à droite et Saint-Olon à gauche. Ces derniers étaient suivis des deux secrétaires et des serviteurs marocains, portant des présents sur leur tête : une selle et ses accessoires en cuir rouge, cinq ballots de mousseline, des peaux de tigres et de lions, le tout ne dépassant pas une valeur de six cents livres. Sur une estrade élevée d'un pied au-dessus du sol, et recouverte d'un tapis de Perse à fond d'or, Louis XIV occupait un fauteuil de velours cramoisi. A ses côtés étaient également assis et couverts Monsieur, le duc d'Anjou, le duc de Berri et le marquis de Torcy. Ben Aïcha s'était prosterné trois fois devant le roi. A peine était-il relevé qu'il prononça sa harangue, traduife aussitôt en français par Tinterprète De la Croix.

« Mouley Ismaél, mon maître, fait consister le comble de sa « gloire à acquérir Tamitié du plus grand et du plus puissant « monarque de l'Europe... » Et continuant sur ce ton emphatique son discours officiel, il se mit à comparer l'Empereur de France au prince arabe qui avait conquis onze royaumes, et étendu son pouvoir souverain sur la plupart des peuples de TAfrique. «Lorsque Votre Majesté Impériale châtiait ses ennemis « par terre et par mer, mon maître faisait la guerre aux Algériens « et aux nègres, et il leur a donné la paix au moment même où « Votre Majesté Impériale l'a accordée à l'Europe. » Faisant allusion aux traités de Ryswick, il félicita Louis XIV de c Theu- « reux succès dune guerre si sanglante et si longue, dans n laquelle il avait fait paraître une modération inouïe jusqu'alors, « en sacrifiant ses propres avantages à la gloire de donner la paix « à tant de nations vaincues ». Il se présenta enfin comme ayant

» Mémoires du m^^ de Sourches (édition du cte de Gosnac, (Paris, 1882), t. I, p. 97 et suiv.

reçu Tordre de cimenter une alliance indissoluble, et de négocier réchange et le rachat des captifs.^

« Harangue de Ben Aïcha à Louis XIV : « Très haut, très excellent, très puissant, très magnanime et toujours invincible Empereur de France Louis XIV, Dieu bénisse à jamais le règne de Votre Majesté Impériale !

Après avoir rendu à Dieu les louanges qui lui sont dues, je dirai, Sire, que l'Empereur Mouley Ismaël, mon maître, flls du Chérif qui descend des princes de la très haute maison de Hachem, qui est Empereur des deux Mauritanies, roi des deux vastes campagnes de l'impénétrable Afrique, prince du Biledulgerid et souverain d'une grande partie des nègres, ayant par une grâce spéciale de Dieu rétabli la religion musulmane dans les onze royaumes qui résident dans ce grand continent, a fait consister le comble de sa gloire a acquérir Tamitié du plus grand et du plus puissant Empereur de l'Europe. Il m'a établi dans le port de Salé, pour y avoir la conduite de sa marine et de ses vaisseaux, et j'ai été assez heureux pour profiter de l'occasion qui m'a été fournie,par l'arrivée de vos navires de guerre, de donner à Votre Majesté Impériale des preuves du profond respect que j'ai toujours eu pour elle. Je me suis transporté à leur bord et, de concert avec vos officiers, j'ai négocié une trêve dans l'intention de contracter ensuite avec Votre Majesté Impériale une paix définitive. Sur l'avis que j'en donnai à l'Empereur, mon maître, il me permit de la signer, et il m'a donné les pouvoirs nécessaires pour y mettre la dernière main. Cette amitié, Sire, sera toute pure et désintéressée. Les conquêtes de Votre Majesté Impériale ne sauraient donner la jalousie à Mouley Ismaël, puisqu'il fait des vœux pour la prospérité de ses armes, mais il fait en même temps des efforts pour imiter vos vertus héroïques, car lorsque Votre Majesté Impériale châtiait ses ennemis par terre et par mer, mon maître faisait la guerre aux Turcs et aux nègres, et il leur a accordé la paix dans le même temps que Votre Majesté Impériale Ta donnée à TEurope. C'est -dans l'intention de mériter cette amitié que ce grand prince m'envoie aujourd'hui auprès de votre trône impérial, en qualité de son ambassadeur, pour présenter une lettre de sa part contenant des expressions pleines de vénération pour le premier et le plus grand Empereur de la chrétienté, lequel, à l'exemple de ses illustres ancêtres dont il tient le sceptre, a étendu bien loin par sa valeur les frontières de son vaste Empire. Quoique je sois chargé de paroles très secrètes et très importantes pour Votre Majesté Impériale, je ne l'entretiendrai jamais que de ce qui sera également utile et agréable aux maîtres et aux sujets de l'une et de l'autre nation. Je finis, Sire, en félicitant Votre Majesté Impériale, de la part de mon maître, de l'heureux succès d'une guerre si sanglante et si longue, dans laquelle après avoir vaincu un nombre innombrable d'ennemis, elle a fait paraître une modération inouie jusqu'alors, en sacrifiant les avantages que lui promettait la continuation de la guferre à la gloire de donner la paix à tant de'uations vaincues. Mouley Ismaèl n'a cessé de méditer sur une grandeur d'âme digne des héros, et dans l'idée auguste qu'il s'en forme, il dit souvent que l'on connaît bien que Votre Majesté Impériale soutient la bonne cause, puisque Dieu couronne toujours ses projets de la victoire et du succès qu'elle en attend. Il ne doute point que, puisque Votre Majesté Impériale a établi la tranquillité et le repos parmi tant de peuples, elle ne donne les mains à ce que les pauvres captifs, qui sont les seuls qui n'en jouissent point, ressentent aussi TefTet de sa clémence. Ce sera le fondeoieni d'une éternelle paix et de

Louis XIV reçut 4e ses mains la lettre de créance que nous avons fait connaître. Il répondit en peu de mots à Ben Aïcha « qu'il <( était bien aise de le voir, qu'il nommerait des commissaires « pour écouter ses propositions, et qu'il tâcherait de lui faire « plaisir»*. Alors on apporta les présents destinés à l'ambassadeur. Ils consistaient en deux chandeliers de cristal, deux horloges, une douzaine de montres, dont deux garnies dé rubis et de diamants, douze vestes de brocard, deux coupes aux reliefs d'argent, quatre fusils, quatre paires de pistolets aux canons damasquinés, un tapis, un lit de repos et des sièges de la Savonnerie. La cérémonie terminée, les serviteurs de Ben Aïcha vinrent lui baiser les mains et le féliciter du bonheur qu'il venait d'avoir ; les officiers du roi l'invitèrent à déjeuner, et la journée se passa en visites chez les ministres, le marquis de Torcy, le comte de Pontchartrain, MM. de Pomponne, de Beauviliers, le comte de Toulouse.

A partir de ce moment, rien ne fut épargné pour frapper l'imagination du représentant d'Ismaël, pour éblouir ses regards et inspirer dans son àme autant d'admiration que de respect. Le chevalier de Saint-Olon, Pétis de la Croix et le baron de Breteuil le promenèrent pendant quatre mois à travers toutes les merveilles de la Cour et de la capitale. Saint-Denis et ses tombeaux, son trésor, ses vitraux gothiques le frappèrent d'étonnement. Le prieur de l'abbaye le reçut avec ses reUgieux sousle parvis de Téglise, et lui fît entendre les orgues. Notre- Dame avec ses tours, la bibliothèque du roi avec ses manuscrits arabes, l'Observatoire, où Cassini lui remit une lettre pour les astronomes de Fez*, les processions du Châtelet et du Parle-

ramitié paifaite que mon maître désire, et comme il est le prince de toute l'Afrique le plus puissant, le plus grand et le plus redoutable, il ne peut faire une plus digne offrande que de donner la sienne au plus puissant,au plus grand, au plus redoutable Empereur de l'Europe. » Mercure galant, février 1699, p. 257.

* Mercure galant, février 1699, p. 265.

• Elle a été publiée in-extenso dans V Univers pittoresque, Empire du Maroc, par Ferdinand Hœfer, p. 283, et dans le Mercure galant, avril 1699, p. 245,

— aiment, rOpéra, les courses de chevaux, la manufacture des glaces, qui n'occupait pas moins de huit cents ouvriers dans le faubourg Saint- Antoine, le château de Saint-Germain, où le reçut plusieurs fois l'infortuné Jacques II, les bals du Palais Royal, les Gobelins, le Val-de-Gràce, enfin la machine de Marly furent pour lui autant de surprises et de sujets d'émotions.

Et cependant, au milieu de scènes aussi variées, la curiosité d*Aïcha ne se lassait pas. Durant ce séjour enchanteur, il témoignait autant d'esprit que de bon sens, et lé Mercure galant recueillait ses bons mots, qui défrayaient dans les salons la chronique du monde élégant. Ainsi, lorsqu'on lui demandait pourquoi, dans son pays, les hommes épousaient plusieurs femmes : « C'est, « disait-il, afin de trouver réunies en plusieurs les qualités que « chaque Française possède à elle seule. » A Rennes, M. de Molac Tavait prié de Thonorer de son amitié, et il lui avait répondu « que « ceux qui jouissaient de celle du roi devaient plutôt lui oflfrir « leur protection que lui adresser une demande d'aussi minime « importance ». Au bal qu'avait donné M™* de Saint-Olon en son honneur, il avait dit à l'un des invités, qui s'était plaint du nombre excessif des assistants : « Au Paradis rien ne peut gêner « les anges. » A l'Arsenal « il trouvait que les mousquets des « Français étaient bien courts, mais que les Français avaient « les bras bien longs »*. Comme on le menait au château de Saint-Cloud, appartenant alors au duc d'Orléans, l'ambassadeur comparait cette demeure à celle de Versailles, en louait avec beaucoup de tact les splendeurs. Quant aux grandes eaux de Versailles, « elles suivaient, à ses yeux, la renommée de leur « maître, en voulant s'éle ver jusqu'aux cieux ». Un jour, on lui faisait contempler les richesses du garde-meuble, qui était au vieux Louvre, et BenAïcha de s'écrier, en regardant la Seine par une fenêtre : « Quand ces eaux seraient de l'encre, elles ne suf- « firaient pas à décrire les merveilles que je vois chaque jour, « et qui ne parlent que de la grandeur et delà magnificence de « Sa Majesté. »

* Mercure galant, février 1699, p, 222 ; mars, p. 108 ; avril, p. 60 et suiv.

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